La guerre est déclarée

La crise en cours n'est pas seulement l'ennemie de la prospérité : elle est également le prédateur du libéralisme. Préparez-vous à souffrir comme rarement. Et à contre-attaquer comme jamais.

La crise en cours n’est pas seulement l’ennemie de la prospérité : elle est également le prédateur du libéralisme. Préparez-vous à souffrir comme rarement. Et à contre-attaquer comme jamais. Introduction à une série d’articles combatifs.

Par Pascal Avot.

Full Metal Jacket

Une phrase d’avenir.

« Tout le monde hait la finance, et c’est un euphémisme. » Ainsi commence un article en ligne du Nouvel Observateur sur les algorithmes boursiers, daté du mois dernier. Si vous le voulez bien, arrêtons-nous quelques instants sur cette phrase, afin de lui faire subir une fouille au corps. Enfilez vos gants.

Que signifie-t-elle ? Elle prétend que la formule « tout le monde hait la finance » n’est pas assez forte pour exprimer combien tout le monde hait la finance. Or, « tout le monde » et « hait » sont des absolus. Il n’existe pas de manière plus dense, massive et inaugmentable d’affirmer que tout le monde hait la finance : il n’y a pas là le moindre euphémisme. Nous sommes en présence d’une phrase piégée, qui ment sur elle-même, comme l’idéologie aime tant en produire : de l’authentique langue de bois orwellienne.

« C’est un euphémisme » a pour mission de barrer la route à la négociation. « Tout le monde » et « hait » ne sauraient être considérés comme des exagérations par le lecteur : ils lui sont présentés comme des atténuations. L’unanimité et la complétude de la haine sont acquises, impossibles à infirmer. Les gens qui aiment la finance ne passeront pas, car ils n’existent pas. Ils ne font pas partie de « tout le monde », ils n’appartiennent pas à la famille humaine. On a entendu parler d’eux, certes, mais on n’en a toujours pas vu. Quiconque aime la finance est un Yéti.

L’affaire ne s’arrête pas là. Abordons les zones profondes. En langue de bois, « la finance » signifie à la fois le profit, le marché, la mondialisation, les patrons, le capitalisme, l’argent, l’individualisme. L’idéologie est un kaléidoscope : « finance » est un de ses cristaux de verre colorés, un des noms du Système tout-puissant, cynique et comploteur, dont les boursiers sont les marionnettistes, les politiciens les valets, et les peuples les esclaves. Le Nouvel Ordre Mondial, temple anonyme et souterrain dont l’argent, le pouvoir et la théorie libérale sont les trois piliers.

Enfin, décodé selon la grille de lecture du matérialisme dialectique, « tout le monde hait la finance, et c’est un euphémisme » indique une explosion prochaine. Les tensions entre « tout le monde » et « la finance » sont arrivées à leur point d’ébullition, le crescendo est asymptotique, l’orgasme révolutionnaire approche. Il sera bientôt permis de mordre. C’est là le plus important. Cette phrase doit être lue telle un bulletin météorologique. Elle décrit une ambiance et prévoit son évolution. L’avant-dernière phrase du même article est : « L’humanité court à la catastrophe ». Nous avons le choix entre la révolution anti-boursière et l’apocalypse boursière. Dans le premier cas, il faudra bien que le sang coule à flots, puisque c’est la seule manière de stopper l’hémorragie d’argent.

Wishful thinking is for sissies

Non, la crise en cours ne va pas nous donner accès à l’anarchie rêvée par certains libéraux, car les peuples se croient déjà en situation d’anarchie et craignent par-dessus tout son aggravation. Non, l’effondrement de l’État sur lui-même ne va pas mener à une débureaucratisation, car les aides innombrables apportées aux démunis, aux entreprises en faillite, aux banques au bord du gouffre, à la presse anorexique et aux artistes squelettiques vont achever de les fonctionnariser, de les paralyser et, partant, de les neutraliser. Les réactions viendront des extrémistes. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon s’apprêtent à ramasser la mise. Ni la Grèce, ni l’Espagne, ni Chypre, ne sont sur le chemin de l’avenir radieux libertarien ; la France ne fera pas mieux. Faute d’exercer son pouvoir sur une réalité toujours plus déliquescente, la politique va se rabattre sur ce qu’elle fait le mieux : produire du mensonge et y inclure le monde, accueillir la souffrance dans les bras aimants du Faux, rassurer la foule en lui tendant un miroir déformant, où elle se découvre délicieusement justicière et vengeresse.

Faute de reprise de l’économie, et faute de disparition du Léviathan administratif, nous allons assister à une idéologisation massive : elle aura pour fonction de compenser la perte d’influence et de légitimité de l’État par un regain de son dogmatisme, de ses symboles, de ses slogans, de son élan, de son hivernale colère. Et le meilleur moyen de faire avancer le cyclope Langue de Bois consistera, comme toujours, à lui trouver un ennemi, une cible vivante, une proie : vous.

Allez-vous encaisser, esquiver ou contre-attaquer ?

N’oubliez pas de remercier Cahuzac !

– C’est quoi, au fond, cette crise ?
– Il n’y a plus d’argent.
– Mais il est passé où, l’argent ?
– …

Ce bref dialogue résume l’inquiétude de nos contemporains. Cette inquiétude est hautement logique et légitime : où l’argent de la prospérité est-il parti se cacher, et qui l’y a caché ? Ici, nous abordons un des phénomènes économiques les moins bien compris par l’opinion publique : la destruction de l’argent par les fonctionnaires, son anéantissement invisible et sans marche arrière possible, sa disparition magique.

Dans l’esprit de la foule, l’argent est indestructible. C’est que l’imagination étatiste accorde bien plus de pouvoir à la monnaie que le libéral ne lui en reconnaît objectivement. Pour le libéralisme, l’argent est une invention, un outil, un moyen. Pour l’étatisme, l’argent est un principe métaphysique guidant le monde, une religion à mystères dont l’or est le sanctuaire et le Dollar l’eucharistie. Sa toute-puissance crée les riches – lesquels créent les pauvres, l’exploitation, la corruption, la pollution. Elle peut également, en de bonnes mains, créer des écoles, des hôpitaux et des festivals, à condition que ce soit sous le Haut Commandement bureaucratique et au détriment des riches.

Songeons un instant à l’affaire Cahuzac. Que s’est-il dit principalement ? Que les hommes politiques cachent leur argent. D’où l’Opération Transparence et les glapissements de la population française toute entière, si prompte à oublier qu’elle bénéficie chaque jour des privilèges qu’elle dénonce. Sur cent de nos compatriotes estimant que la Sécurité Sociale est une machine à gaspiller, combien évitent de se faire rembourser leurs médicaments de confort ? « J’y ai droit ! Avec tout ce que je leur donne en payant mes impôts, je peux bien récupérer une partie de ma mise ! » : même chez les libéraux, on entend parfois cette thèse. Or, elle est économiquement absurde. L’argent de vos impôts a disparu pour l’éternité. Il a été jeté par la fenêtre dans un trou sans fond d’où rien ne remonte jamais. En profitant à la petite semaine de telle ou telle réduction, vous ne récupérez rien : vous volez quelqu’un d’autre, qui ne récupérera jamais ce que vous lui avez pris. Nul n’est à l’abri du réflexe mental qui veut croire l’argent permanent.

Les puissants planquent leurs richesses : telle est la conclusion qu’ont tiré, ensemble, de cette affaire et la droite et la gauche. Or, bonnes gens, sachez que l’argent détourné est de l’argent sauvé : il existe encore, celui-là ! Il n’a pas été vaporisé par les formulaires, les tours de tables des partenaires sociaux qui posent les vraies questions et les Grenelle du Cirque ! On sait où il est – même si l’on ignore dans quelle île, sur quel compte – et il y est en sécurité. On devrait remercier les politiciens de mettre à l’ombre des regards fiscaux les sommes subtilisées, car cela revient à sauver des valeurs qu’ils sont rémunérés pour détruire, et que l’État aurait abolies sans eux. Le peu de rationalité financière qui reste à ces tricheurs fait œuvre de résistance. Allant à l’encontre de leur éthique et de leur mission, les hauts fonctionnaires qui piratent les comptes de la nation empêchent la transfusion financière du néant par le contribuable.

Alors, dans ces conditions, il est loisible d’affirmer que l’affaire Cahuzac a servi l’État et le socialisme bien plus qu’elle ne les a blessés. Car tous, communistes, socialistes, centristes, démocrates, républicains, nationalistes, nous avons plongé la tête la première dans le piège tendu par l’idéologie : nous avons attaqué la fraude au lieu de condamner la destruction. Nous avons crié avec la meute « Arrêtez de dissimuler l’argent ! » au lieu de hurler « Cessez de l’anéantir ! » Parce que la social-démocratie lie indissolublement les banques et l’État, nous avons participé à inculper la finance en inculpant l’État, au lieu de défendre l’argent et de condamner ceux dont l’industrie est de le changer en absence d’argent – qu’ils travaillent dans le secteur public ou dans sa bienveillante complicité.

Le bureau du temps, c’est le bureau de l’argent

L’ennui, ce n’est pas Cahuzac, mais Mao Peninou (« Mao » est son vrai prénom, donné par ses vrais parents vraiment de gauche – tout le monde n’a pas la malchance de s’appeler Virginie Merle), fonctionnaire à la très-sainte Mairie de Paris. Dans la forteresse festive de Delanoë, Mao occupe un poste au titre orwellien : « En charge du Bureau des Temps ». Authentique : il y a bel et bien un Bureau du Temps à l’Hôtel de Ville, auquel on doit l’invention de Pierrots de la Nuit, ces mimes censeurs patrouillant dans les zones vivantes de la nuit parisienne afin de faire taire les hordes de nightclubbers ivres morts – eux-mêmes jetés sur le trottoir par la législation anti-tabac. On aimerait qu’il y ait aussi un Bureau des Êtres et un Bureau de l’Antimatière, mais n’en demandons pas trop : le camarade Mao est d’avant-garde, il sera à coup sûr imité.

Donc, Mao finance les Pierrots de la Nuit. Budget de l’opération en 2012 : 125.000 Euros. Pas loin d’un million de Francs pour faire de lumpenprolétaires du spectacle des agents de sécurité sonore, des artistes-miliciens du silence. Ces 125.000 Euros, jamais la France ne les reverra. Ils n’existent plus. Ils sont morts pour rien. Il aurait mille fois mieux valu les placer sur le compte secret de Jérôme Cahuzac, quitte à lui laisser les intérêts en pourboire. Au lieu de quoi ils ont été dilapidés en déguisements lénifiants, en conférences de presse pour annoncer combien Mao est Akbar, et en indemnités permettant aux intermittents du « Chhhhuuuuut ! » de prolonger leurs périodes d’inactivité. Quant à l’idée de relancer l’économie en distribuant des Euros à des mimes, qu’on nous laisse considérer que c’est une mauvaise blague. Qui se souvient du Plan de Relance, ce Léviathan du précédent quinquennat ? « Mille projets ! », s’extasiait-on. On y promouvait entre autres – je ne plaisante pas – la réfection des clochers de France pour faire travailler les petits métiers, l’artisanat, le compagnonnage. De ce Plan de Relance, que reste-t-il ? Même pas un ricanement. Les clochers ne brillent pas plus qu’avant dans le soleil couchant. Le Plan Fillon a été avalé par l’amnésie citoyenne, où chaque grand projet annule et remplace le précédent, comme si approfondir un trou le rebouchait. Face à tant de coûteuse rigolade, que pouvons-nous ? Que faisons-nous ? Notre sentiment d’impuissance va s’aggraver dans la période qui s’ouvre.

Non, nous n’avons pas les bons réflexes. Oui, nous nous laissons aisément attraper par le miel événementiel dont Hollande nourrit l’électorat affamé. Oui, la droite républicaine est enlisée jusqu’au cou dans des débats inventés par le PS, guidés et gérés par le PS, réactivés semaine après semaine par le PS – et légèrement bousculés par les CRS, afin de générer le sentiment qu’il se joue quelque chose d’important et qu’on doit impérativement participer au débat, sans quoi l’on n’est plus citoyen. En fait, il n’y a pas de débat : il n’y a que la ruse idéologique, contre laquelle l’intelligence libérale bute comme une mouche sur une porte vitrée.

Choc de simplification idéologique

La nuit, en ville, dans la rue derrière vous, un freinage soudain, un choc sourd, un cri. Vous vous retournez. Un type vient de se faire renverser par une voiture. Il est à terre, dans une position bizarre. Vous vous ruez pour l’aider. Il a les yeux ouverts. Vous vous accroupissez à côté de lui, vous découvrez le tibia, l’os brisé, à nu, qui a déchiré le pantalon. Ça saigne. Il râle. Il est vivant. Vous plongez vos yeux dans son regard. Il a l’air ailleurs. Vous lui parlez doucement. Vous lui demandez à voix basse, comme si vous réveilliez un petit enfant : « Monsieur ? Monsieur ? Ça va ? » Erreur. Il ne répond pas : face à un grand blessé, il faut augmenter le volume.

Notre homme est en panique systémique. L’essentiel de ses capacités sensorielles et intellectuelles a rétréci. En d’autres termes, il entend moins bien, voit moins bien, sent moins bien, comprend moins bien, se souvient moins bien, imagine moins bien, etc. Il est toujours là, mais son esprit et ses sens sont recroquevillés sur eux-mêmes comme un hérisson en boule. Vous devez donc lui parler fort. Lui faire de grands gestes. Lui toucher la main. Le ramener à la surface. L’empêcher de glisser vers le bas, où l’attendent mille complications. Cela passe par un peu d’expansivité de votre part. Secouriste ou moine, il faut choisir.

Ce quidam au tibia en vrac, c’est l’économie française dans quelques semaines ou mois, si rien n’est fait pour endiguer le raz-de-marée d’absurdités dévalant sur nous depuis l’élection de François Hollande. Votre boulanger l’a compris, votre buraliste le sait, même votre prof de yoga s’en doute : lancée à pleine vitesse sous l’orage, la France est le sur le point de toucher le rail de sécurité – il faudra être un sacré cascadeur, pour survivre à la série de tonneaux qui s’ensuivra. Sa dette est si formidable qu’elle semble avoir avalé le pays entier. Son stupéfiant niveau d’imposition intime un vrai respect à l’égard de notre brave peuple, suffisamment entreprenant et dur à l’ouvrage pour se traîner jusqu’ici. Quand ce bon peuple s’affaissera sous le poids conjugué de l’État et des banques, il ne sera pas beau à voir. Il est déjà harassé, déshydraté, plein de crampes et de tremblements, il supplie entre deux suffocations, alors qu’il n’a pas encore vraiment trébuché. Qui osera lui reprocher de haïr la finance, comme tout le monde ?

Nous pouvons deviner comment ce grand blessé nous parlera, une fois sorti de sa commotion : il nous dénoncera. Si le libéralisme est l’âme du Capital, et si tous les maux du monde contemporain viennent de sa nature capitaliste, alors Hayek et Von Mises sont des diables bien plus affreux que Monsanto ou Total. Vous êtes leurs succubes. La question est : qu’allons-nous répondre à des gens ayant perdu la moitié de leurs neurones avec les deux tiers de leurs économies ? Comment nos idées vont-elles passer une épreuve comparable à celles de 1917, 1929 et 1933, quand la planète s’est fait des intraveineuses de mensonges et d’erreurs pour surmonter son désespoir ? Où allons-nous trouver le courage de brandir encore nos idéaux ? Selon quelle méthode ? Avec quels objectifs ? Et à quel prix ? Que sommes-nous prêts à perdre au nom de la liberté ? Sommes-nous disposés à vraiment souffrir ? Qui, parmi nous, préfère mourir que d’être réduit en esclavage ? Ce sont des interrogations qu’il est raisonnable d’examiner avant la grande glissade. La sempiternelle question philosophique sur la Résistance et la Collaboration, « Qu’aurais-je fait pendant la guerre ? » n’a plus guère d’intérêt. Il est urgent de lui préférer « Comment vais-je agir pendant la crise ? »

La bataille pour tous

Dans un article précédent, nous indiquions que la Manif pour Tous, du moins à travers sa communication – or, elle n’est rien d’autre qu’une campagne -, imitait trait pour trait les codes visuels, les symboles et les slogans de la gauche la plus affirmée. Le phénomène s’est aggravé ces dernières heures. Voilà que les anti-mariage gay portent des bonnets phrygiens roses, et exhibent un bel autocar ultra-moderne rouge sang, sur lequel ils ont écrit « François, touche pas au mariage, occupe-toi du chômage ! », et où figurent des poings levés stylisés, plagiant sans honte ceux des affiches soixante-huitardes. Quoi de plus bête, lorsqu’on est de droite, que de demander à Hollande de s’occuper du chômage ? Ce slogan en dit long sur le caractère stratégiquement irréfléchi, publicitairement improvisé, intellectuellement borgne, de ce flashmob du mariage-bashing. Pauvre droite BCBG, obligée de singer la gauche bobo pour se sentir exister ! Pauvre antisocialisme incapable de s’aimer, alors qu’il est tellement beau et son ennemi est tellement laid. La droite décomplexée dont rêve Jean-François Copé est une droite transpolitique comme il y a des transsexuels. Elle ne laissera pas plus d’espace d’expression au libéralisme raisonnable que ne lui en concède François Hollande.

Libéraux, à mesure que le pays s’enfoncera, nous allons avoir contre nous la terre entière, nos alliés y compris. Si nous ne nous plaçons pas très vite en formation de combat, nous allons nous faire laminer. Si nous ne sommes pas pessimistes aujourd’hui, nous serons désespérés demain. Et les plus individualistes d’entre nous vont se trouver si isolés qu’ils vont regretter de n’avoir pas cru à l’idée de communauté. Nos idées ne tiendront pas le coup sans nous. Et nous ne tiendrons pas le coup les uns sans les autres. Nous n’avons pas d’autre choix que de faire ce à quoi nous répugnons le plus : sortir la grosse artillerie. Parler à la France accidentée comme on parle aux blessés en état de choc. Cesser de couper les cheveux minarchistes en quatre avec des ciseaux libertariens, et inversement. L’ère des ‘ »Je suis plus hayekien que Rand et plus randien qu’Hayek » s’achève. Aux chômeurs, il ne servira à rien de parler des contradictions entre Tocqueville et Bastiat. Aux ruinés, évoquer la propriété privée du corps ne sera d’aucune utilité. Aux néo-communistes et aux néo-fascistes, montrer la Main Invisible ne mènera nulle part. Nos armes préférées vont s’enrayer dans l’urgence et la violence d’une situation économique et politique inédite. Nos raisonnements vont se briser dans nos mains comme du cristal. Nos habitudes argumentaires vont passer au mieux pour des dandysmes, au pire pour des provocations. Soit le libéralisme français s’adapte au champ de bataille qu’il doit maintenant traverser, soit il finira crucifié sur les barbelés du no man’s land. Et ici, aucun professeur d’Université, aucun think tank en costumes-cravates, aucun fanzine financé par des retraités désœuvrés ne nous seront de la plus petite aide. Nous sommes au milieu de nulle part et personne ne va nous tendre la main.

Nous nous proposons donc de livrer, à compter de samedi et chaque semaine dans les pages de Contrepoints, un mode d’emploi du combat libéral. Il s’appuiera sur des notions stratégiques, sur des atouts du libéralisme que nous oublions de faire valoir, sur une longue observation de nos adversaires, et sur une actualité qui s’annonce riche. La soviétologie, la connaissance des mécanismes de la communication, l’envie d’en découdre et le goût pour la victoire seront nos fils d’Ariane. Nous n’avons peut-être rien à gagner à livrer bataille, fors l’honneur. Nous avons tout à perdre si nous refusons de prendre au sérieux cet avertissement : « Tout le monde hait la finance ». Et c’est un euphémisme. Nous prions pour que cette série d’articles provoque un débat, et que celui-ci apporte de nouvelles techniques, de nouvelles armes et de nouvelles munitions. Nous n’avons pas l’arrogance de croire que nous détenons l’arsenal entier. Mais nous avons l’humble ambition de vous inviter, tous ensemble, sur le champ de tir. Les exercices se déroulant à balles réelles, ce sera une bonne manière de mettre un terme momentané aux innombrables friendly fires entre libéraux. On reprendra les parties de paintball quand la crise sera terminée.

La fête est finie. Quand on aime la guerre, on profite de chaque instant. Et quand on ne l’aime pas, on la perd. Merci de bien vouloir oublier tes beignets fourrés, mon p’tit Baleine. On change de régime.