La BCE donne à la France une licence pour imprimer de la monnaie

La France a obtenu de la BCE la permission d’imprimer de la monnaie sur un programme d’obligations pratiquement illimité. Une bulle qui se mesure en milliards.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La BCE donne à la France une licence pour imprimer de la monnaie

Publié le 21 avril 2013
- A +

La France a obtenu de la BCE la permission d’imprimer de la monnaie sur un programme d’obligations pratiquement illimité. Une bulle qui se mesure en milliards.

Un article de Deutsche Wirtschafts Nachrichten (Allemagne).

Mario Draghi, gouverneur de la BCE

A Chypre règne une vive émotion parce que le BCE a privé la banque nationale de tout son pouvoir. En revanche, en France, sans que le public ne le remarque, c’est exactement le contraire qui s’est produit : la BCE a accordé à la France une licence illimitée pour imprimer des euros.

Cette action vise à empêcher l’écroulement d’une banque française qui, semble-t-il, ne pourrait être empêché sans une intervention de dernière minute.

A la fin de l’année 2011 a eu lieu une action concertée des plus puissantes banques centrales du monde, entre autres, la FED, la Banque d’Angleterre et la BCE. La BCE a par la suite démarré des opérations de refinancement à long terme (LTRO ou Long Term Refinancing Operations) d’un volume sans précédent et a injecté environ 500 milliards d’euros dans le système bancaire de la zone euro. Quelques mois plus tard, à peu près la même somme a été mise à la disposition des banques dans le cadre d’une recapitalisation par la BCE.

En coulisses régnait l’inquiétude que les banques de la zone euro – qui détiennent la grande majorité des obligations d’États – ne tombent en faillite si un Etat faisait défaut et que l’union monétaire soit alors anéantie. Il était alors question d’une banque française qui était proche de l’effondrement. Il n’a cependant jamais été dévoilé de quelle banque il était question.

Depuis longtemps, les grandes banques françaises telles que la Société Générale, le Crédit Agricole ou BNP Paribas sont dans le viseur des marchés obligataires. D’après le groupe financier Bloomberg, le Crédit Agricole a dû vendre l’année dernière pour 3,5 milliards d’euros d’actifs. On a également appris qu’à côté de ce torrent de liquidités du LTRO, presque ininterrompu pendant trois ans, une deuxième source de liquidités presque inépuisable est à la disposition des banques françaises, le marché STEP (Short Term European Papers).

Il s’agit là d’un marché non régulé sur lequel des obligations de banques et d’entreprises à court terme sont placées. Des titres de dettes d’un volume d’environ 440 milliards d’euros y sont négociés. Pour faire simple : le secteur bancaire français a trouvé là un nouveau moyen de faire de l’argent de manière très créative et s’offre avec le marché STEP un programme de création de crédit totalement innovant et à court terme une licence pour faire fonctionner ses planches à billets.

  1. Le marché STEP est en dehors de la Bourse. Il n’y a donc aucune transparence.
  2. Le marché STEP est presque exclusivement orienté sur le secteur bancaire français.
  3. Les banques françaises remettent ces obligations STEP en garantie à la Banque de France.
  4. Une banque nommée Euroclear (chambre de compensation entre la Banque de France et les banques françaises) dépose également des titres STEP comme garantie à la BCE.
  5. La Banque de France présente également les risques de ces obligations STEP déposées comme garantie à la BCE.

Évidemment, le papier n’y est pas toujours de grande valeur. Tant que la Banque de France protégera de tels agissements, ceux-ci garderont un rôle subalterne. Des titres avec la note BBB y sont ainsi acceptés et déposés à la BCE.

Une maison de fous

La BCE, qui est en train de prendre contrôle de l’ensemble des banques de la zone euro, ne peut en aucun cas prélever elle-même des données sur le marché STEP. Elle les reçoit indirectement de la Banque de France, elle-même fournie par de tiers acteurs sur le marché. On fonctionne donc dans le sens inverse : il y a création de monnaie pour les banques françaises, sous l’autorité protectrice de la Banque de France, sans contrôle de la BCE. Une vraie maison de fous.

Avec environ 445 milliards d’euros, les banques françaises contrôlent une partie considérable du marché STEP pour le financement des banques centrales. A court terme, les collectes de fond ne sont cependant pas exclusivement limitées aux banques françaises. Les banques de la zone euro négocient ces titres STEP entre elles et peuvent les déposer à la BCE pour y puiser des liquidités. A côté d’un marché réglementé, c’est une des possibilités d’accéder à des crédits bon marché de la BCE. Ce qui est intéressant dans cette situation : les achats très controversés d’obligations d’états par la BCE pour un montant, il y a 2 ans, d’environ 200 milliards d’euros — grâce auxquels la BCE a obtenu le titre de “bad bank” — ne pèsent pas lourd face aux dettes de crédit des banques européennes détenues par la BCE qui s’élèvent à environ 1300 milliards d’euros. Bien entendu, Mario Draghi est conscient que cette procédure n’est pas tout à fait casher. Il s’est déjà exprimé dans le passé en faveur de “plus de transparence” et a estimé que “l’on devrait prendre cette affaire (STEP) très au sérieux”. Mais il n’a rien fait.

Et pour une très bonne raison.

La BCE a donné à la France avec le marché STEP la possibilité de stabiliser ses propres banques, sans que l’Allemagne puisse entreprendre quoi que ce soit pour s’y opposer.

Ce programme doit, semble-t-il, servir à acheter du temps pour les Français, jusqu’à ce que l’on arrive à l’union bancaire. Celle-ci était prévue pour 2018, mais l’Union Européenne veut désormais rapprocher sa mise en place à 2015. Ensuite, le sauvetage des banques en Europe pourra être fait aux dépens des actionnaires et des épargnants. Avant cette date, il se développera discrètement en France une gigantesque bulle financière. L’Allemagne doit, impuissante, assister à ce qui se produit. Le chef de la Bundesbank, Jens Weidmann, peut tenir des discours et s’en offusquer. Rien de plus.

Si cela était encore à démontrer, il apparaît désormais clairement que les pays du Sud de la zone Euro ont, par l’intermédiaire de la BCE, pris le contrôle de la construction européenne.

Article original – Traduction Eriul/Contrepoints

Voir les commentaires (15)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (15)
  • ça me paraît impossible, la BCE aurait permis à la France de faire un QE ? L’Allemagne n’accepterait jamais ça !

  • ça me paraît impossible, la BCE aurait permis à la France de faire un QE ? L’Allemagne n’accepterait jamais ça !

    • Ca me paraît en effet tout aussi impossible que de voir les taux à 10 ans de la France sous les 2% avec des prévisions de croissance qui se dégradent aussi vite que croissent celles de ses déficits.

    • et bien effectivement l’Allemagne n’est pas vraiment d’accord, d’où cet article tiré de « Deutsche Wirtschafts Nachrichten »
      Cela dit, la deutsche bank profite aussi, surement , du programme STEP.

      Avec leurs conneries ils vont réussir à de nouveau nous brouiller avec nos voisins

  • « Ensuite, le sauvetage des banques en Europe pourra être fait aux dépens des actionnaires. »

    Je ne comprends pas cette phrase !!

    Les actionnaires devraient être responsables de manière illimitée, sur leur patrimoine des dettes de la banque dont ils sont associés.

    Le sauvetage d’une banque ne peut être qu’a leur avantage… et s’ils perdent tout leur apport, ils ne devraient pas s’en plaindre, c’est déjà un privilège que de faire payer ses dettes par les autres…

  • Amusant article de propagande ! La guerre d’influence fait rage pour savoir par qui et selon quelles modalités seront contrôlées les banques européennes à partir de 2015… ou plus tard. Avec plus ou moins 7000 milliards d’actifs bancaires chacun, la France et l’Allemagne sont évidemment en compétition acharnée. Les négociations à venir seront déterminantes pour savoir de quel côté du Rhin résidera demain la puissance financière européenne et l’influence politique qui va avec. L’absurde compétition entre Européens résume à elle seule la profondeur des maux constructivistes qui étreignent nos pays désespérément socialo-mercantilistes, avec leurs cohortes de politiciens avides de pouvoir.

    Laisser entendre que le STEP engendre une création monétaire hors de contrôle, il fallait oser ! Visiblement, n’importe quel délire est bon s’il permet de prendre l’ascendant. Ici, on instrumentalise un programme ayant pour objet la clarification et l’uniformisation des marchés de gré à gré d’échange de dettes CT entre banques européennes. Il n’y a pas si longtemps, c’était le système TARGET qui était mis au pilori alors qu’il s’agit d’un très banal circuit informatique de compensation entre systèmes bancaires.

    A force de stigmatiser les défauts de leurs finances respectives (les Français ne se privent pas de souligner la fragilité de l’énorme Deutsche Bank ou des Landesbanks corrompues, qui sont autant de petits Dexia affaiblissant la finance allemande), les politiciens Français et Allemand finiront par détruire la confiance pour l’ensemble de la zone. En attendant, on peut avoir une certaine forme de reconnaissance pour SuperMario qui se prend des coups de tous côtés, sa neutralité contractuelle et obsessionnelle vis-à-vis des protagonistes faisant l’unanimité des mécréants contre lui.

  • Donc autrement dit , il s’agit en réalité de prépare le « Weimar généralisé » qui noiera toutes nos dettes sous un déluge d’hyperinflation!On dit merci qui?MERCI Flamby!

    • Le socialisme ne peut perdurer sans appauvrir les masses. L’hyperinflation est donc un excellent moyen de parvenir aux objectifs nauséabonds fixés par ce dernier.

  • Et voilà pourquoi c’est l’Allemagne qui quittera l’union monétaire, plutôt que la France.

  • l’Europe ne pourra pas durer dans le temps . Les empires n’ont jamais tenu par le passé. Il y aura quelque chose qui arrêtera cette construction hétéroclite, bancale, corrompue, dictatoriale, faisant fi des traités et bâtie sur le mensonge.
    Il suffirait que les gens ouvrent les yeux mais trop peu veulent savoir
    Le réveil va être douloureux

  • L’Etat accepte ce jeu de dupe car il a besoin de l’argent des banques pour se financer. En retour il « protège » les banques qui seront dans la merde suite à ces jeux de casinos… Tout le monde y trouve sont compte, puisque les PDG des grandes banques sont tous des Enarques et copains des politiques… Du « capitalisme » d’Etat : Pile je gagne, Face je gagne.

    Tout le monde y trouve son compte… Sauf les citoyens qui devront passer à la caisse pour éponger les conneries… Et après on dira que c’est la faute au libéralisme !!!

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Le marché français est en baisse de 6 % depuis jeudi.

Les actifs tangibles comme l’or et le pétrole résistent plus. L’or a baissé de 10 % depuis son record du mois de mars. Mais il affiche toujours un léger gain sur 6 mois. Et le baril de pétrole reste au-dessus des 100 dollars... bien au-dessus des niveaux de l’an dernier.

Au contraire, le marché-actions est en baisse de 12 % sur les 6 derniers mois.

La plupart des investisseurs croient sans doute à l’abandon des tentatives de normalisation de la part de le Fed. Les auto... Poursuivre la lecture

Les actions ont d’abord grimpé suite aux annonces de la Fed, cette semaine.

Certains investisseurs pariaient sur une hausse de 0,75 %. Du coup, une hausse de 0,50 % - moins que prévu - a envoyé un signal d’achat.

La Fed a peu de chances de tenir dans sa voie actuelle de hausses de taux. Même d’ici cet été, elle pourrait faire demi-tour.

Les médias parlent ces temps-ci « d’atterrissage en douceur » (en anglais, Soft landing).

Selon ce scénario, les autorités mettent fin aux mesures de soutien - taux proches de zéro ... Poursuivre la lecture

Par Elie Blanc.

La grande catastrophe annoncée est-elle sur le point d’arriver ? Voilà des années maintenant que de nombreux économistes nous avertissent du danger de la politique de Quantitative Easing (création monétaire importante par le rachat massif de dettes souveraines) menée par la BCE depuis mars 2009 (et qui, rappelons-le, devait initialement s’arrêter en septembre 2009).

Aujourd’hui, il se pourrait bien que leur prédiction soit plus proche que jamais de se réaliser : après des années de faible inflation, la création m... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles