Les mines de charbon c’était bien, les centrales à charbon c’est mal. Pardon ?

Est-ce qu'ils voulaient réellement que leurs petits-fils les suivent ?

C’est bien de miner du charbon, mais c’est mal de le brûler ? La gauche me rend perplexe.

C’est bien de miner du charbon, mais c’est mal de le brûler ? La gauche me rend perplexe.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

Est-ce qu’ils voulaient réellement que leurs petits-fils les suivent ?

Ceci n’est pas un autre article sur la dame de fer. Il y en a déjà eu bien assez : nous avons atteint une sorte de point critique de thatcherisation. Il s’agit plutôt d’une tentative pour saisir pourquoi tant de personnes réagissent avec une telle rage à l’énoncé de son nom. C’est dû en partie, bien sûr, à la pose stupide de rébellion adolescente qu’on peut retrouver sur Twitter (j’ai quelques exemples en favoris pour illustrer ce dont je parle), mais beaucoup de fiel vient aussi de gens qui, dans d’autres contextes, sont équilibrés et respectueux.

Durant trois jours, j’ai essayé de comprendre l’intensité de ces réactions. J’ai pu en tirer deux critiques principales des anti-Thatcher : premièrement, elle a fermé sans pitié les mines de charbon et d’autres industries lourdes. Deuxièmement, en accroissant l’écart entre riches et pauvres, elle a rendu la Grande Bretagne plus matérialiste et égoïste.

Prenons les choses une par une. Il est vrai que le Royaume Uni, comme tous les pays occidentaux, était en pleine désindustrialisation dans les années 80. Ce processus avait commencé au moins un demi siècle auparavant, et s’était accéléré dans les années 60 et 70, quand Harold Wilson a fermé presque deux fois plus de mines que Thatcher ne le fera par la suite. Bien sûr, ce qu’on entend ici par « fermer », c’est que l’État a arrêté de maintenir à flot des mines non rentables. Ni Wilson, ni Thatcher n’étaient contre l’extraction de charbon, ils ont simplement arrêté de forcer tout le reste du pays à la subventionner.

Pourquoi les mines et autres industries lourdes ne faisaient-elles pas de profit ? En partie à cause de la concurrence des pays en développement et en partie à cause des syndicats.

Comme cela se fait partout et tout le temps, certains secteurs montaient et d’autres descendaient. De la même manière que les téléphones ont mis les sténographes au chômage, l’industrie lourde a laissé la place aux services. Ces transitions ne sont jamais faciles. La période a été difficile même pour ceux qui ont réussi à trouver une nouvelle carrière. Je peux tout à fait comprendre les réactions exacerbées de l’époque.

Ce qui me déconcerte, c’est que la fermeture des mines est maintenant considérée comme la preuve de la malfaisance des Tory. Aujourd’hui personne, à l’exception du SWP [NdT : parti d’extrême gauche] et du BNP [NdT : parti nationaliste] ne voudrait d’une industrie minière nationalisée. Ceux qui se plaignent le plus de la fermeture des mines sont en fait généralement ceux qui protestent le plus contre l’utilisation du charbon.

Une économie ne peut pas se baser uniquement sur les services, me direz-vous. Peut-être. Mais pourquoi serait-il plus valable de gagner son pain en assemblant des voitures plutôt qu’en les conduisant ? Pourquoi construire une chaudière serait-il mieux que l’installer ? L’expansion du secteur tertiaire a rendu nos vies incomparablement meilleures. Nous avons une meilleure médecine, de meilleurs magasins et de meilleurs loisirs.

Soyons clair : fabriquer des choses, c’est très bien. Notre industrie est la huitième mondiale, nous vendons du thé en Chine, de la vodka en Pologne et nous exportons plus de voitures que nous en importons pour la première fois depuis les années 70. Et nous faisons tout ça sans subventions. Malgré la suppression des aides (ou plutôt grâce à elle), la production industrielle était 7,5% plus grande à l’issue du mandat de Margaret Thatcher. Bref, la nostalgie a uniquement pour objet les industries du charbon, navales et de l’acier.

Cette nostalgie, je le confesse, m’est incompréhensible. Mon grand-père a travaillé au chantier naval entre les guerres et, comme beaucoup de ses camarades, n’a pas dépassé la soixantaine. Il n’a jamais souhaité une telle vie pour son petit fils.
Qu’en est-il alors de la seconde accusation : sommes-nous devenus sans cœur et sans cohésion sociale ? Il est vrai que l’écart entre riches et pauvres s’est agrandi, comme c’est le cas dans tout le monde industrialisé depuis les années 60. Les sciences sociales se penchent sur ce phénomène, et les deux théories les plus populaires telles que je les comprends sont une plus grande mobilité qui draine des zones pauvres les gens les plus compétents et la tendance des riches à se marier entre eux (une tendance qui suit l’arrivée massive des femmes dans le milieu professionnel).

Je ne connais pas la vraie explication. Ce que je sais, c’est que l’écart entre riches et pauvres s’est plus creusé sous les travaillistes [NdT : parti de centre gauche]. Je sais aussi que la charité privée a doublé (dépassant l’inflation) pendant les années Thatcher. D’après cette mesure toute empirique, nous sommes devenus moins égoïstes. En tout cas moins égoïstes que les syndicats opposés à la Dame de Fer, qui ont cru jusqu’au bout que le monde leur devait un salaire.

J’ai essayé, j’ai vraiment essayé de comprendre la colère, mais ça me dépasse. Je sais que mon blog est suivi par beaucoup de travaillistes tolérants et raisonnables. Peut-être que l’un d’entre vous pourrait m’aider.


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Traduction : Lancelot/Contrepoints.