Reconquérir la liberté aujourd’hui, c’est lutter avec l’État, pas contre lui

Faire tomber les têtes ne fera pas avancer la liberté. On ne peut l’obtenir qu’en s’impliquant pour elle.

Un sénateur PS dénonce le système clanique au sein du Parti aujourd’hui au pouvoir. Ses accusations sont graves pour un parti politique, a fortiori quand il détient la majorité à tous les échelons administratifs, mais ne surprennent plus grand monde. Et c’est cela qui devrait nous interroger profondément.

Par Baptiste Créteur.

Gaëtan Gorce, sénateur PS de la Nièvre, prône une refondation du PS, gangréné par des clans qui représentent des intérêts particuliers plutôt que des courants d’idées. L’interview qu’il a accordée au Monde est très instructive, elle se trouve ici. En quelques mots, le changement est nécessaire et il ne suffira pas de faire tomber quelques têtes pour les remplacer par de plus jeunes, plus féminines ou plus nombreuses pour qu’il survienne. Et il a raison. Il ne suffit pas d’un « coup de balai », plus dangereux que salvateur.

Les partis politiques d’aujourd’hui sont des machines à prendre le pouvoir, mais sont incapables de l’exercer à bon escient. Confronté à un choix entre blanc bonnet et bonnet blanc, les électeurs choisissent le moins sale des deux bonnets, ou le moins irritant pour leurs peaux sensibles car régulièrement tondues. Que pourraient-ils faire d’autre ?

Ce n’est pas là qu’est le problème. La corruption et les affaires qui éclaboussent régulièrement les institutions et pourraient le faire plus sont un problème, mais il est mineur au regard des vrais problèmes.

Même la dette, colossale ; la dépense publique, que les politiques ont du mal à compresser ; le chômage, massif ; la croissance, atone voire négative ; les privations de liberté, innombrables et croissantes ; la politique monétaire, dangereuse ; et tant d’autres manifestations visibles du mal n’en sont que des manifestations, pas le mal lui-même.

Le mal lui-même a déjà été largement identifié, théorisé, analysé, compris, mais visiblement pas assez combattu. Ce mal, c’est le collectivisme.

C’est l’idée que l’individu doit se sacrifier pour la société, ou être sacrifié pour elle. C’est l’idée que le bien-être et le bonheur doivent être apportés à l’individu plutôt qu’atteints par lui. C’est l’idée que chacun peut et doit vivre aux dépens des autres, financer les avantages accordés à autrui en espérant qu’autrui lui en finance d’autres. C’est l’idée que la richesse doit être distribuée avant d’être produite. C’est l’idée que la société a plus de droits sur l’individu que l’individu sur lui-même, que chacun est à la fois créancier et débiteur de son voisin et du voisin de son voisin.

La meilleure défense de l’individu, ce sont les droits théoriquement imprescriptibles que l’État est chargé de garantir pour lui. Nous les connaissons tous ; ils sont inscrits dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, à l’article 2, juste après l’article 1 qui les garantit également à tous : liberté, propriété, sûreté et résistance à l’oppression.

Aujourd’hui, l’oppression vient de l’État, qui se veut au service de tous ; l’oppression vient de chacun d’entre nous. Tout ce que nous demandons à l’État et qui constitue un devoir ou une privation de liberté pour autrui va à l’encontre de ces droits naturels et imprescriptibles.

La revendication des droits naturels et imprescriptibles n’est pas la première qu’il faudrait que nous formulions tous aujourd’hui ; elle est la seule. Le reste ne peut qu’en découler, et n’a pas de sens tant que ces droits n’auront pas été réaffirmés par chaque citoyen. En l’état actuel des choses, il est illusoire de penser qu’on peut se passer de l’État qui a permis et commis le piétinement de ces droits. Nous ne devons pas nous battre contre l’État. Nous devons nous battre pour lui pour qu’il se batte avec nous.

Nous devons être vigilants. L’État est, aujourd’hui, à la fois le meilleur garant de ces droits et la plus grande menace qui pèse sur eux. Il n’est pas une fin, il est un moyen, et nous devons nous le réapproprier. Remettons l’État au service des citoyens, au service de la conservation des droits naturels et imprescriptibles.

Libéraux, nous avons pris une longueur d’avance dans notre compréhension de l’importance de ces droits. Ne nous focalisons pas sur un objectif lointain et distant, mais sur la conquête des droits individuels dont nous avons progressivement été privés. C’est un combat plus digne d’être mené que des querelles d’idées qui nous éloignent de notre objectif – qu’elles cherchent pourtant à mieux définir.

J’invite tous les défenseurs de la liberté à la défendre, de la façon qu’ils jugeront la plus appropriée. Contrepoints se veut une caisse de résonance des idées libérales mais n’est pas leur mode exclusif de diffusion. Le nombre de nos partenaires en atteste, et tous les défenseurs de la liberté n’en font pas partie, loin s’en faut. De la compréhension et de la diffusion des idées à l’implication dans les initiatives libérales, en passant par la lutte contre les entraves et obstacles à la liberté, les moyens d’agir sont nombreux. Si vous croyez dans la liberté et voulez vraiment l’atteindre, votre implication, quelle qu’elle soit, la fera avancer.

Nous ne sommes pas seuls, avançons ensemble.