En Amérique latine, le chavisme n’éblouit plus

Publié Par Fabio Rafael Fiallo, le dans Amérique latine

Des élections présidentielles auront lieu dimanche 14 avril au Venezuela. Si le successeur désigné par Chávez, M. Nicolás Maduro, ne peut pas les perdre, le modèle bolivarien s’épuise en Amérique latine.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Pour avoir désarticulé l’économie vénézuélienne en dépit d’un prix du pétrole à ses plus hauts historiques, pour avoir fait recours à des méthodes autocratiques, dictatoriales, afin de se perpétuer au pouvoir, et pour s’être rallié diplomatiquement à des régimes criminels (Kadhafi, al-Assad, d’autres encore), le modèle « bolivarien », instauré par Hugo Chávez, a perdu le rayonnement qui était le sien lorsqu’il fit irruption sur la scène latino-américaine à la fin du siècle passé.

Signe flagrant d’une telle érosion : l’éloignement idéologique, par rapport au modèle chaviste, opéré par l’actuel président du Pérou, Ollanta Humala.

Avant la campagne électorale qui l’amena au pouvoir en juillet 2011, Humala aimait à se présenter comme le Chávez du Pérou. Or, à partir de cette campagne, il changea de discours, puis, une fois président, il mit en place une politique économique qui ressemble plutôt au modèle social-libéral instauré au Brésil par le tandem Lula-Roussef et au Chili par Michelle Bachelet.

Humala aurait pu agir comme Chávez, c’est-à-dire faire profession de foi démocratique le temps d’une campagne électorale dans le but de gagner les voix des modérés, pour ensuite sortir ses griffes et instaurer un régime autocratique axé sur la diabolisation de l’opposition et du capital privé.

Mais Humala eut la lucidité de regarder autour de lui. Il trouva d’un côté les déboires de l’économie vénézuélienne : baisse de la production agricole et manufacturière, pénuries d’articles de première nécessité, inflation galopante, délabrement de l’industrie pétrolière. De l’autre côté se dressait la solidité économique du Brésil et du Chili de même que l’enviable performance économique du Pérou du temps de son prédécesseur, le social-démocrate Alán García.

Chez Humala, le choix fut vite fait.

Le chavisme n’épate même plus le président du Nicaragua, Daniel Ortega, qui, certes, à l’instar de Chávez, continue à harceler l’opposition et a changé la constitution dans le but de se perpétuer au pouvoir. Or, ne disposant pas d’une manne pétrolière à dilapider, et tirant des leçons de la débâcle de l’économie vénézuélienne, Ortega prend des mesures ayant pour but de se réconcilier avec les investisseurs – ce qui amène l’hebdomadaire The Economist à publier un article intitulé « Ortega devient capitaliste : À la recherche d’alternatives au Venezuela » [1].

Le modèle bolivarien est également en perte de vitesse sur le plan diplomatique.

En effet, lors de la récente session de la Commission latino-américaine des droits de l’homme, les pays dits bolivariens (Venezuela, Nicaragua, Bolivie et Équateur) échouèrent dans leur tentative de restreindre la capacité de cette Commission à se procurer du financement extra-gouvernemental. Le but n’était autre que de rendre la Commission entièrement dépendante du financement des États pour ainsi miner l’autonomie de celle-ci.

Les pays bolivariens se trouvèrent également à contrecourant, vis-à-vis du reste de l’Amérique latine, en s’abstenant de signer le Traité sur le commerce des armes, adopté par l’Assemblée générale des Nations unies le 2 avril [2].

D’autre part, dans la dernière session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le Venezuela eut le triste honneur d’avoir été le seul pays à voter contre le renouvellement du mandat de la commission chargée d’enquêter sur les atrocités perpétrées par le régime syrien. Le Venezuela se dissocia également d’une résolution, adoptée par consensus, créant une commission ayant pour tâche de se pencher sur les violations des droits de l’homme en Corée du Nord. Le Venezuela fut, de surcroît, l’un des deux pays à s’être opposé au prolongement du mandat de l’expert indépendant qui enquête sur les abus commis par le régime iranien [3].

Des élections présidentielles auront lieu dimanche 14 avril au Venezuela. Une chose est sûre : le successeur désigné par Chávez, M. Nicolás Maduro, ne peut pas les perdre. Et pour cause : l’appareil d’État, la hiérarchie militaire y compris, a mis tout son poids dans la balance pour assurer la victoire de Maduro. Les médias, largement contrôlés par le gouvernement, ont consacré un temps disproportionné à véhiculer la propagande chaviste. Le Conseil national électoral, chargé de proclamer le résultat des élections, est composé de représentants du pouvoir, qui ne sont donc pas neutres ou indépendants. Dernier mais non le moindre, des membres du parti au pouvoir ont la clé d’accès à 45.000 machines de vote [4].

La victoire du candidat du chavisme s’avérera toutefois une arme à double tranchant. Car gouverner le Venezuela dans l’état où Chávez l’a laissé est un cadeau empoisonné. Soit M. Maduro change radicalement d’orientation et cesse d’attaquer le secteur privé et les investissements étrangers afin d’introduire un minimum d’efficacité dans la gestion de l’économie, ce qui équivaudrait à renier l’héritage chaviste. Soit il persiste dans la voie de la diabolisation des entrepreneurs à la Chávez, enfonçant davantage encore l’économie vénézuélienne dans la paralysie.

À en juger par ses déclarations et ses prises de position au cours de la campagne électorale, Maduro semble déterminé à suivre la seconde voie, ce qui portera à terme le coup de grâce au prestige du modèle bolivarien.


Notes :

  1. Voir à ce sujet « Ortega goes capitalist : Looking for alternatives to Venezuela », The Economist, 27-08-2011.
  2. Paulo A. Paranagua, « Le Traité sur le commerce des armes oppose la majorité de l’Amérique latine aux pays de l’ALBA », Le Monde, 05-04-2013.
  3. « Le Venezuela prend le rôle du gêneur au Conseil des Droits de l’Homme », Le Temps (Genève), 25-03-2013.
  4. « Venezuela: Oposición denuncia acceso ilegal del oficialismo a máquinas de votación », BBC en espagnol, 03-04-2013; « Capriles cambia de estrategia y pasa al ataque », El País, 08-04-2013.
  1. Quel dommage de discréditer complètement cet article en qualifiant Khadafi (déclaré parfaitement fréquentablejusqu’au jour où il a commandé son armement en Russie et en Chine plutôt qu’en Occident)
    ou plus ridicule encore Bachar el Assad de « criminels » !!!

    J’ai vécu 3 ans en Syrie, un pays d’une convivialité et d’un bonheur de vie incomparable, où il n’y avait aucune tension communautaire ou autreet où le peuple vivait bien. Pareil pour la Lybie, un pays connaissant un formidable essor économique, au bénéfice de tous, et dont les derniers règlements sociaux étaient confiés .. au BIT !

    J’étais à Benghasi quand « la révolution » a commencé : les gens se sont terrés chez eux, laissant la rue à ces djihadistes et autre despérados, dont pas un n’avait l’accent lybien !

    Cessons de nous appuyer sur une doxa manipulée pour disqualifier deux des pays les plus agréables de toute la région ! On voit d’ailleurs la ruine de la Lybie où on tire toujours dans les rues, Et la misère de la merveilleuse Syrie. Dont nos média persistent à parler, non du gouvernement syrien (pluraliste et démocratique) mais d’un « régime Bachar el Assad » issu directement de Tintin pour les besoins de la cause !

    A gerber.

    1. « Mauvaise langue » bossait peut-être au sein des forces gouvernementales? Rhôôôoooo 🙂

    2. Derrière le rideau de fer, beaucoup de gens vivaient très bien à leur façon, étaient très sympas etc.
      Ce n’est qu’en découvrant les mensonges et la réalité qu’ils ont pris conscience de ce qu’il leur manquait.

    3. « Khadafi (déclaré parfaitement fréquentablejusqu’au jour où il a commandé son armement en Russie et en Chine plutôt qu’en Occident »
      La Pologne a acheté des avions de chasse US avec les euros qu’on venait de lui donner, nous n’avons pas encore envahi le pays.
      « ou plus ridicule encore Bachar el Assad de « criminels » !!! »
      Le problème c’est que le père avait déjà donné l’exemple, dans ce pays si doux si tendre.
      Que les acteurs régionnaux s’en soient mêlés est une évidence, que des Ultras muslims soient dans le coup c’est évident, est-ce que cela dédouanne Bachar à 100%, pas à mes yeux.
      Que deviendra le pays après ???, je crains le pire, mais qu’est devenu la France après la révolution ?, vaut mieux oublier je crois.

  2. Tout à fait d’accord avec mauvaise langue en ce qui concerne la Syrie. Bon sang, avec tous les témoignages directs que nous avons grâce à internet, il est facile de voir que la doxa imposée par les médias concernant ce pauvre pays martyr couvre une véritable ignominie de la part de pays soi-disant civilisés. Il y a plus d’un an déjàr, un rapport était paru un rapport qui établissait parfaitement que la guerre avait été importée: http://www.comite-valmy.org/IMG/pdf/Rapport_Syrie_Ciret-Avt_Cf2R.pdf

    1. Mais puisqu’on vous dit que les étrangers, basanés et autres muslim ils ont pas droit à la démocratie. Il leur faut un bon vieux dictateur qui nous permette d’y passer nos séjours tranquille. La corruption, le népotisme, l’absence d’Etat de droit, la pauvreté, le socialisme (Syrie, Libye, Irak), la dictaure (tous) ben c’est pas grave. Sinon on ressort l’épouvantail iranien ou saoudien. Bon, je vous laisse, parce que raconter des conneries sur des pays que je connais pas vraiment ça fatigue.

  3. P.L.jesuisunhommelibre

    « Soit il persiste dans la voie de la diabolisation des entrepreneurs à la Chávez, enfonçant davantage encore l’économie vénézuélienne dans la paralysie. »

    J’ai du relire deux fois avant de comprendre que vous ne parliez pas de la France 😉

    1. Vous avez raison. L’auteur de cet article a écrit un autre papier, posté sur ce même site, sous le titre « Une France pré-chaviste ». Il va dans votre sens.

  4. Personne ne défend les monarchies du Golf mais il faut être sacrement dérangé pour soutenir le régime syrien. Un régime responsable de la mort de plusieurs dizaines de milliers de personnes au cours des dernières années. Avec des médias contrôlés, des opposants torturés, sous la coupe d’un parti unique et d’une dynastie.

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