Affaire Cahuzac : les contre-feux s’allument

Certains allument déjà des contre-feux sans soulever la question d’autres cas de corruption.

Certains allument déjà des contre-feux sans soulever la question d’autres cas de corruption.

Par Marc Crapez.

Jérôme Cahuzac

Le ministre démissionnaire avoue avoir menti au sujet d’un compte bancaire à l’étranger dont l’accusait le journal en ligne Mediapart. Immédiatement, d’aucuns ont allumé divers contre-feux idéologiques. Bernard Tapie a soulevé le spectre d’un suicide à la Pierre Bérégovoy. Mais si nul ne le souhaite personne n’y peut rien.

D’autres soulèvent le spectre du matraquage fiscal. Mais ce n’est pas le sujet. Cahuzac n’était pas un citoyen lambda mais un ministre en charge des cordons de la bourse de l’État. En période de vaches maigres, il se devait d’être exemplaire. Et l’on peut même déplorer que son prédécesseur au Budget ait été nommé alors que sa compagne était exilée fiscale à Las Vegas. D’autres montrent l’exemple, comme ce maire sans étiquette de la commune de Cateau-Cambrésis qui vient d’amputer une partie de son traitement. Initiative appliquée aux hauts personnages de l’État dans la plupart des pays qui osent des politiques de rigueur.

Autres contre-feux : la nécessité du juge d’instruction et l’héroïsme de Mediapart. En réalité, l’idée de suppression du juge d’instruction à la française reste pertinente pour s’harmoniser avec les autres pays. Et gardons-nous de conclure à l’exemplarité de Mediapart : un article intitulé « Mediapart ou le journalisme à l’esbroufe » montre qu’il y aurait beaucoup trop d’invraisemblances dans le fameux scoop sur le supposé financement de la campagne de Sarkozy par Kadhafi. Disons que, cette fois, un fonctionnaire des Impôts les avaient bien renseignés.

Une députée socialiste qui nie elle aussi avec aplomb

La question est maintenant posée de savoir si Pierre Moscovici ne serait pas trop intervenu en faveur de son collègue du gouvernement. Concernant François Hollande, il a probablement été abusé. Se pose plutôt un problème d’incompétence et d’inertie des Renseignements généraux. Sans parler du ridicule de s’être voulu moralement irréprochable, prétention d’emblée écornée.

Le parti socialiste pourrait, surtout, en profiter pour réfléchir sur le cas de Sylvie Andrieux, cette députée socialiste fortement suspectée de corruption clientéliste et qui, elle aussi, nie avec un imperturbable aplomb.

Pour finir, les prétentions moralisatrices malmenées par cette affaire ne sont pas seulement celles du PS mais, plus largement, celles des milieux bien pensants. Jean-Luc Mélenchon n’a pas tort de rappeler que celui qui le traitait de clown était une crapule. Arbitre des élégances assez arrogant, ce grand bourgeois se voyait déjà, et des personnes autorisées le voyaient déjà, premier ministre.

À l’instar de Strauss-Kahn, Cahuzac était le chouchou de certains milieux centristes. Comme je l’ai déjà rappelé, un hebdomadaire censé être de centre-droit titrait le 12 mai 2011 : « Jérôme Cahuzac pourrait être le ministre des Finances de DSK en 2012. Il étrille Sarkozy ». D’aucuns rêvent de bombarder médiatiquement des proconsuls supposés éclairés à la tête du pays, sans passer par la vox populi. Manque de chance, ces rois sont nus.

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