Ce que peut provoquer la crise de Chypre

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S’il advenait que Chypre fasse faillite ou sorte de l’Euro, la crise prendrait une tournure très novatrice, aux implications plus profondes que la faillite de Lehman Brothers.

S’il advenait que Chypre fasse faillite ou sorte de l’Euro, la crise prendrait une tournure très novatrice, aux implications plus profondes que la faillite de Lehman Brothers.

Par l’auteur du site Bobo libéral.

Alors que l’on croyait le plus dur derrière nous (du moins c’est ce que nous répétaient sans relâche les médias mainstream), Chypre nous a rappelé à tous que la crise, et particulièrement en Europe, était loin d’être résolue. Au contraire, ce rebondissement a révélé les coriaces fragilités de l’Eurosystème.

Il n’est pas dans mon intention de me lancer dans une analyse pertinente de cette mésaventure financière, l’excellent article de l’Institut Turgot rédigé par Vincent Bénard pourra donner à tous lecteurs curieux un éclairage sans pareil.

J’aimerais plutôt me focaliser sur une éventualité que cet accident, digne d’un Cygne Noir, a rendu possible et qui fut évoquée : la sortie de Chypre de l’Euro, pire sa faillite.

Il faut d’abord rappeler la similitude que cet épisode a avec l’élément déclencheur de la crise dite des « subprimes« , c’est-à-dire la faillite de Lehman Brothers. En fait il faudrait faire remonter les origines de la crise au rattrapage de Bear Sterns, comme l’expliquait encore une fois Vincent Benard en 2009. Ce secours porté par les autorités américaines avait clairement envoyé un mauvais signal au monde financier, faisant croire que tout un chacun serait à l’abri et pourrait bénéficier des largesses de la Fed.

Ainsi la panique qui a suivi la faillite de Lehman Brothers n’a pas été que liée à la découverte des crédits toxiques que furent les subprimes et des risques qu’ils faisaient courir à ses détenteurs mais aussi par les agissements contradictoires de la Fed, qui du jour au lendemain, sans crier gare et en opposition avec ses décisions passées a laissé la banque couler. En fait il n’y avait aucune règle claire, et en particulier aucune établie quant à la faillite des banques. L’anarchie régnait en quelque sorte et cela sous l’égide d’une autorité étatique et pléthorique.

Il en est de même aujourd’hui avec Chypre. N’oublions pas que la Grèce a bénéficié des aides de l’Europe et la sortie du pays de l’Euro était inenvisageable. L’Europe, ce projet en perpétuel construction, ne pouvait souffrir d’une telle éventualité ! Son adhésion se doit d’être éternelle pour le salut de tous.

Ce qui a fait à croire à Chypre, du moins à certains de ses résidents banquiers, d’être à l’abri de toutes catastrophes. Et voila que l’Europe menace de couper les vivres aux systèmes bancaires, pouvant alors provoquer une faillite et dans ces ultimes conséquences la sortie du pays de l’Euro.

Chose qui était impensable !

Mais ce qui différencie cet épisode avec celui de Lehman Brothers est que sa faillite était  envisageable ; une banque, en effet, peut faire faillite. Mais un État ?

Car la sortie de Chypre de l’Euro et l’écroulement de son secteur financier aurait pour conséquence la faillite de son État.

Mais un État peut-il faire faillite ? Si l’on se place du point de vue économique, la réponse est clairement oui. L’État n’est qu’un agent comme un autre, qui tire ses ressources de la spoliation légale qu’est l’impôt. Il ne peut échapper aux lois de l’économie.

Mais peut-il s’affranchir de celles de la politique et surtout de l’esprit de notre temps qui veut que l’État soit l’horizon indépassable de notre existence. Un État, d’après la doxa actuelle, ne peut pas faire faillite. En dehors de l’État, point de réalité. Ce sans État est un territoire qui n’est cartographié nulle part, qui n’a pas d’existence propre, que l’on ne peut pas nommer proprement. C’est une Zone du dehors, en reprenant le titre du roman d’Alain Damasio (clairement à gauche !), qui dénomme le territoire en dehors de la ville et qui n’a pas de nom car il ne peut pas exister selon les autorités.

S’il advenait que Chypre fasse faillite, ou du moins sorte de l’Euro (ce qui serait une mini faillite pour ce processus de concentration étatique qu’est l’Europe), la crise prendrait une tournure très novatrice, aux implications plus profondes que la faillite de Lehman Brothers.

Un paradigme pourrait s’évanouir ; la permanence des États. Et on réaliserait qu’ils n’ont dû leur existence qu’à cette immense bulle obligataire qui n’a cessé de gonfler ces dernières années et qui comme toutes les bulles va un jour éclater. Une bulle d’ailleurs en partie alimentée par cette croyance dans le pouvoir salvateur de l’État.

Cela provoquerait une rupture idéologique majeure. Et nous serions vraiment, pour le coup, en crise.