Xénophobie et islamophobie : le collectivisme a encore frappé

Xénophobie et islamophobie progressent en France. Les causes sont à chercher dans le collectivisme et le constructivisme.

Le racisme et la xénophobie augmentent en France, de façon d’autant plus inquiétante que les évolutions ne vont pas dans le bon sens.

Dans « un contexte de hausse du chômage et de fermeture d’usines », la commission souligne « une dangereuse banalisation des propos racistes ». […] 69% des personnes déclarent qu' »il y a trop d’immigrés aujourd’hui en France », soit +10 points par rapport à 2011 et +22 points par rapport à 2009.


Le discours malthusien des hommes politiques aura donc fini par porter ses fruits. À force de ressasser aux Français que le partage du temps de travail était une solution – avec le succès qu’on sait – à la hausse du chômage, ils en sont désormais convaincus, et perçoivent l’immigration comme une menace pour l’emploi.

Le rapport souligne […] « un rejet croissant des étrangers, perçus de plus en plus comme des parasites, voire comme une menace ». […] Mais la CNCDH distingue « le racisme », en « relative stabilité » (+2%) du « racisme anti musulman » (+30%) et de « l’antisémitisme » (+58%).

La distinction est très éclairante ; le racisme progresse, et les étrangers, nouveaux entrants sur le marché du travail, sont perçus comme des parasites, voire comme une menace. Mais il ne progresse pas autant que le rejet des communautés musulmane et juive, que le rapport distingue.

Si les réponses sont si différentes, c’est que le rejet d’une population en raison de son origine et en raison de sa religion n’ont pas les mêmes causes ; là où le premier est une conséquence d’une opinion économique, le second est une conséquence d’une opinion sociale.

Le rapport souligne une « augmentation toujours plus marquée de la méfiance à l’égard des musulmans »[…]. 55% des personnes interrogées estiment en effet que les musulmans forment un groupe à part dans la société (+4 points par rapport à 2011 et +11 points par rapport à 2009). « Il y a une mauvaise perception de la religion musulmane qui menacerait un modèle social en difficulté et la laïcité comme élément de l’identité française », analyse Emmanuel Rivière, directeur d’opinion de TNS-SOFRES qui a réalisé une enquête approfondie auprès de 38 personnes pour ce rapport.

Ce n’est pas le communautarisme ou la volonté de vivre selon des rites différents de ceux des autres qui sont la cause d’une méfiance à l’égard des adeptes d’une religion, mais au contraire la volonté d’obliger tous les individus à vivre selon des règles fixées pour eux. L’idée même de regrouper les individus selon une ou plusieurs caractéristiques religieuses ou ethniques participe d’un raisonnement collectiviste, qui voit l’individu comme une partie d’un groupe plutôt que comme un individu en tant que tel. Par essence, un individualiste ne peut être raciste.

L’emprise croissante du collectivisme en France génère le besoin d’affirmer certains principes comme nécessaires au « vivre ensemble ». Une affaire récente, celle de la crèche Baby Loup, a vu la cour de cassation trancher en faveur de la liberté religieuse tandis que la cour d’appel avait tranché en faveur de la laïcité. Dans les deux cas, la justice affirme qu’il faut accepter systématiquement ou refuser systématiquement le port d’un symbole religieux, empêchant systématiquement l’expression des préférences individuelles.

L’idée dominante en France est que les individus doivent se plier à la volonté de la majorité et y conformer leurs rites. Le modèle du mariage monogame hétérosexuel, et désormais du mariage monogame hétérosexuel ou homosexuel, devrait s’appliquer à tous ; le menu des cantines devrait, ou ne devrait pas, être halal ; à aucun moment il n’est envisagé de laisser les individus décider librement, entre eux, de ce qu’ils souhaitent.

L’islam et les musulmans sont donc perçus comme une menace pour le « vivre ensemble », pour le modèle républicain, pour les traditions et la culture françaises. Si on considère qu’ils doivent aller à la messe le dimanche plutôt qu’à la prière le vendredi, manger du saucisson et boire du vin rouge plutôt que manger halal, ou, moins caricaturalement, qu’ils doivent se plier dans « l’espace public » à la laïcité la plus stricte, ils le sont, et le sont d’autant plus que se dessine de plus en plus précisément ce qui est permis et interdit dans l’espace public et les lieux publics.

Ce qui est en cause, ce n’est pas l’intolérance des Français, mais l’idée de plus en plus présente chez eux que la société est un ensemble plus important que la juxtaposition des individus qui la composent et qu’en faire partie est à la fois obligatoire et contraignant. C’est l’idée que l’individu doit avant tout se soumettre, dans les endroits qui n’appartiennent à personne ou sur une propriété privée, aux lois imposées par l’État. C’est l’idée que le véritable propriétaire de l’individu et de toute propriété est la société, par l’intermédiaire de l’État. C’est le collectivisme.

La réponse à la montée de l’intolérance, du rejet ou de la haine à l’égard des adeptes d’une religion n’est pas d’exiger de tous qu’ils se conforment aux mêmes rites, ou d’empêcher ceux qui le souhaitent de se conformer aux rites qu’ils souhaitent, ce qui ne peut se faire sans exercer la contrainte et la coercition. La seule réponse efficace – en plus d’être la seule réponse légitime – est de réaffirmer les seuls principes permettant aux individus de vivre ensemble harmonieusement : libre consentement des individus et libertés individuelles.

Le droit de propriété ne doit pas admettre d’exceptions. Aujourd’hui, le propriétaire n’a pas tous les droits sur sa propriété – l’État en détenant une partie. Le propriétaire d’un restaurant doit pouvoir choisir si ses employés et clients peuvent ou ne peuvent pas fumer au sein de son établissement, les employés doivent avoir la possibilité d’accepter ou refuser de travailler pour lui et les clients doivent avoir la possibilité de le fréquenter ou non. De la même façon, le propriétaire d’une crèche doit pouvoir définir lui-même le contenu de son règlement intérieur, les employés et les clients ayant le choix de travailler avec lui ou non.

Dès lors, les individus ne seraient plus une contrainte les uns pour les autres, puisque leurs interactions se fonderaient uniquement sur le libre consentement. Ce ne sont aujourd’hui pas les musulmans qui imposent des règles nouvelles aux autres, mais l’État qui les impose en leur nom, donnant aux Français le sentiment que les musulmans et l’islam sont une menace pour leur modèle social. La vraie menace pour l’harmonie sociale, c’est l’idée qu’un modèle unique s’impose à l’ensemble des individus ; elle se traduit ici par des règles positives ou négatives spécifiquement destinées aux musulmans et s’appliquant à l’ensemble de la société, donnant l’impression que les musulmans forme un groupe à part qui impose ses revendications au reste de la société.

Le respect des droits individuels évite ainsi deux écueils : celui de ne pas permettre le libre exercice de la religion et celui de contraindre tous les individus à adopter les règles d’une religion pour permettre à ses adeptes de l’exercer. Il n’y a pas de sens à obliger les enfants à manger halal dans les cantines, ni à les en empêcher ; il faut laisser le choix libre aux individus, et ce choix ne peut que passer par le marché.

Le renforcement du champ de la propriété privée et de son application sont la seule voie possible pour que l’ensemble des Français cohabitent en bonne harmonie. Mais aujourd’hui, la principale menace qui pèse sur la propriété est l’État. Comme souvent – si ce n’est toujours – son action a l’effet contraire de celui qu’il recherche. En voulant favoriser l’harmonie sociale par le respect de règles communes, il contraint les individus à adopter des règles qu’ils n’ont pas choisies et se développent alors des réactions de plus en plus extrêmes chez des individus ne demandant en dernière analyse qu’à vivre selon les règles qu’ils choisissent. Le combat à mener n’est pas celui de la religion contre la laïcité, ou celui de l’immigration contre l’identité nationale ; le combat à mener est celui de l’individu contre le collectif, de l’individu par et pour lui-même. Le combat à mener est celui de la liberté.

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