Prévisions de croissance revues à la baisse, droits bafoués, salut dans l’individu

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Après la Commission Européenne et l’OCDE, ce sera bientôt au tour du gouvernement de baisser ses prévisions de croissance, sans toutefois remettre en cause sa politique destructrice pour l’économie et la morale.

Par Baptiste Créteur.

Après la Commission Européenne en février, c’est au tour de l’OCDE de revoir à la baisse ses prévisions de croissance pour la France. Ces prévisions demeurent optimistes ; le calcul du PIB comptabilise la dépense publique comme une création de richesse du même montant, prenant l’hypothèse forte et jamais justifiée que la dépense publique ne détruit pas de valeur.

La dette publique passerait donc de 91,3% d’un PIB surestimé en 2012 à 96,1% du PIB en 2014, et le déficit public serait ramené à 3% – donc toujours pas 0% – en 2014 sans qu’on comprenne bien pourquoi et comment.

D’après ces prévisions, le déficit public s’établirait à 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) cette année et ne reviendrait qu’en 2014, avec un an de retard par rapport aux engagements de la France, à 3 %, le plafond autorisé par les traités européens.

Ce qu’on comprend de mieux en mieux, c’est que le droit est à géométrie variable ; on ne le respecte que si les circonstances s’y prêtent, quel que soit la nature de ce droit. Un droit inaliénable comme la propriété privée peut être remis en cause par l’État et sa remise en cause peut même être légitimée et encourager par lui ; une garantie des dépôts bancaires ne vaut que si l’État le veut bien, mais il peut aussi faire l’inverse et garantir la survie des banques en piochant dans les dépôts ; et les engagements d’un État en matière de déficit sont valables uniquement en période de croissance, plein emploi, prospérité et si on découvre des réserves considérables de matières premières.

C’est donc, plus que le concept de démocratie – les décisions étant désormais prises par des dirigeants non élus avant d’être imposées aux représentants d’une minorité du peuple qui les imposent à leur tour à des individus plus vraiment souverains, plus que le concept de responsabilité – la privatisation des profits et la mutualisation des risques étant devenue monnaie courante depuis que l’État encourage les banques à prendre des risques inconsidérés en lui prêtant de l’argent, le concept de droit qui est aujourd’hui remis en cause.

Les individus sont aujourd’hui confrontés à un manque de lisibilité de leur environnement semblable à celui qui régnait lorsque les seigneurs et monarques décidaient, du jour au lendemain, de lever un impôt supplémentaire. La seule certitude qu’ils puissent avoir, c’est que leurs droits seront, d’une façon ou d’une autre, bafoués. La propriété privée n’est pas plus garantie par l’État que la sûreté ; pire, il légitime les infractions à ces droits naturels et imprescriptibles dont la conservation est en théorie le but de toute association politique – y compris de l’État.

Non seulement l’État ne protège plus les droits des citoyens, mais ils se trouvent en outre sans aucun recours en cas de désaccord avec des décisions en théorie prises pour leur bien, ou pour celui du plus grand nombre, ou pour celui du plus grand nombre de suffrages exprimés, ou pour un « bien commun » dont on ne sait jamais réellement ce qu’il désigne – et, surtout, le bien de qui.

La dette publique continuerait, elle, de grimper, passant de 91,3 % du PIB en 2012 à 96,1 % en 2014, selon l’OCDE. Le gouvernement français espérait la faire refluer à compter de l’an prochain, mais va revoir ses prévisions d’ici mi-avril. Malgré ce dérapage, l’organisation ne recommande pas au gouvernement de prendre de nouvelles mesures de rigueur. « Il convient de laisser les stabilisateurs automatiques jouer à plein », avec des dépenses sociales élevées en raison de la flambée du chômage et des recettes fiscales faibles pour cause d’activité atone, « au prix de déficits publics plus élevés qu’envisagé », estiment les auteurs de ce rapport sur la France. « Il faut toutefois rester vigilant quant aux répercussions que pourrait avoir le dérapage du déficit » sur « la crédibilité de la politique budgétaire », prévient l’OCDE. Selon l’organisation, la poursuite de réformes structurelles « permettrait de minimiser les risques ». « Le calendrier politique offre une occasion unique de mettre en œuvre une stratégie ambitieuse de réformes permettant d’accroître l’efficacité et de réduire le coût des politiques publiques », insiste le club des pays riches. Les récentes mesures en faveur de la compétitivité et sur le marché du travail « constituent des signaux encourageants » à ses yeux.

Le gouvernement reverra ses prévisions, avant de les mettre à jour de plus en plus régulièrement à mesure que la situation va se détériorer. Inutile de rappeler l’optimisme du chef de l’État, qui mise sur une croissance mondiale susceptible de tirer l’économie française vers le haut – et qui pourrait avoir un peu de retard. En une phrase, on comprend que le rapport de l’OCDE est aussi sérieux et crédible que le gouvernement : « l’organisation ne recommande pas au gouvernement de prendre de nouvelles mesures de rigueur ». C’est pourtant la seule chose à faire ; réduire la dépense publique, laisser le marché procéder aux nécessaires ajustements pour renouer ensuite avec une croissance sur des bases saines, et elle n’a pas été entamée ni même réellement envisagée.

Alors que le calendrier politique offre une occasion unique, le gouvernement martèle qu’il fait face à de nombreuses lenteurs et rigidités et préfère guérir les symptômes que sauver le patient France en s’attaquant à leurs causes. Il occupe les citoyens à des réformes sans grande importance au regard du problème de la dette ; les experts de l’OCDE, comme les Français, n’y voient que du feu, et prennent un crédit d’impôt mal fagoté et un accord sur un droit du travail modifié à la marge pour des signaux encourageants.

Pourtant, les enjeux d’aujourd’hui sont clairs, simples, limpides, et les solutions le sont tout autant. L’endettement est une épée de Damoclès qui, inéluctablement, tombera sur les citoyens français avec autant de douceur qu’un prélèvement sur les dépôts bancaires préalablement gelés ; l’économie est gangrénée par un poids considérable et croissant de l’État. La solution est donc simple ; elle consiste à réduire le poids de l’État, son périmètre, et les limites de son intervention – par exemple aux droits naturels et imprescriptibles des citoyens, ce qui aussi difficilement contestable qu’incessamment contesté. Elle consiste à revenir sur un État-providence aussi illégitime qu’inefficace. Elle consiste à entrer en rupture avec une morale altruiste aussi immorale que destructrice.

Depuis 40 ans, les élus français choisissent de dépenser plus que ce que mettent à leur disposition les prélèvements colossaux imposés au reste de l’économie ; ne comptons pas sur eux pour prendre en main l’avenir de la France. Ne comptons pas non plus sur le reste du monde qui a autre chose à faire que venir à la rescousse d’un pays gouverné de manière irresponsable par des individus irresponsables élus de manière irresponsable – et qui, en toute vraisemblance, exigerait une spoliation élargie des citoyens pour éviter une crise provoquée par des décennies de spoliation. Si nous voulons une France prospère, respectueuse des libertés individuelles et régie par des principes légitimes, nous ne pouvons et ne devons compter que sur nous-mêmes, sur notre esprit et nos talents individuels qui, lorsqu’ils travaillent en commun dans le cadre d’un échange librement consenti, sont la source de toute richesse.