L’Euro fort est-il vraiment un drame ?

L’Euro fort est présenté partout comme une catastrophe pour l’économie européenne. A juste titre ou pas ?

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Popeye Euro fort (Crédits : Sabine Nourrit/Aleps, tous droits réservés)

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L’Euro fort est-il vraiment un drame ?

Publié le 11 mars 2013
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L’Euro fort est présenté partout comme une catastrophe pour l’économie européenne. A juste titre ou pas ?

Par Jacques Garello.
Un article de l’Aleps.

L’Euro fort fait aujourd’hui des miracles. Il dispose en effet d’un pouvoir extraordinaire : il fait oublier tout le reste, il est l’alibi idéal pour expliquer le chômage et tous les autres fléaux qui s’abattent actuellement  sur notre économie et notre société.

Ce pouvoir est fondé sur le mensonge et l’erreur, qui abusent facilement un peuple ignorant de la chose économique et dûment conditionné par la pensée unique, véhiculée par les médias.

Quelle surprise en effet de voir depuis quelques jours l’euro fort à la une de tous les quotidiens, sur tous les plateaux de télévision ! C’est l’euro fort qui plomberait la croissance des pays européens, c’est lui qui expliquerait les délocalisations, c’est lui qui se ferait rouler dans la farine par le dollar, le yen, la livre sterling et toutes les monnaies du monde qui gèrent la crise en dépréciant volontairement leurs devises pour mieux doper leur production nationale. Tout cela à cause de l’entêtement de la BCE et des Allemands qui ne veulent pas prendre le risque d’une inflation. L’Europe ne participe pas à la « guerre des monnaies » qu’évoquait avec prémonition Jean-Yves Naudet dans une de ses récentes analyses de conjoncture.

Le mythe de l’euro fort repose en fait sur l’ignorance volontaire ou non de plusieurs réalités, par ordre d’importance croissante.

1° L’euro n’est fort qu’en comparaison de monnaies volontairement et dangereusement affaiblies.

2° En réalité l’euro est une mauvaise monnaie.

3° Les Français font pression pour que l’euro soit déprécié plus vite, plus fortement.

4° L’euro « fort » n’empêche pas des pays de la zone euro d’avoir une croissance supérieure à la nôtre et un chômage très inférieur au nôtre.

5° La France est menacée non par l’euro, mais par la tyrannie du statu quo.

Pour résumer : comme en France on est dans l’incapacité de changer les vices fondamentaux que l’État a introduits dans notre économie, on persuade les Français que « c’est la faute des autres ». L’euro fort va de pair avec le « made in France » : les autres sont les méchants, nous sommes les meilleurs. Ce langage est tenu pratiquement par la quasi-totalité de la classe politique, de l’extrême gauche à l’extrême droite.

1° Il est vrai que les Américains, les Japonais et les Anglais se livrent depuis quelques mois à des acrobaties  monétaires qui paraissent habiles, mais sont suicidaires. Habiles parce que la profusion de monnaie créée par les banques centrales de ces pays est émise en contre-partie de créances sur le Trésor Public : la dette publique est gérée avec de la monnaie de singe. Quand on dit que l’euro est fort, il faudrait surtout dire que le dollar est faible. Les Chinois l’ont bien compris, qui refusent de réévaluer leur monnaie qui, à son tour, est gagée sur la masse de dollars qu’ils détiennent. Suicidaires parce que progressivement la cortisone monétaire va tuer toutes les défenses immunitaires de ces économies.

2° La gestion de l’euro n’a cessé de se dégrader depuis que Mario Draghi a pris la direction de la BCE. Car à l’heure actuelle les milliards émis par la BCE ont pour contrevaleur l’achat de créances sur les États de la zone euro en faillite. Prêter à des faillis n’a jamais été une bonne gestion bancaire. La monnaie n’a plus aucune contrevaleur réelle, ne correspond plus à des crédits à l’économie de nature à anticiper des revenus futurs, mais à des créances sur l’État de nature à éponger les déficits passés et présents. De plus, la BCE mène une politique qui maintient des taux d’intérêt réels négatifs : que se passerait-il si les taux n’étaient pas manipulés, portant le coût de la dette à des sommets ?

3° Évidemment les pays les plus endettés voudraient que la BCE « relance » l’économie européenne. En fait il ne s’agirait en rien d’une relance des entreprises, mais d’une nouvelle bouffée d’oxygène pour des États incapables de gérer leur dette publique. Le rêve secret de tous les endettés est de fuir dans l’inflation – issue catastrophique mais probable. L’euro paraît fort à ceux qui voudraient qu’il soit encore plus faible.

4°Les ravages de l’euro prétendu fort sont illusoires. D’une part cela n’a jamais inquiété les Allemands, au deuxième rang des exportateurs mondiaux, et qui ont un taux de chômage presque moitié du nôtre. En zone Euro, les Autrichiens, les Hollandais, les Luxembourgeois ont une croissance honnête et un chômage inférieur à 5%. D’autre part l’euro fort permet de bénéficier d’importations à meilleur marché, en particulier d’alléger la facture énergétique (mais la France a des « fournisseurs »  attitrés parmi les plus chers au monde).

5° En France, il n’y a pas à avoir peur de l’euro fort, mais de la pression politique qui empêche toute réforme sérieuse : pas de fluidité du marché du travail, mais du chantage syndical et corporatiste, pas de rentabilité de l’effort productif, mais la traque aux riches, aux entrepreneurs, à tous ceux qui réussissent, pas de crédits pour investir mais la confiscation de l’épargne pour financer un logement social ruineux, inefficace et injuste, pas de réforme systémique des retraites ou de l’assurance maladie, mais des charges sociales de plus en plus lourdes et une protection chancelante, et – résumant le tout – pas de liberté pour le secteur privé, mais une hypertrophie du secteur public, avec son cortège de monopoles, de fonctionnaires, de déficits, de privilèges et de corruptions.

Euro fort ? Non : France bloquée.

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  • 1) et alors? Quand on a un fort déficit commerciale, ce qui est le cas de la France, la loi du marché doit faire baisser la monnaie. Hors ce n’est plus le cas, BCE oblige. On fait quoi? On compresse les salaires? C’est impossible.

    2) ça veut dire quoi? Le problème de l’euro c’est la faible intégration au niveau de l’UE: le dollars US tient parce que l’état fédéral assure des transferts importants entre les états. L’Allemagne acceptera elle de payer les fonctionnaires grecs? Non, donc l’euro est un projet mort née.

    3)où ça?

    4)La valeur de l’euro est elle forte ou faible par rapport à leur monnaie d’origine? S’ils sont exportateurs net, une monnaie forte est normale.

    5)On ne peut pas évacuer le problème de l’Euro et de la dette qui empêche de fait toute réforme en profondeur.

    • 1) Et si la France commençait par compresser son état et ses dépenses publiques ?
      Parce qu’il n’ y a pas de raison que les allemands soient meilleurs que les français dans l’absolu, par contre si les français font la course avec des chaussures en plomb il vont s’essouffler plus vite.

      • « Parce qu’il n’ y a pas de raison que les allemands soient meilleurs que les français dans l’absolu »
        Dans l’absolu peut-être, mais dans la réalité oui => demandez aux Français d’abandonner les 35h et RTT, de partir en retraite à 67 ans, de casser nos syndicats mafieux, de réduire les rentiers fonctionnaires de 30% ainsi que leurs retraites actuelles, de réduire le budget des politocards de 30% mini etc. etc. etc., elles sont là les chaussures de plomb, d’accord avec vous et ce package va nous emporter au fond de l’abîme.

    • 1) augmenter les impôts et les prix des services publics ça revient à baisser les salaires, et manifestement ça n’a rien d’impossible puisqu’on fait ça en ce moment.

      2) l’union latine a tenu 60 ans sans transferts entre états, et ce ne n’est pas l’absence de tels transferts qui l’a tuée, c’est la 1GM

      5) il n’y a pas plus de problème de l’euro qu’il n’y a de problème du mètre, et baisser l’Euro n’est pas plus une solution que réduire le mètre à 90 cm le serait pour réduire la distance entre Turin et Lyon

      • 5) Voilà, bonne comparaison. Ce sont d’ailleurs les mêmes qui dénoncent sans cesse le « dieu argent » tout en croyant dur comme fer en ses pouvoirs magiques…

    • Et le déficit commercial entre Marseille et Lille, entre Strasbourg et Nantes ? La loi du marché aurait-elle dû faire baisser le franc à cause de ces déficits quand il existait encore ? Non ? Eh bien, c’est la même chose aujourd’hui pour les pays dans la zone euro. Les questions de la monnaie et de la dette publique ne sont pas les mêmes : c’est une erreur de les confondre.

      « le dollars US tient parce que l’état fédéral assure des transferts importants entre les états » : c’est exactement ce qui se passe en zone euro (réseau des banques centrales nationales, système target).

  • Laissons les gens libres d’utiliser la monnaie de leur choix pour faire leurs achats: or, euro, dollar, ou dollar du Zimbabwe. Nous verrons ainsi si c’est la monnaie la plus faible ou la plus forte que les gens preferrent. 😉

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