Les électeurs italiens ne sont pas des idiots

Le score de Beppe Grillo n’est ni étonnant ni inquiétant. Il va simplement obliger la classe politique italienne à se réformer.

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Les électeurs italiens ne sont pas des idiots

Publié le 4 mars 2013
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Le score de Beppe Grillo n’est ni étonnant ni inquiétant. Il va simplement obliger la classe politique italienne à se réformer.

Par Marc Crapez.

Beppe Grillo en campagne

Le score de Beppe Grillo est un non-événement. Le succès de son Mouvement 5 étoiles est antérieur à la récente cure d’austérité économique. Il remonte aux municipales de 2011, à l’époque où droite et gauche s’entendaient comme larrons en foire pour multiplier les échelons administratifs et accentuer la dette. En outre, le score de 25% n’est pas plus élevé que celui obtenu par d’autres partis contestataires par le passé (Ligue du nord plus néo-fascistes il y a quinze ans par exemple). Enfin, qu’il faille une coalition pour gouverner est un scénario banal dans la vie politique italienne.

Il n’y avait pas spécialement de raisons de voter pour le trio Monti, Bersani, Berlusconi. Tous trois ont ignoré le peuple, lui préférant l’onction médiatique. Grillo a marqué des points en montrant la partialité des médias contre lui. À l’heure où une partie de la jeunesse italienne recommence à émigrer faute de perspectives, Mario Monti s’est discrédité en affirmant que l’Italie était menacée par un risque de xénophobie et d’antisémitisme, insinuant que Grillo et Berlusconi pouvaient l’être (alors que l’Italie fut dans les années 30 l’une des sociétés les plus imperméables à l’antisémitisme).

Le nouveau lieu commun des élites

À Parme, le maire du Mouvement 5 étoiles n’a pas plus mal géré qu’un autre. Pendant ce temps, éclataient des affaires de corruption. Par ailleurs, la classe politique italienne n’a fait aucun effort pour limiter le cumul des mandats, se renouveler (Berlusconi a 77 ans !), ou diminuer ses revenus. Fin 2011, des propositions de diminution du train de vie des députés n’ont obtenu que 22 voix au parlement italien.

Certes, Monti a eu le bon goût de prêcher l’exemple en baissant son propre traitement et celui des hauts fonctionnaires. Néanmoins, l’Italie a été moins audacieuse que les autres pays européens soucieux de se réformer, Espagne, Irlande, Portugal, Royaume-Uni, où les traitements des ministres ont été amputés jusqu’à 15%.

Inutile de sous-estimer les gens en parlant de populisme. Chacun comprend que ces mesures de restriction ne sont pas des recettes miracles. Mais même si elles ne sont que des gouttes d’eau dans un océan de désendettement, elles sont les bienvenues. En matière de rigueur, la moindre des choses est de commencer par se l’appliquer à soi-même. Les serviteurs de l’État doivent être les premiers à consentir des sacrifices pour donner l’exemple.

Enfin, Monti est logiquement éconduit pour avoir suspendu la démocratie. Il avait été dépêché à Rome en Proconsul de l’Union européenne, sans se faire élire. Cette désinvolture a une double conséquence. Du côté du peuple, cela détourne l’attention du déficit démocratique de l’UE en accréditant à la place le thème de la « dictature des marchés ». Du côté des élites, qui ne veulent pas entendre parler de leur responsabilité dans le déficit démocratique de l’UE, cela accrédite l’idée d’un rejet populaire des réformes libérales.

La formule circule ces jours-ci dans une variante prêtée à un conseiller de Sarkozy lors de la campagne présidentielle : « Tout ce qui serait utile au pays nous rend inéligibles ». Cette sentence est le nouveau lieu commun des élites. Cette croyance qui postule la sottise et le mauvais vouloir du peuple est fausse (je l’ai déjà expliqué dans « Réformer avec le soutien de l’opinion n’a rien d’une chimère »). Simplement, pour indiquer la voie de la réforme, il faut commencer par raboter ses propres privilèges.

Les intellectuels sont limités et manquent d’imagination : dès qu’ils ne comprennent pas un phénomène social, ils l’attribuent à l’infantilité du peuple. L’idée que des réformes libérales seraient infaisables exonère les élites de leur propre paresse. Elle leur permet de se croire détentrices d’un savoir salvateur combattu par des forces obscures. Car les élites sont friandes de préjugés et d’interprétations conspirationnistes. D’intimes convictions censées dévoiler le dessous des cartes

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  • Grillo est l’expression inquietante d’un post-fascisme moderne dont les mechanismes echappent a ceux qui l’ont voté.

    La presse européenne se focalise sur l’anti-européisme en se passant d’analyser les traits du M5S bien plus effrayant, comme la limitation de la liberté d’opinion des députés (polémique au sujet article 67 de la Constitution italienne), camouflée en lutte contre les politiciens malhonnêtes , ou bien le code comportementale des ses élus, qui leur empêche de s’associer a d’autres partis politiques même sur des questions qui ne sont pas traitées par le programme du M5S.

    • Réfléchir aux moyens d’éviter que les députés ne trahissent leur mandat en changeant d’avis comme de chemise est l’une des préoccupations de la philosophie politique depuis plusieurs siècles, pourquoi accuser la reprise de cette préoccupation du noir dessein de « limitation de la liberté d’opinion des députés » ?

      Résout-on les problèmes avec des grands mots comme « post-fascisme moderne » ? Et pourquoi pas « fascisme pré-moderne » ou « proto-fascisme moderne » ou « post-communisme archaïque » ou « stalinisme pseudo-moderne » ou « simili-nazisme contemporain » ?

      • « Réfléchir aux moyens d’éviter que les députés ne trahissent leur mandat en changeant d’avis comme de chemise est l’une des préoccupations de la philosophie politique depuis plusieurs siècles, pourquoi accuser la reprise de cette préoccupation du noir dessein de « limitation de la liberté d’opinion des députés » ? »

        Et qu’y a-t-il pour éviter que les partis trahissent leur programme? Supposons qu’une fois au pouvoir une force politique officialise une ligne de pensées xénophobe et oblige ses députés à y adhérer peine expulsion et fin immédiate de mandat.

        Je ne critique pas la volonté d’améliorer le cadre politique italien. Je pense simplement qu’une loi électorale visant rendre les parlementaires responsables de leur actes par élection directe du peuple puisse régler la question tout en comportant moins de risques.

        C’est pas par hasard que les « changements de chemise » sont de plus en plus fréquents depuis la loi électorale surnommé « porcellum » et rédigée par le gouvernement Berlusconi.

        Quant au choix de mots, vous êtes libre de l’appeler comme vous voulez, le fond anti-démocratique du mouvement ne change pas.

        Grillo n’a pas été élu par le militants et des doutes bien justifiés concernent le déroulement des votations sur Internet des candidats.

        Hélas peu de monde semble réaliser que les serveurs se prêtent a de simples manipulations entièrement à la guise de la société Casaleggio. Beaucoup des critiques ont également été soulevées par certains membres du M5S.

        Et je pourrais continuer avec les expulsions directes et sans votations des membres Tavolazzi, Sansi et Favia, responsables resp.
        1) d’avoir organisé une rencontre pour discuter les questions de propriété du logo m5s (actuellement appartenant a Beppe Grillo)
        2) d’avoir fait une apparition à la télé
        3) d’avoir critiqué le rôle de Casaleggio dans les décisions du parti

        • Mais pourquoi voudriez-vous qu’une « force politique officialise une ligne de pensée xénophobe » ? Ce serait un renversement complet de situation. Personne ne le souhaite. C’est aussi improbable que l’existence de votre « post-fascisme moderne » ou de votre courant « anti-démocratique ».

        • ALors Franchement, désolé mais arrêtez le char tout de suite . Je suis pas pour Grillo mais bon j’ai lu que le bonhomme exigeait 1/ Que l’on renégocie la dette de l’Italie et 2/ Que l’on revoit les modes de scrutins pour qu’ils servent un peu plus la transparence et la simplicité et un peu moins le calcul électoral.

          Et vous le taxez de Fasciste ? Non sérieux. Ca vous emmerde pas ce mot ça fait 30 ans que tout ce qui rentre pas dans le rang de la pensée Unique c’est tantôt du fascisme tantôt populiste.

          L’italie ne veut pas de la politique menée. de toute façon cette politique n’a jamais marché dans l’histoire. toutes les nations qui ont réglé leur problème de dette l’ont fait en abandonnant le type de politique que l’on veut imposer à l’Italie.

          Et avec l’Euro la seule façon d’en sortir c’est de couper la dette ou de dévaluer très fortement la monnaie pour la faire progressivement disparaître. Les prêteur à l’Euro ont fait un mauvais calcul, ils se sont plantés qu’ils prennent leurs pertes. L’Euro est un échec. On devrait être en train de parler de comment le démanteler pour s’en sortir. Au bout d’un moment refuser de le voir c’est faire preuve de fanatisme.

          le peuple Italien n’est que la première pierre, avec les allemands dans quelques mois c’est toute l’Europe qui va le comprendre.

          Quand à la France, peu de pays vont souffrir comme elle s’apprête à le faire. Le système est si rigide que si l’Euro n’est pas démantelé, elle va exploser. Et ça va se produire rapidement car les comptes vont très très vite plonger au fil des trimestres. A mon avis c’est une coupe franche d’au moins 25 % dans la dépense car on a déjà grillé tous les leviers d’augmentation d’impôts, au prochain mouvement du gouvernement sur les impôts c’est la rue. Avec toute la classe politique fonctionnaire et en lambeaux, ça ne peut se passer que violemmment.

  • Les Italiens sont sauvés : Grillo a demandé à Stiglitz et Fitoussi de lui concocter un programme de redressement économique pour l’Italie! Catastrophe en vue!

  • Et bien moi quand même je salue l’Italie. C’est une belle leçon de démocratie que de voir qu’un parti nouveau puisse recueillir 25% des voix et peser sur la composition du gouvernement et la politique du pays. Impossible en France de voir le peuple arriver à faire cela. Gage qu’à la différence de notre pays, l’Italie se réformera certainement beaucoup plus solidement que la France.

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