Vidéo : « Sauvetages bancaires en UE, qui paye, où va l’argent ? »

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Arte a récemment diffusé un documentaire sur le sauvetage des banques dans plusieurs pays européens adoptant le point de vue libéral trop rarement présenté : il ne faut pas sauver les banques.

Par Vincent Bénard.

Mardi soir sur Arte, un bon documentaire sur le « sauvetage » des banques irlandaises et espagnoles, qui déroule la thématique suivante, que j’ai fait mienne depuis le début de la crise : « Il faut laisser les banques faire faillite, leurs créanciers manger les pertes, et ne pas transférer les pertes aux contribuables. Dans une société libre et responsable, on doit bénéficier de son succès mais supporter le poids de ses échecs. »

L’occasion de saluer Arte qui, sur nombre de sujets, ose donner un temps d’émission à des voix discordantes du politiquement correct majoritaire.

Voici la vidéo (52 minutes) : http://www.arte.tv/guide/fr/048116-000/quand-l-europe-sauve-ses-banques-qui-paye

 

Si vous n’avez pas le temps de regarder toute la vidéo, en voici les grandes lignes :

– Les banques irlandaises ou espagnoles sont « sauvées » dans la plus grande opacité. Les listes de créanciers sont tenues secrètes, alors que des milliards d’argent public sont en jeu.

– Les créanciers sauvés sont en grande partie de grandes banques ou de grands assureurs allemands, français, ou d’autres pays considérés comme en meilleure santé que les autres au sein de l’UE. Lorsqu’un Wolfgang Schaüble (interviewé dans le documentaire) affirme qu’il est normal que les Irlandais paient pour leurs mauvaises dettes, il oublie juste de préciser qui était le dealer.

– Les pertes dans les bilans des banques espagnoles en cours de renflouage sont très sous-estimées. Les investissements immobiliers fantômes sont encore comptés à un pourcentage ridiculement élevé de leur valeur initiale au sein de leurs bilans : anticiper de nouvelles pertes serait sage.

– Les officiels interrogés (Schaüble, Almunia, Guindos…) manient la langue de bois comme personne, mais n’utilisent in fine que la rhétorique de la peur pour justifier l’absence totale de transparence de leurs opérations.

– Le transfert des pertes des banques irlandaises sur les contribuables irlandais a été imposé au gouvernement irlandais à la suite d’un véritable chantage.

– Au final, quand les États irlandais et espagnols seront rendus insolvables par ces transferts massifs de mauvaise dette, alors ce seront les contribuables d’Europe du Nord qui seront appelés en renfort… Et la pression sur la BCE pour annuler les créances qu’elle détient deviendra très forte.

– L’Europe reste une grande idée, mais l’Europe des « bailouts » pourrait aboutir à la fin de l’UE, ce qui serait dramatique.

Le documentaire n’est pas parfait (j’aurais aimé qu’un banquier central hors union européenne, comme Mladjan Dinkic, nous explique que l’on peut parfaitement liquider des banques prétendument systémiques…), mais il dit l’essentiel de façon assez compréhensible même pour un non initié. Ceux qui avaient suivi mes papiers sur la crise souveraine apprendront peu de choses nouvelles, mais c’est une bonne entrée en matière sur un sujet que peu comprennent.


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