L’élite de la finance aime l’État

Publié Par Robert Rifle, le dans Monnaie et finance

Les principes du libre-marché prônés par les libéraux ne sauraient satisfaire les intérêts d’une finance qui vit de l’existence de l’État et de ses politiques sociales.

Par Robert Rifle, depuis la Suisse.

Il n’est pas rare, en tant que libéral, d’être automatiquement associé au Grand Capital et au cartel des banques. Ceci est dû à la propagande antilibérale largement diffusée dans les MSM (les médias mainstream) et au sein de notre appareil éducationnel étatique. Bien évidemment, il n’y a rien de plus faux et toute personne s’étant intéressée au mouvement libéral saisira à quel point ce cartel bancaire voit d’un très mauvais œil les revendications libérales. Car, détrompez-vous, les principes du libre-marché prônés par les libéraux ne sauraient satisfaire les intérêts d’une finance qui vit de l’existence de l’État et de ses politiques sociales. Dès lors, un constat s’impose : les financiers sont étatistes et donc antilibéraux. Néanmoins, loin de moi de vouloir mettre tous les banquiers dans le même sac et il faut avoir en tête l’élite financière lorsque je parle de financiers.

Après avoir déconstruit le cliché, il me faut maintenant le démontrer et donner ainsi une explication quant aux raisons qui poussent les financiers à soutenir l’étatisme. Car si les choses paraissent ô combien évidentes aux yeux des plus lucides et des libéraux en général, les stratégies communicationnelles sont parfois trompeuses et entretiennent ainsi les clichés ou autres stéréotypes handicapant les libéraux ainsi que le mouvement libéral dans son ensemble. Ainsi, en avril 2012, UBS clarifie ses conditions quant au soutien financier des partis politiques suisses ; seuls les partis « qui s’engagent clairement pour la concurrence et l’économie de marché » ont pu bénéficier de soutiens financiers. Bien que le discours puisse plaire aux libéraux, la réalité est d’une autre nature et il me semble qu’il n’est pas nécessaire de rappeler l’épisode du sauvetage d’UBS. C’est donc presque indécent que d’affirmer un tel discours libéral, alors qu’on ne s’est pas gêné d’appeler l’État au secours afin d’éviter les conséquences de l’irresponsabilité dans une économie concurrentielle. Ceci, néanmoins, permet de dévoiler au public le lien existant entre l’État et le monde financier ; d’un côté l’État a besoin de grandes banques (les « too big to fail ») pour se financer, de l’autre le monde financier a besoin de l’État pour s’assurer des hauts revenus – sous formes d’intérêts – liés aux crédits publics. Car il est bon de le préciser à nouveau, l’État ne survit que grâce à l’impôt – insuffisant et politiquement problématique – et à l’emprunt. Ainsi plus l’État intervient (routes, médias, transports, énergie, etc.) et plus son caractère social est développé (assurances publiques, santé, éducation, etc.), plus il aura besoin de financement et il est évident que l’impôt ne suffira absolument pas ; l’emprunt public devient alors vital pour l’État et seule la haute finance peut satisfaire ce besoin.

C’est alors que nous comprenons pourquoi la haute finance, en Europe surtout, soutient avant toute chose les partis étatistes du centre aux tendances welfariennes. C’est donc sans surprise que Goldman Sachs affirme son soutien au centre-gauche italien et ce parce qu’une alliance avec Monti est prévue en cas de victoire. Le centre-gauche italien, du reste, semble même s’en vanter puisque c’est le Parti Démocratique lui-même qui a communiqué le soutien de la grande banque sur son site. En Allemagne, lors d’un discours du ministre de l’économie Rainer Brüderle devant le Bundestag, on apprend que c’est le Vert Jürgen Trittin qui s’en va s’acoquiner avec les financiers de Bilderberg. En ce qui concerne les États-Unis, les paramètres diffèrent étant donné le caractère impérialiste et belliqueux de l’État fédéral. Ainsi, le néoconservateur Mitt Romney avait bénéficié d’un soutien financier plutôt conséquent de la part du monde de la haute finance. Néanmoins, Barack Obama n’avait pas à être jaloux puisqu’il a lui aussi bénéficié du soutien financier des grandes banques pour sa campagne. Ses souhaits quant au développement du welfare state et sa sympathie pour l’idéologie mondialiste ont été entendus, ce qui lui fait gagner le soutien de l’élite financière.

On comprend finalement, et surtout lorsqu’on y regarde de plus près, que les pontes de la finance ne prônent en aucun cas le libéralisme et que les amalgames dont souffre le mouvement libéral sont totalement infondés. Si parfois les financiers appellent à moins de règlementations, c’est pour mener à bien leurs affaires et ainsi garantir leurs intérêts. Mais dans les faits, comme l’avait récemment noté Myret Zaki dans son billet le plus pertinent, c’est une tout autre histoire puisqu’ils savent qu’ils sont couverts par l’État et qu’ils ont même besoin de ce dernier pour survivre. La menace, à leurs yeux, est donc libérale et la presse – étatique ou financée par les grands groupes composés de l’élite bancaire ainsi qu’industrielle – ne se garde donc pas d’entretenir la propagande antilibérale afin que les populations se tiennent à distance des divers mouvements pour la liberté. Il suffit de voir à quel point le républicain Ron Paul, lors de sa dernière campagne, a été boudé par les financiers et marginalisé médiatiquement. Ceci est une preuve supplémentaire que le haut financier est tout sauf libéral ; il est étatiste et tient mordicus à la survie de l’État. Ainsi, et pour conclure tout en ouvrant sur un autre sujet, je crois que le mouvement Occupy et les divers mouvements libéraux ne devraient faire qu’un afin de déstabiliser le pouvoir financier. Toutefois il faut aller dans la bonne direction ; si le pouvoir financier a besoin de l’État pour survivre, c’est donc bien les gouvernements qu’il faut réduire – en termes de taille – et finalement dissoudre. Qu’on le veuille ou non, nous sommes membres de ces diverses associations que sont les États ; ce sont donc nos décisions politiques qui peuvent anéantir tant les États, dans un dernier temps, que la mainmise des financiers sur les gouvernements corrompus.


Sur le web.

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  1. « L’élite de la finance aime l’État »

    Parfaitement vrai! Et cela s’en ressent dans la plupart des médias.
    On peut aussi dire que la plupart des économistes aiment l’Etat. Leur carrière en dépend souvent.

  2. Je dirais plutôt que le socialisme a pris le contrôle de la finance.

    En effet le socialisme a besoin d’un pouvoir toujours plus étendu pour imposer ses vues, et la création monétaire est pour lui irrésistible.
    Comme elle est aux mains du système financier privé depuis la fin de l’étalon-or, le socialisme doit donc s’en emparer.
    Il lui suffit d’en pervertir l’élite, ce qu’il obtient comme toujours par la cupidité. Après les clients directs des politiciens socialistes, les banquiers sont en effet les premiers bénéficiaires de la création monétaire (effet de dispersion).
    Les industriels en sont les derniers bénéficiaires, comme en témoigne l’Allemagne, pays caractérisé par une longue vertu monétaire et une industrie restée comparativement dynamique.

  3. eh oui c’est ça le mercantilisme : le pseudo capitalisme en concubinage avec la politique et l’Etat.
    En outre le système financiers aux abois ne survit que grâce à la planche à billets des clowns à roulette Bernanke, Draghi etc qui ont commis le péché d’inceste avec l’Etat (et les politiques)