Laissons PSA Peugeot Citroën tranquille

La dépréciation d’actifs faite chez PSA est purement comptable mais les politiques jouent aux pompiers. Pyromanes ?

La dépréciation d’actifs faite chez PSA est purement comptable mais les politiques jouent aux pompiers. Pyromanes ?

Par Vladimir Vodarevski.

Le groupe PSA Peugeot Citroën a annoncé une dépréciation d’actif de 3,9 milliards d’euros, qui va affecter son résultat. Aussitôt les sphères ministérielles et médiatiques s’enflamment, allant jusqu’à envisager une nationalisation de la société. Pourtant, l’opération est juste technique, et ne change en rien la situation de PSA Peugeot Citroën, qui n’est ni pire ni meilleure après cette opération comptable.

PSA Peugeot Citroën ne fait que se conformer aux obligations comptables. Il y a 15 milliards de fonds propres inscrits au bilan. Ces 15 milliards, pour partie échangés en bourse, voient leur valeur varier quotidiennement. En fonction de quoi? En fonction des bénéfices anticipés. La bourse ne fonctionne pas sur le passé. Ce qui explique qu’une entreprise, comme Apple, peut faire des bénéfices extraordinaires, et voir son cours baisser, tandis qu’une autre, comme Amazon, voir son bénéfice baisser, ou même enregistrer une perte, et voir son cours monter. Ce sont les bénéfices espérés qui déterminent le cours d’une action.

Les règles comptables obligent les entreprises à tenir compte des rentrées d’argent espérées. Si ces rentrées diminuent, il faut diminuer la valeur inscrite au bilan, comme si les fonds étaient placés en bourse. C’est donc une simple opération comptable (impairment tests par exemple). Elle ne change en rien la situation de PSA Peugeot Citroën.

Telle est la comptabilité. Une entreprise peut très bien faire des pertes tout en étant en bonne santé, et inversement. Si un nouveau PDG est nommé, il peut déprécier des actifs. Ce qui crée des pertes. Mais le business de l’entreprise peut être sain. Et la trésorerie positive. Si les actifs sont trop dépréciés, cela peut obliger à une recapitalisation, mais PSA Peugeot Citroën n’indique rien de tel.

PSA Peugeot Citroën a annoncé beaucoup d’investissements ces derniers temps. L’industrialisation de la 208 au Brésil, voiture sortie depuis peu en Europe. L’annonce du 2008, du nouveau C4 Picasso. Une nouvelle technologie thermique-air comprimé. La marque DS est développée en Chine. Et une nouvelle plate-forme technique est lancée avec le C4 Picasso.

Ces investissements sont le remède et le problème. Le remède car ils doivent permettre à PSA Peugeot Citroën d’assurer sa pérennité. En montant en gamme, avec notamment la marque DS. En développant les ventes au Brésil, en Russie, et en Chine. En investissant de nouveaux segments, avec le mini cross over 2008.

Le problème, car tous ces investissements signifient des sorties d’argent. PSA Peugeot Citroën dépense plus qu’il ne gagne. C’est le problème, ce n’est pas nouveau, et rien n’a changé de ce point de vue. La société est engagée dans un programme d’investissement extraordinaire si on la compare à ses concurrents, comme FIAT par exemple: nouveaux modèles, nouveaux territoires. Tel est le défi de la société.

Il n’y a rien de nouveau, donc pas de raison de parler de nationalisation. Les infos à surveiller seront le chiffre d’affaires, le mix produit (si la société vend plus ou moins de produit à fortes marges), le chiffre d’affaires par zone géographique. La perte comptable sera considérable, mais ne signifiera pas grand chose, compte tenu des dépréciations. C’est là toute l’ambiguïté de la comptabilité. Mais, face à une entreprise dans une situation difficile, comme PSA Peugeot Citroën, on pourrait espérer plus de sang froid, au lieu d’affoler les marchés, et ce qui est plus embêtant, les clients.

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