PSA : le lion et les moutons, une fable contemporaine

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PSA réalise des pertes, l’État envisage la nationalisation. Retour vers le futur…

Par Baptiste Créteur.

Un journal télévisé avait réalisé une fiction présentant un scénario catastrophe pour 2013. La France s’enfonçait lentement et relativement tranquillement dans la crise, jusqu’à ce que la machine à détruire l’économie s’emballe et que le pays se retrouve à genoux. Les téléspectateurs scandalisés dénonçaient le manque de professionnalisme des journalistes, qui auraient manqué à leur devoir d’informer les citoyens. Ils devront s’en excuser : France 2 avait informé les Français en avance de ce qui les attendait.

Le JT fiction présentait notamment comme un événement majeur la nationalisation de PSA. Les constructeurs français ne sont pas à la fête, même si les syndicats s’amusent beaucoup ; le marché automobile est en crise, et PSA réalise des pertes importantes et ses actifs se sont dépréciés en 2012 de la bagatelle de 4,7 milliards d’euros – soit un montant comparable au déficit de l’UNEDIC. Comme quoi, il suffit que l’État détienne 2% d’une entreprise pour qu’elle réalise des pertes astronomiques ; il n’en fallait pas plus au gouvernement pour décider d’investir l’argent du contribuable dans une entreprise en pleine santé pour lui permettre de perdre plus d’argent, plus longtemps.

Le ministre délégué au Budget Jérôme Cahuzac a jugé «possible» vendredi une entrée de l’État au capital de PSA Peugeot Citroën, au lendemain de l’annonce par le constructeur automobile en difficulté de colossales dépréciations d’actifs.

«C’est possible, ne serait-ce que parce que le FSI (Fonds stratégique d’investissement, ndlr) existe», a répondu Cahuzac, interrogé sur BFMTV/RMC sur une telle éventualité. «Si le Fonds stratégique d’investissement rentre au capital de cette entreprise, c’est en fait l’État d’une manière ou d’une autre qui y rentre», a-t-il résumé.

Si l’État peut investir via le FSI, pourquoi s’en priver ? D’autant plus que le ministre a un plan très sérieux.

À la question de savoir s’il souhaitait une entrée de l’État au capital du constructeur, Jérôme Cahuzac avait répondu : «Soyons clair, cette entreprise ne peut pas, ne doit pas disparaître. Donc il faudra faire ce qu’il faudra pour que cette entreprise» subsiste. Jérôme Cahuzac réagissait à des informations parues dans le quotidien Libération vendredi, selon lesquelles l’État français étudie la possibilité de voler au secours du constructeur PSA Peugeot Citroën.

L’entreprise ne peut pas, ne doit pas disparaître. Les dirigeants et salariés d’autres entreprises promises à la fermeture apprécieront, et poseront la question légitime de savoir pourquoi PSA ne pourrait pas disparaître. Il serait plus légitime encore que les contribuables interrogent l’État : si ils n’ont pas voulu investir dans l’entreprise avec leur argent – un comportement qui semble raisonnable et censé – ce n’est pas pour qu’il le fasse à leur place avec leur argent.

Au ministère de l’Économie, l’entourage du ministre Pierre Moscovici a toutefois promptement souligné qu’une entrée de l’État au capital du constructeur n’était «pas à l’ordre du jour».

L’entrée de l’État au capital n’est pas à l’ordre du jour – pas plus que ne l’était la PMA il y a quelques semaines, pour laquelle le projet de loi sera examinée avant la fin de l’année.

PSA a annoncé jeudi soir des dépréciations d’actifs massives de 4,7 milliards d’euros pour l’exercice 2012, laissant présager une perte annuelle d’ampleur astronomique. La publication des résultats annuels du constructeur est prévue mercredi. Cet automne, l’État est déjà venu en aide à PSA en accordant une garantie de 7 milliards d’euros sur trois ans à la banque interne du constructeur, en échange d’un droit de regard sur «toute opération affectant le contrôle ou le périmètre du groupe».

L’État veut intervenir une nouvelle fois, ne semblant pas avoir compris que chacune de ses interventions crée un déséquilibre qu’il corrige ensuite par un déséquilibre plus grand jusqu’à la faillite inéluctable accompagnée d’un douloureux mais nécessaire retour à l’équilibre ou d’un basculement dans le socialisme totalitaire le plus charmant.

Selon Libération, le gouvernement aurait aussi envisagé que Louis Gallois prenne la suite de l’actuel patron actuel de PSA, Philippe Varin, dont le mandat arrive à échéance en mai. «La piste de son remplacement par Louis Gallois semble avoir été envisagée au sein de l’exécutif. Mais, selon nos informations, l’ancien patron d’EADS a fait savoir qu’il n’était pas candidat», écrit le quotidien.

Louis Gallois, auteur d’un rapport empreint d’un dirigisme technocratique emblématique du gouvernement français, pressenti pour reprendre la tête d’un groupe emblématique de la situation de la France – une belle illustration de l’incapacité du gouvernement à sortir d’un paradigme suranné et laisser faire le marché, quitte à ce que PSA soit en difficultés voire ferme plutôt que l’entreprise soit en difficultés voire ferme après des années d’agonie sous perfusion étatique.

La situation est emblématique du déni français qui prévaut depuis des mois : un JT fiction pessimiste déclenche une vive polémique ; cette fiction devenue réalité n’en déclenche aucune. La nationalisation est toujours envisagée en France, et les Français n’auront bientôt plus le choix : ils devront financer PSA en investissant, en achetant des voitures dont ils ne veulent pas ou par leurs impôts. Les Français sont désormais au service de l’État, et non l’inverse ; ils se retrouvent au service de tous les bénéficiaires des largesses étatiques et des entreprises qui, pour des raisons qui échappent au bon sens, ont ses faveurs. Le lion et les moutons, une fable contemporaine.