Vendre la liberté

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Comment mieux vendre le libéralisme ? Comment convaincre et comment susciter le changement ?

Comment mieux vendre le libéralisme ? Comment convaincre et comment susciter le changement ?

Par Aster.

Comme beaucoup de libéraux, je suis libéral avant tout parce que j’y « crois » (je serais même tenté de dire sur certains points parce que je « sais ») mais, au-delà des raisons qui me motivent, je suis conscient qu’avancer vers un monde libéral et respectueux des libertés ne se fait pas en marmonnant dans son coin. Un des moyens les plus sûrs de faire changer la société est de convaincre ses membres qu’elle doit changer. Je suis donc seul, assis dans ma cuisine et je me demande en pianotant sur ce clavier : qu’est-ce qui pourrait nous permettre de vendre le libéralisme ?

Parmi les choses qui font indéniablement vendre, on peut noter l’évident usage de l’érotisme, qu’il s’agisse d’homme ou de femme, nous pouvons être tentés de produire des contenus rendant le libéralisme sexy. Fournissons une équipe de 12 libertarian hotties à H16 et commandons lui un calendrier moitié nu/moitié masque à gaz approuvé par notre blogueur préféré avec son petit mot associé à chaque mois. Une sorte de remake de l’hexagone de Renaud.

D’autres défendent en revanche que c’est la répétition qui fait l’impact de la publicité et des opérations de communication, en ce sens on ne peut pas nier le mérite de l’équipe de Contrepoints qui peu à peu devient un média de poids. Dans le microcosme de mon Facebook, il y a cinq ans, j’étais la seule ingénue à diffuser des news et des articles un peu à contrepied de l’amour de l’État-providence, j’ai arrêté mais c’est maintenant régulièrement que d’autres personnes ont pris le relais. Mon réseau a évolué ? Pas si sûr, Nicolas Sarkozy et son digne successeur François Hollande en dégoutent plus d’un. Les chiffres en matière de visite de Contrepoints sont là pour le confirmer : c’est un mouvement qui se fait comme une lame de fond. La force de Contrepoints c’est peut-être aussi d’avoir réussi à casser un petit peu les frontières du monde des libéraux pour aller se faire lire par le français moyen.

L’espoir est aussi une valeur qui fait vendre, c’est l’approche d’Alain Madelin, c’est l’approche de beaucoup d’autres. J’ai mes petites convictions d’économie, je sais aussi que la croissance ne se décrète pas et, très honnêtement, quand j’entends un discours qui vient m’expliquer comment résorber complètement le chômage, je n’écoute déjà plus que d’une oreille car je sais que le chômage disparaîtra avant le retour du messie. Être libertarien est une position de principe généralement : on voit un grand nombre de bonnes raisons de demander plus de liberté à l’échelle sociétale, parler d’un nouveau nirvana est pour moi cependant purement communicationnel. Je pense que l’on doit à tout prix se préserver de jouer nous aussi au jeu des promesses intenables.

Parmi les grandes questions qui agitent généralement les discussions parmi ceux qui prennent leur courage à deux mains et font de la politique, il y a généralement le point des alliances. Plus largement, j’aurais tendance à dire, doit-on jouer le jeu de la parodie démocratique docile ? Le PLD fait ami-ami avec le Modem, puis avec l’UDI, les partis français les plus proches de la pensée libérale, peut-être. Le Portugal est sans doute le pays européen le plus proche de l’Argentine, il en reste assez éloigné. Quant à discuter des libéraux de l’UMP, l’expression par elle-même me fait sourire. Aller défendre les libertés avec les carriéristes de l’interventionnisme qui signent des alliances avec le parti communiste chinois c’est assez cocasse et très certainement contreproductif. Ca permet d’être élu, oui, mais à quel prix ? Est-ce que cela vaut quelque chose d’être élu pour avoir les mains liées ? De surcroît, on ressort avec une robe bien moins blanche quand on est allé se trainer dans la souillure. Ce point des alliances politico-politiciennes fait débat, je pense que le compromis est nécessaire, y mettre des limites également. L’absence de principe conduit à un estompement des limites des idées et floute les électeurs.

J’en vois beaucoup qui pratiquent le jeu étrange de la critique à tout va qu’elle soit fondée ou non. À défaut d’avoir un avis sur le jeu des alliances, le jeu du vomi systématique me semble franchement malsain. J’ai vu passer récemment sur les twitters de quelques libéraux une vidéo atterrante pointant du doigt le tracking des utilisateurs par les régies publicitaires de Rue89. J’ai du mal à voir jusqu’où il faut s’abaisser pour reprendre l’argumentaire de base anti-marketing, anti-pub, anti-argent pour aller démonter un site qui ne partage pas nos idées. Qu’a-t-on comme valeur à proposer si au final on se retrouve à se prostituer à la moindre occasion au prétexte de simplement marquer des points ?

L’attente est aussi un point dont je discute souvent. L’optimisme de principe est contreproductif et dire que le pellos moyen a le cerveau complètement dysfonctionnel est à la limite de l’euphémisme. Dès que quelqu’un a quelque chose à vous proposer en politique, il veut interdire quelque chose ou mettre une taxe. Ça en est presque trivial à dénigrer. Jean-Luc Mélenchon fait des meetings avec des slogans aussi idiots qu' »à bas l’austérité », les uns et les autres « votent la croissance ». Côté invocation, chacun y met du sien. La seule chose qui nous sépare du fond du gouffre c’est quelques années. Le temps passant, j’ai la bizarre impression que pour que le monde change il faut que les gens aient faim. Le printemps arabe a été simplement la conséquence de la hausse des matières premières, elle-même conséquence de la hype « biocarburant », elle-même conséquence des taxes sur le carburant. Rien n’est venu d’un besoin de liberté soudain, c’est jusque que tant qu’à aller renverser un régime pour gratter un peu à bouffer, on passe à l’étape suivante facilement.

Jules César disait dans la guerre des Gaules que l’on n’apprend que de ses défaites ; tant qu’on se loge et que l’on mange, on gagne peut-être encore trop pour que le besoin de raisonner dans la réalité se fasse sentir. En ce sens, François Hollande est un président intéressant pour la France, c’est un peu l’euthanasie appliquée à l’échelle d’un pays.

Bref, je n’ai pas de réponse magique à vous vendre, mais je pense que la question de comment convaincre, comment changer est peut-être aussi importante que les réflexions de fond que l’on s’offre généralement.


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