Syndicats PSA : La lutte finale, un peu plus chaque jour

Lutte finale, graffiti en Tunisie en 2012 (Crédits : Denis Bocquet/Creative Commons)

Les syndicats PSA mènent un combat contre les patrons, le capitalisme et la liberté, pour des lendemains qui chantent avant de disparaître.

Les grévistes marchent et luttent pour faire avancer leur idéologie nauséabonde, en tentant à peine de la dissimuler derrière des revendications qui ne la révèlent que mieux.

Par Baptiste Créteur.

Les syndicalistes de PSA ne tiennent pas en place. Au lendemain de leur retour dans l’usine qu’ils avaient préalablement saccagée, les voilà réunis devant le siège du constructeur pour jeter des œufs et interpeller le président du directoire.

En milieu de journée, ils étaient environ deux cents à être réunis devant le siège du constructeur, avenue de la Grande Armée, entre l’Arc de triomphe et les tours de la Défense. Sous un ciel gris, quelques œufs éclatent contre les grandes vitrines du bâtiment, et des «Varin assassin» montent vers les fenêtres du président du directoire du constructeur. Deux semaines après le début de leur grève, et au lendemain de leur retour dans l’enceinte de l’usine, les PSA se déclarent toujours aussi déterminés.

Ils cherchent à tout prix à plomber l’entreprise qui leur verse chaque mois un salaire et lutte tant bien que mal pour rester compétitive dans un contexte défavorable.

«C’est un très mauvais coup pour Peugeot, et donc une très bonne nouvelle pour les salariés», se réjouit Jean-Pierre Mercier sur le perron du bâtiment.

Quand l’entreprise prend un mauvais coup, les salariés devraient se réjouir. Une belle façon de mordre la main qui les nourrit, ou plutôt qui leur verse chaque mois un salaire – ce qu’elle serait dans l’incapacité de faire si elle ne gagnait pas assez d’argent. Il semblerait que leur objectif soit que les salariés touchent chaque mois un salaire, mais que l’entreprise ne fasse jamais de profits ; un objectif dissimulé sous couvert de lutter contre le chômage en ne faisant en fait que le renforcer, mais qui transparait dans un vocabulaire opposant salariés et employeurs, prolétaires et bourgeois capitalistes.

Le délégué CGT, leader du mouvement, donne le ton de la journée : «On a trois messages à adresser aujourd’hui. Au monde du travail : faisons cause commune ! C’est le seul moyen de sauver nos emplois. Aux patrons : nous ne sommes pas prêts à nous laisser licencier sans rien faire. Au gouvernement : nous, contrairement à vous, on se bat vraiment contre le chômage.» Non loin de là, on aborde Jonas [le prénom a été changé, ndlr], la quarantaine, employé à l’atelier ferrage. Gêné financièrement, il est en grève aujourd’hui mais hésite encore à rejoindre le mouvement. Il raconte que, depuis deux semaines, les non-grévistes restent dans leurs ateliers, «mais ils attendent. Certains jours, on arrive à sortir une vingtaine de voitures. Les cadres passent souvent vérifier si on est bien là. Il y en a plus qu’avant, la direction les a fait venir d’autres sites». Un camarade tente de convaincre Jonas de rejoindre les grévistes : «Allez, on les tient là ! C’est le moment de passer la deuxième !»

On les tient. Tous. Les prolétaires de toutes les entreprises doivent faire cause commune pour lutter contre le grand capital et contre la réalité, en voulant que les entreprises assurent la subsistance de leurs employés avant la leur.

Mettant en actes l’appel à faire «cause commune», le cortège PSA s’ébranle en direction du Virgin des Champs-Élysées, à quelques centaines de mètres de là. Devant le grand magasin, promis à la fermeture, des employés de celui-ci, mais aussi du groupe pharmaceutique Sanofi et du laitier Candia, également concernés par des plans sociaux. Des élégantes aux bras chargés d’emplettes se voient remettre des briques de lait chocolaté, tandis que Jean-Luc Mélenchon palabre avec les grévistes, et qu’au micro Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Artaud (LO) exhortent les travailleurs à la «convergence des luttes».

Les communistes ouvertement déclarés et moins ouvertement déclarés sautent sur l’occasion pour diriger toute la contestation vers les patrons, forcément voyous, qui auraient le toupet de vouloir se séparer de certains salariés au mépris du droit à l’emploi à vie, à un salaire mirobolant, aux congés payés, à la grève illimitée avec occupation des sites de production et destruction de l’outil de travail.

«Ce qui me frappe, c’est que c’est à chaque fois le même type de problème, la même manière d’agir de la part d’actionnaires financiers, justifie Pierre Laurent, secrétaire national du PCF. Nous redéposerons bientôt un  projet de loi pour interdire les licenciements boursiers. Au gouvernement de mettre en accord ses paroles et ses actes». «Dans « convergence des luttes », il y a « lutte », souligne quant à lui Mercier. Avant de converger, il faut d’abord qu’il y ait un mouvement général de grève. Il nous faut un nouveau mai 68 !»

La grève générale, préalable au Grand Soir, préalable aux lendemains qui chantent et aux goulags pour les capitalistes récalcitrants. Après tout, l’entreprise qu’ils ont construit et fait prospérer devrait appartenir aux salariés, qui devraient comme un seul homme se mettre en grève. Les conséquences d’une grève des entrepreneurs et chefs d’entreprise ne leur a pas traversé l’esprit, pas plus que les conséquences de l’intervention étatique permanente et de l’impossibilité de poursuivre des objectifs divergents en obtenant des résultats satisfaisants pour tous – par exemple, le poids de l’État-providence et du service public nuit à la compétitivité, pourtant cruciale pour l’emploi.

Au bout de l’avenue, un cordon de CRS oblige la troupe des PSA à emprunter le métro vers le Ministère du Travail. «C’est parce qu’on est près de l’Élysée, explique un PSA à son jeune voisin. C’est la République.» «Et nous, on est pas républicains ?», s’indigne l’autre. «Non, on est révolutionnaires !». Dans un fracas de tambours et de «Poussez pas !», le cortège s’entasse dans la rame. Près de la rue de Grenelle, des salariés de Goodyear Amiens ont déjà pris position. Une délégation de huit personnes est reçue au ministère, pour remettre un projet de texte contre les licenciements boursiers. «Hollande a fait des promesses pendant la campagne, rappelle Séverine, une ancienne salariée des 3 Suisses. On est en février. On attend.»

Le candidat Hollande a promis des droits pour les salariés qui sont autant de devoirs pour leurs employeurs ; le droit à une sécurité matérielle impossible à obtenir, sinon en restreignant la liberté des autres. Le président a désormais les mains liées, et préférera sans doute que ce soient les chefs d’entreprise qui les aient ; d’autant plus que les entrepreneurs ont quitté le champ des idées et accepté le compromis avec ceux qui voulaient les détruire et y parviennent petit à petit.

Les idées contre lesquelles se battent les syndicalistes sont largement exposées et déformées par eux ; le libéralisme, rarement aussi absent, serait la source de tous les maux, une dictature des marchés, une dictature des préférences individuelles, une dictature de la réalité. Leurs idées seraient, elles, la panacée ; elles permettent de s’affranchir de la réalité, du besoin de produire la richesse avant de songer à la distribuer. Peu nombreux sont ceux qui, à défaut de dénoncer la caricature permanente du libéralisme et l’attribution au marché libre des conséquences de l’action étatique et de la coercition, se lèvent pour dénoncer une idéologie qui sous-tend le discours des socialistes et des syndicalistes, jamais totalement avouée mais pourtant revendiquée comme une vertu.

Une idéologie qui veut que la coercition remplace le consentement comme base des interactions entre les individus, qui veut que le créateur d’une entreprise et le producteur d’une richesse n’en soit pas le propriétaire légitime. Une idéologie qui veut que tout et tous appartiennent à tous les autres et que l’avis de tous les autres soit exprimé par une minorité éclairée dont les leaders contestataires se battent pour faire partie. Une idéologie dont on ose encore se revendiquer alors même que les exemples passés et présents de son application ont toujours la même conséquence : camps de travail pour ceux qui s’y opposent ouvertement, misère pour les autres. Une idéologie dont certains osent encore affirmer que ses principes sont beaux et vertueux mais que l’homme n’est pas assez bon pour y parvenir parfaitement. Une idéologie qui gagne chaque jour un peu plus de terrain à mesure que le champ intellectuel est vidé des quelques principes qui permettent de vivre en être humain : liberté, propriété, sûreté, résistance à l’oppression. Une idéologie tellement nauséabonde qu’on hésite entre la combattre et la fuir en laissant ses partisans la mettre en pratique et découvrir la vérité de leurs lendemains qui chantent socialistes. Une idéologie qui rencontre aujourd’hui des citoyens désarmés moins physiquement qu’intellectuellement. Une idéologie dont les idées sont le seul vrai ennemi : les idées de liberté.