Idée reçue : le libéralisme, un nouveau totalitarisme ?

Publié Par Institut Coppet, le dans Lecture

Contrepoints vous propose de découvrir sur plusieurs jours l’introduction au Dictionnaire du libéralisme sorti récemment. Conçue comme une réponse aux lieux communs sur le libéralisme, elle vous permettra d’avoir l’ensemble des arguments sur ces préjugés si courants !

Par Mathieu Laine et Jean-Philippe Feldman.
Publié en collaboration avec l’Institut Coppet.

On accuse fréquemment le libéralisme d’être une idéologie au sens d’un dogmatisme, empli de préjugés et éloigné des réalités. Certains auteurs libéraux en viennent même à rejeter ce terme. Pourtant, il faut s’entendre sur sa signification. Au sens neutre, qui est aussi son acception scientifique, l’idéologie se définit comme un système cohérent d’idées et de valeurs. Le libéralisme est donc bien une idéologie. Mais ses adversaires vont plus loin : le libéralisme est entendu comme une nouvelle religion dont les adeptes croiraient au Dieu-marché. A cela, les libéraux objectent que la critique est paradoxale puisque le libéralisme a attaché son nom, d’une part à la tolérance, d’autre part à la séparation de l’Église et de l’État. De plus, le libéralisme ne constitue pas une croyance, encore moins en une vie future, mais une doctrine conséquente fondée sur la nature de l’homme. Il n’est pas une religion parce que, note Mises en 1927, il ne demande ni foi ni dévotion et qu’il n’y a rien de mystique en lui. Ici plusieurs approches peuvent traduire une même pensée libérale : on peut affirmer que l’être humain dispose de droits qui lui sont consubstantiels, à commencer par le droit de propriété ; poser l’individu comme un absolu qui, à titre de postulat, bénéficie de droits ; ou encore soutenir que c’est l’évolution qui, très lentement, a permis de dégager les droits attachés aux individus. Quelles que soient les différences d’approche, l’homme est toujours présenté, dans la sphère qui lui est impartie, comme inviolable, et bien des auteurs anglo-saxons – au-delà d’ailleurs de l’idéologie libérale – ajoutent qu’il est souverain.

Enfin, après Marcuse qui, dès 1934, avait soutenu que le libéralisme engendrait le totalitarisme, les critiques du libéralisme l’interprètent comme un nouveau totalitarisme, fréquemment traduit comme une « dictature des marchés », au sein duquel la « société de marché » viendrait à se substituer à l’« économie de marché ». Les libéraux rétorquent que cette dernière expression est pléonastique, car il n’y a pas d’économie sans marché. Il n’est pas superfétatoire de préciser que le terme « marché » est trop souvent entendu de manière réductrice. Le marché ne doit pas seulement se comprendre comme le lieu de rencontre de l’offre et de la demande. Espace abstrait qui désigne l’ensemble des transactions entre individus, il s’agit d’une procédure qui permet à chacun de découvrir et de recueillir des informations indispensables à sa propre action, il s’agit, à la manière dynamique conçue par Hayek et les économistes de la pensée autrichienne, d’un processus de découverte.

Quoi qu’il en soit, les détracteurs du libéralisme prétendent que la sphère économique irait jusqu’à  absorber l’intégralité de la société civile. Là encore, l’argument est paradoxal puisque le libéralisme, en tant qu’individualisme, signifie l’exact contraire du totalitarisme, en tant que holisme – lequel valorise la totalité sociale et méprise l’individu. Alors que le totalitarisme se définit comme le primat de la totalité sur l’individu, le libéralisme pose des limites au Pouvoir. L’argument est également faux historiquement puisque les libéraux ont combattu l’ensemble des totalitarismes au XXe siècle et qu’ils en ont été partout les victimes.

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  1. « la dictature des marchés » est une absurdité sémantique car cela est basé sur une réification. Le marché est un concept, pas une personne ou un groupe identifiable.

    1. Le marché étant l’ensemble des échanges et des décisions économiques des individus, si l’état veut s’émanciper de la « dictature des marchés », cela signifie la dictature totalitaire tout court, car il lui faudra contrôler les comportements de chacun.

      L’état n’aime pas cette « dictature des marchés » (quoi qu’avant d’atteindre le point Minsky et que les marchés acceptaient de financer ses déficits pour financer son gaspillage, l’état ne parlait pas autant du marché dans ces termes) car elle est incarne ce principe de réalité qui l’empêche de réaliser ses utopies.
      Si un gouvernement décrétait que le ciel devienne rouge ou qu’une pomme aille vers le ciel lorsqu’on la lance, il va accuser la dictature de la gravité ou de l’optique ?

  2. Comme Platon reprenant toutes les étapes de la constitition d’une Cté, j’invite les libéraux à jouer aux « SIMS » ou bien « MINECRAFT » pour constituer une Cité libérale qui n’a jamais pu vraiment existée.

    N’étant pas libéral je m’exclue du jeux.

    1. Votre critique est aussi ridicule quant au fond que lacunaire quant à la forme (« exister », « jeu » …). Vous auriez pu vous épargner cette perte de temps.

        1. Minecraft est l’œuvre d’une personne qui a prix des risques personnels, un risque payant. Du gros capitalisme sauvage en gros, la dictature du marché à l’état brut.

          Remarque, si les sociaux constructiviste se contentait de jouer à Minecraft l’humanité aurait la paix.

  3. « Là encore, l’argument est paradoxal puisque le libéralisme, en tant qu’individualisme, signifie l’exact contraire du totalitarisme, en tant que holisme – lequel valorise la totalité sociale et méprise l’individu. Alors que le totalitarisme se définit comme le primat de la totalité sur l’individu, le libéralisme pose des limites au Pouvoir. »

    Mettons que certains constructions sociales soient perçues comme utiles par une majorité. Mettons que cette majorité élise bon gré mal gré des représentants qui aient la volonté de casser ces constructions sociales du fait de leur libéralisme hémicéphale ( l’autre moitié leur rappelant que le niveau de remplissage de leur assiette est corrélé positivement à la quantité d’argent qui rentre dans les caisses de l’Etat – la résultante étant un état d’esprit de libéralisme pour les autres, et de socialisme pour moi … ). Ces dirigeants mettront alors à l’oeuvre, contre la volonté de la majorité, une politique considérée comme destructrice des constructions sociales – puisque qu’aucun moyen et encore moins de volonté n’aura été libéré pour remplir l’espace laissé vacant. La perception qu’aurait alors la majorité serait qu’au nom d’une idéologie on aura accomplit contre sa volonté des mesures qu’elle aura ressenti comme étant nuisibles. On verrait alors apparaitre, par la conjonction d’une perversion du langage opérée par une élite dégénérée et de l’apathie d’une population elle aussi en pleine décadence, qui s’est remis à croire la fable que la concentration du pouvoir est une solution rationnelle à ses problèmes ; que l’Etat est bon et que seuls les hommes sont mauvais, la notion de « totalitarisme libéral ».

    De fait, vous vous pouvez toujours vous échiner à apporter des réponses apparemment logiques à des propositions fausses, ça sera en vain puisque le langage dans lequel est formulé la démonstration n’est plus compris par ceux à qui elle est destinée. Dans la langue de vos contradicteurs le libéralisme n’est pas une doctrine qui met avant la responsabilité individuelle mais qui encourage la déresponsabilisation, l’Etat n’est pas une structure humaine avant tout mais une structure désincarnée, le marché n’est pas la résultante de toutes les volontés individuelles mais l’expression des volontés prédatrices venant de l’extérieur.
    Vous ne vivez pas dans la même galaxie que ceux qui balancent ce genre de formules, et je doute qu’ils fassent l’effort de lire le dictionnaire du libéralisme pour diminuer la distance ….

    1. Oui, et c’est bien pour ça que certains cherchent à diffuser les idées libérales auprès de la population. Du reste, quiconque a eu, un jour, à faire face à ces responsabilité, se retrouvera dans le discours libéral, ce n’est qu’une question de temps.

    2.  » une élite dégénérée et de l’apathie d’une population elle aussi en pleine décadence »

      « le marché n’est pas la résultante de toutes les volontés individuelles mais l’expression des volontés prédatrices venant de l’extérieur. »

      J’hésite entre ‘humour’ ‘et ‘profonde débilité’ … non mais sans rire, avez fumé?

      1.  » une élite dégénérée et de l’apathie d’une population elle aussi en pleine décadence »
        humour ?
        Vous ne devez pas avoir allumé une telé depuis un moment. Très bien, continuez.

        Pour l’autre phrase, c’est à peine une caricature de la pensée du gauchiste capable de sortir des formules du genre « libéralisme = totalitarisme ». Faites un tour une fois sur Agoravox, vous verrez.

  4. Malheureusement, les commentaires montrent justement un certain dogmatisme et un dogmatisme certain. C’est sans doute ce qui défrise et décourage ceux qui pourraient être intéressés. Un peu comme le communisme et tous ceux qui sont passés au PC, animés de bonnes intentions, et en sont partis devant les pratiques dogmatiques qui y règnent.

  5. il faut arrêter avec le sohisme qui consiste de faire du marché une personne. le marché n’existe pas en tant qu’entité. Le marché, c’est chacun d’entre nous, chacun de ses acteurs, producteurs et consommateurs ou intermédiaires. Le marché ce sont des acteurs, plus ou moins nombreux selon le type de produit échangé. Ainsi, le marché du pain en France est constitué des millions de consommateurs qui achètent leur baguette, des dizaines de milliers de boulangers, d’agriculteurs, etc. Le marché ne désigne que l’ensemble des relations à la fois volontaires et potentielles entre les personnes. Volontaires, cela veut dire que tout le monde y entre exprès en relation, et c’est une preuve suffisante qu’elles y trouvent toutes leur intérêt. Potentielles, cela veut dire qu’il y a marché tant qu’il y a choix. Si l’échange est à long terme, on entre alors dans un contrat, et quand les contrats sont multiples, dans une organisation. un conseil: lisez « Les Marchés font-ils la loi ? » de Pascale-Marie Deschamps. c’est un bon livre mais il est incomplet car une bonne partie des arguments contre les « dérives » ou contre le régulateur sont atténués, formulés timidement. Cela tient probablement au fait qu’il est impossible pour des praticiens, juges et parties, de critiquer fondamentalement le système. Ainsi de la politique de taux accommodants qui a créé de nombreuses bulles financières à travers le monde, et à peine évoquée. De même (et surtout) de l’aléa moral et du Too big to fail. Cette garantie implicite de sauvetage par l’État est une cause majeure des dysfonctionnements bancaires actuels.
    les petits producteurs, les entrepreneurs,……….. ont besoin de la « finance » pour :
    – démarrer une activité : emprunt bancaire
    – financer leur croissance : prêts, solutions de gestion de trésorerie
    – garantir leurs prix de vente (dans certaines activités seulement) : achat de produits financiers pour se garantir le prix d’achat de la matière première
    – placer leur trésorerie : produits financiers (actions, obligations), placements à terme (rémunérés).
    Bref, cracher sur la finance est absurde, on en a besoin, sauf si bien sûr on est « producteur » de son petit potager pour vivre en autarcie.
    Ceci dit, je ne considère pas la finance comme un monde exempt de tout défaut, mais de grâce il faut de croire aux discours faciles. article sur la soi disante dictature du capital: http://minarchiste.wordpress.com/2013/11/07/la-dictature-du-capital/