2012 : L’âge d’or du capitalisme à visage humain

mondialisation

Selon le magazine britannique The Spectator, 2012 a été la meilleure année de l’histoire de l’humanité. Cela ressemble à une affirmation extravagante, mais elle est corroborée par des preuves.

Selon le magazine britannique The Spectator, 2012 a été la meilleure année de l’histoire de l’humanité. Cela ressemble à une affirmation extravagante, mais elle est corroborée par des preuves.

Par Ralph Benko, depuis les États-Unis.

Il existe une légende urbaine selon laquelle le capitalisme est un système de privilèges conçu pour les Scrooge Ebenezer du monde. C’est faux. Le capitalisme fonctionne au moins aussi bien, si ce n’est mieux, pour nous autres les Bob Cratchit, comme il le fait pour les avares. Le capitalisme est le seul mécanisme éprouvé par lequel les travailleurs du monde entier peuvent s’unir en vue de rompre leurs chaînes.

Le tableau est dressé dans un article récent du magazine britannique The Spectator, qui se targue, avec beaucoup de modestie, d’être « le meilleur journal et le plus divertissant de langue anglaise » :

Même si nous n’en avons pas pris conscience, 2012 a été la meilleure année de l’histoire de l’humanité. Cela ressemble à une affirmation extravagante, mais elle est corroborée par des preuves. Il n’y a jamais eu aussi peu de problèmes de faim, de maladies ou autant de prospérité. L’Occident s’enlise dans le marasme économique, mais la plupart des pays en voie de développement vont de l’avant, et les gens sont sortis de la pauvreté à un rythme jamais égalé. Le nombre de morts causés par les guerres et les catastrophes naturelles est aussi miraculeusement faible. Nous vivons un âge d’or.

Cette tribune déroule paragraphe après paragraphe un nombre impressionnant de preuves qui confortent sa thèse. L’un des points les plus convaincants est le suivant :

En 1990, l’ONU a annoncé ses objectifs du millénaire pour le développement, dont le premier était de réduire de moitié le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté d’ici 2015. On a constaté cette année que l’objectif avait été atteint dès 2008. Pourtant, ce succès n’a bénéficié d’aucune annonce officielle, sans doute parce qu’il n’est à mettre au crédit d’aucun État, mais est dû au rythme du capitalisme mondial. Acheter des jouets en plastique bon marché fabriqués en Chine a réellement contribué à faire disparaître la pauvreté. Et les inégalités mondiales ? Elles aussi sont bien plus faibles aujourd’hui qu’elles ne l’ont jamais été. La mondialisation ne permet pas uniquement l’enrichissement de l’humanité, mais aussi un monde plus juste.

Garry Kvistad, fondateur et propriétaire de Woodstock Chimes®. Photo de l’auteur. [Reproduction autorisée.]
Comme je l’ai fait remarquer précédemment dans The End of Politics, la paix mondiale est éclatante. Ce fait est masqué par les médias qui se focalisent sur les conflits. Et pourtant la paix, bien réelle, représente un vent frais arrière pour les forces de gouvernance libérales et républicaines (au sens classique de ces termes) et un vent de face pour l’étatisme (le côté obscure de la force). Comme le dit The Spectator, sortir des milliards d’âmes de l’extrême pauvreté ne méritait aucune annonce officielle, sans doute parce que cet objectif n’a été réalisé non pas grâce aux États, mais grâce au capitalisme mondialisé. La prospérité mondiale de même que la paix se font jour : « un âge d’or. »

Le capitalisme réel est une force de progrès humanitaire. Faire du capitalisme le synonyme de l’avarice n’est rien d’autre que ce que les marxistes appellent de la fausse conscience. Un bel exemple de capitalisme à visage humain – avec une barbe ! – est Garry Kvistad, fondateur et propriétaire de Woodstock Chimes®.

Lorsque vous voyez ou entendez un carillon à vent dans une boutique de souvenirs, il y a de fortes chances que ce soit un carillon Woodstock. Woodstock est – de loin – le leader du marché. Cette place de leader a été gagnée en offrant un produit de qualité exceptionnelle à un prix compétitif, un service fiable, le tout avec une saine gestion. Comme pour tant d’entreprises, tout a commencé avec la passion de son fondateur. Sur le site Chimes.com, on peut lire :

À peine diplômé du college, Garry trouva des matériaux pour son métallophone à la déchetterie locale – il le fabriqua à partir de tubes d’aluminium de chaises de jardin abandonnés ! Garry était fasciné par les échelles d’Olympos, une gamme pentatonique grecque du 7ème siècle qui ne pouvait être jouée sur un piano moderne. Fort du succès de son premier métallophone, il eut l’idée de couper et d’ajuster les tubes de chaise de jardin à la fréquence exacte de l’échelle et de créer un carillon avec les tubes. (…) Le carillon d’Olympos fut le premier carillon Woodstock…

Kvistad, musicien primé d’un Grammy Award, est également le fondateur et l’un des participants de Nexus, l’ensemble de percussions le plus apprécié en exercice aujourd’hui. Et comme il me le dit, devant une bière artisanale : « Il est clair que si vous souhaitez poursuivre une carrière dans la musique contemporaine – l’interprétation d’œuvres de compositeurs extraordinaires tels que Steve Reich et John Cage – vous feriez bien d’avoir une source supplémentaire de revenu. »

Non content de permettre à Garry de jouer la musique qui lui plaît (et qui plaît à son public dans le monde entier), les Kvistads ont distribué des millions de dollars de profits de façon philanthropique. Parmi ceux qui se sont enrichis, nombreux sont les généreux donateurs. (En fait, comme l’indique une étude de George Will, l’électeur républicain moyen, moins riche que l’électeur moyen de gauche, se révèle être plus généreux et charitable que ce dernier. Allez comprendre. Mais cela n’implique pas que les Kvistads soient de sinistres républicains. Jamais de la vie.)

Que l’on ne croit pas pour autant que les lois régissant le capitalisme Hippie soient en quelque sorte plus charitables, plus douces ou plus équitables que celles du capitalisme républicain. À la surprise générale de tous, il s’avère que les lois de l’économie, en tant que lois de la nature, s’appliquent à tous de la même façon. La loi de l’offre et de la demande, comme la loi de la gravité, s’applique aux progressistes de même qu’aux conservateurs.

Il y a quelques années, Kvistad a remarqué que des fournisseurs internationaux commençaient à vendre des carillons presque aussi bons que ceux de Woodstock, mais moins chers. La nécessaire réponse n’impliquait pas de replonger dans les déchetteries de la ville en quête d’autres chaises de jardin abandonnées. « Nous avons toujours fabriqué nos carillons ici, près de Woodstock », dit Kvistad. « C’était très gratifiant d’être en mesure de proposer ici du travail à des artisans qualifiés dans ma ville natale. Pourtant, il était clair pour moi que si j’avais continué à les fabriquer ici, cela nous aurait bientôt conduit à la faillite et à ne fournir plus aucun travail du tout. Alors j’ai cherché et trouvé des fournisseurs éthiques, fiables et de haute qualité – en Chine et en Indonésie – et … entre l’usure naturelle de la force de travail, le turn-over de la main d’œuvre, et la formation de mes équipes pour qu’elles parviennent à appréhender la complexité de la gestion de matériels fabriqués à l’étranger, j’ai non seulement réussi à sauvegarder les emplois ici en Amérique, mais aussi créé ici des emplois plus qualifiés et mieux rémunérés. Ç’a été un jeu à somme positive, et non pas négative. (Nous soulignons.) Nous vendons également en Europe, au Canada et avons ouvert un centre de distribution au Royaume-Uni. Tout cela va créer encore plus d’emplois américains. »

L’action de Kvistad fournit la preuve empirique, si besoin en était, de la loi de Tamny (du nom de l’éditorialiste de Forbes.com qui a formulé cette idée à multiple reprises et, on l’espère, continuera de le faire jusqu’à ce que les élites politiques prennent la mesure de la réalité) : « La technologie supprime le travail inutile de sorte que nous pouvons constamment nous tourner vers des activités plus productives. Nous détruisons des emplois pour en créer de meilleurs. »

Comme le chroniqueur du Spectator l’a dit avec enthousiasme, il semble que le monde soit entré dans « l’âge d’or ». Cet âge d’or peut s’avérer l’annonciateur, et non la caractéristique, d’un retour à l’étalon-or classique. Les lois naturelles qui régissent la production de biens et de services dans le reste du monde permettent plus de prospérité… et de justice. Les élites des pays développés vont-elles continuer d’adopter leurs politiques qui engendrent le « marasme économique » ? Peut-être que la vue d’une prospérité équitable qui s’épanouit tout autour de nous inspirera nos propres décideurs politiques à adhérer au capitalisme.

Pour paraphraser Keynes, aucun moyen plus sûr et plus subtil que l’étalon-or classique n’a été observé en vue de restaurer une prospérité équitable pour la société. Le processus engage toutes les forces obscures des lois économiques aux fins du plein épanouissement des hommes, et cela se produit de telle sorte qu’il n’est pas un homme sur un million qui ne soit en mesure de le diagnostiquer. Peut-être n’aurons-nous pas à attendre une génération ou deux pour que, comme l’a observé The Spectator, le Bangladesh devienne aussi riche que l’Angleterre, que l’Amérique et l’Occident en tirent les leçons et comprennent qu’une bonne dose de capitalisme libéral, comme l’a montré l’exemple de l’étalon-or, est tout ce qu’ils ont besoin pour prospérer.


Sur le web.
Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.