Najat Vallaud-Belkacem : « Femmes, je vous aide ! »

Najat Vallaud-Belkacem veut inciter les femmes à créer des entreprises par des mesures discriminatoires et liberticides comme on les aime.

Quand on dirige la plus grande entreprise de France et qu’on est une femme, on veut être un modèle. Najat Vallaud-Belkacem répand la bonne parole et l’argent public et évangélise les banques. Nul doute que les porteuses de projet l’attendaient comme le messie.

Par Baptiste Créteur.

Najat Vallaud-Belkacem, dirigeante d’entreprise hors pair – celle qui l’emploie, diversifiée dans tous les secteurs de l’économie, est en déficit depuis 30 ans et très endettée malgré plus de 60 millions de clients réguliers – aimerait servir d’exemple et insuffler aux femmes le goût d’entreprendre.

«Les Françaises ne représentent encore que 30% des créateurs d’entreprises, alors que c’est à la fois un moyen de créer de la valeur et d’embaucher», regrette Najat Vallaud-Belkacem. La ministre des Droits des femmes a défendu vendredi, en marge du Forum de la mixité organisé à Paris, son plan pour le développement de l’entrepreneuriat féminin, qui a été adopté par le gouvernement début décembre.

Une entreprise qui se crée, ce sont des emplois et de la richesse pour l’économie. Il est parfois utile de rappeler de telles évidences, et cela sert bien son propos : le commissariat central à la planification de la création d’entreprise souhaite favoriser l’entrepreneuriat féminin. 30% des créateurs d’entreprise sont des femmes, ce qui signifie que, si le nombre de créateurs masculins demeure stable, atteindre l’objectif de mixité parfaite résulterait en assez de femmes créatrices pour développer le nombre de créateurs d’entreprises total de 40%, ce qui serait une excellente nouvelle pour la France. Par pudeur quant à l’impact démentiel des mesures gouvernementales, ce chiffre n’a pas été communiqué – le gouvernement est pourtant un modèle de parité, créant des postes ad hoc réservés aux femmes pour contrecarrer la prédominance des hommes à la tête des grands ministères.

69% des Françaises sont intéressées par cette modalité d’emploi «plus épanouissante» que le salariat, selon un sondage Opinion Way. «Un décalage qui montre que les barrières à l’entrée sont encore nombreuses, de l’autocensure à l’accès aux financements», explique Najat Vallaud-Belkacem. D’autant que la création d’entreprises reste le meilleur moyen d’accéder aux postes de direction.

Problème : les femmes veulent monter une entreprise mais ne le font pas pour des raisons qui leur sont propres, mais aussi parce qu’elles sont victimes d’une horrible discrimination : les investisseurs ne leur prêtent pas d’argent. C’est évidemment parce que ce sont des femmes, rien que pour ça ; les investisseurs sont, de notoriété publique, de gros machistes.

Les banques accorderaient plus difficilement des prêts aux femmes. Muriel Pernin, repreneuse de l’ex-Lejaby, raconte que son conseiller l’a questionnée sur ses enfants. D’autres banquiers réclament la caution du mari. La ministre s’est engagée à «évangéliser» les banques pour faire évoluer les mentalités. En parallèle, le Fonds de garantie à l’initiative des femmes sera doté d’un million d’euros supplémentaire.

Voilà une belle illustration de ce machisme ambiant : questionner les porteurs de projets sur leur vie personnelle ou exiger la caution d’un membre de leur famille, c’est une ignoble discrimination. Il faut donc « évangéliser » les banques, de la même façon que Cécile Duflot – autre cadre dirigeant de la plus grande entreprise de France – voulait évangéliser l’Église.

La plus grande entreprise de France va aussi pousser un peu plus loin ses actions de RSE – qui permettent aujourd’hui d’accéder gratuitement à la santé et à l’éducation – en dotant un fonds de garantie dédié aux femmes de fonds qu’elle refacturera à ses clients actuels et futurs. Espérons que les entreprises créées par des femmes se montreront aussi généreuses.

«Une mesure insuffisante, pour Frédérique Clavel, présidente de l’Agence pour la création d’entreprises. Il faudrait que les aides à l’innovation attribuées par Oséo ne visent plus seulement les sociétés de technologies, mais celles de services, créées en majorité par les femmes.»

Pour vraiment aider la création d’entreprise, il ne faut pas seulement garantir les projets portés par des femmes, mais aussi les projets de l’ensemble des secteurs où les femmes veulent intervenir – plus spécifiquement, les services. On notera au passage la tentative de discrimination évidente : pourquoi les femmes interviendraient plus dans les services que dans l’industrie ou l’agriculture ?

À partir du mois d’avril, le ministère mettra en place des actions de sensibilisation à la création d’entreprises dans les lycées et les écoles de commerce de neuf régions pilotes, en partenariat avec le ministère du Redressement productif. «Il s’agit de faire intervenir des hommes ou des femmes pour créer une appétence chez les jeunes», et montrer l’exemple, précise la ministre.

Voilà ce qu’il faut : montrer l’exemple, créer chez les jeunes l’envie d’entreprendre, de créer. Malheureusement, cette mesure est vouée à l’échec : il faut, pour que la France bénéficie de l’élan entrepreneurial des jeunes, qu’ils décident de créer en France. Tant que la loi sur l’internationale taxationniste ou la suppression du passeport pour les Français susceptibles d’avoir du patrimoine ou des projets n’est pas votée, toute mesure de sensibilisation est inutile.

D’autant plus inutile que nos chères têtes blondes, rousses et brunes – pas de discrimination – seront sans doute plus attirées par la plus grande entreprise de France, qui peut écarter à l’envi toute concurrence. Le salaire est bon, les avantages le sont tout autant, bref, la vie est belle. Peut-être pas pour longtemps, mais à long terme, nous sommes tous morts, n’est-ce pas ?