Une impossible réforme des retraites

Moscovici tente timidement de nous faire croire à une réforme prochaine des retraites. On peut déjà pouffer.

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Une impossible réforme des retraites

Publié le 20 décembre 2012
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Si vous pensiez que le régime des retraites allait tenir encore quelques années de plus, bernique. Malgré l’évident danger qu’il peut y avoir à tripoter ce sujet explosif, le gouvernement s’apprête à le remettre sur la table dans les prochains jours. Quand on sait qu’il a tout à y perdre, on comprend qu’Ayrault et Moscovici sont ici acculés à cette éventualité, et n’ont certainement pas choisi ni le moment, ni les modalités. À l’évidence et même si personne ne veut le dire comme ça, la situation est catastrophique.

On croirait presque à de la surprise dans les petits papiers qui se succèdent dans la presse, sur un mode mélangeant la gravité et l’euphémisme à la grosse louche : malgré la fameuse fumeuse réforme de Sarkozy en 2010, zut et flûte, les régimes de retraite vont rester déficitaires. Pourtant, cela fait des années que différents économistes, blogueurs ou analystes un peu sérieux de la vie française se font l’écho d’une préoccupation grandissante sur ce sujet, et il y a quelques mois déjà, des articles relayaient les difficultés grandissantes et les cris d’alerte poussés par les caisses de retraite sentant leur fin proche. Par exemple, en octobre, Contrepoints rappelait que cette répartition était vouée à disparaître, l’AGIRC et l’ARRCO puisant actuellement dans leurs réserves afin d’assurer le paiement des pensions. Et d’après leurs calculs, elles seront épuisées en 2017 pour l’AGIRC et 2020 pour l’ARRCO (et ça, si la situation reste stable, ce qui propulserait la France tout entière à Disneyland).

Un excellent billet d’Acrithène expliquait début décembre pourquoi les régimes de répartitions étaient systématiquement en déséquilibre, et montrait de façon éclatante pourquoi la seule issue à ce problème traîné comme une mauvaise gangrène par le pays depuis des décennies résidait dans une solution amère : réduire les pensions et augmenter l’âge de départ.

retirement demotivator

On comprend qu’électoralement, ce n’est pas vendeur du tout. Et on comprend donc que l’actuel gouvernement se retrouve dans ses petits souliers quand il s’agit de faire perdurer ce système vermoulu : eh oui, les réformes Sarkozy, en 2010, étaient franchement insuffisantes, mais les actuels dirigeants n’avaient pourtant pas trouvé de mots assez durs pour condamner les affreuses mesures de la droâte socialoïde. Débinant les micro-retouches de l’UMP dans les retraites, ils doivent maintenant s’attaquer au gros-œuvre, sachant que politiquement parlant, les syndicats, les retraités, les salariés, les fonctionnaires et les professions à régimes favorisés sont déjà aux aguets.

Or, pour équilibrer le système de retraite, comme je le notais ci-dessus, il n’y a pas trente six façons de procéder : soit il faudra travailler plus longtemps, soit il faudra relever les cotisations, soit il faudra diminuer les pensions versées. Et bien évidemment, un mix de tout cela est envisageable, avec des proportions alchimiques dont on sait déjà qu’elles ne pourront, quoi qu’il arrive, ménager ni la chèvre, ni le chou, ni le sourire de la crémière qui va se prendre une bonne avoinée. Eh oui : toucher l’âge de départ ou diminuer les pensions, c’est en parfaite contradiction avec les discours des socialistes lorsqu’ils étaient dans l’opposition, et comme à l’accoutumée, en totale opposition avec leurs promesses de campagnes (mais là, on a l’habitude). Quant à relever les cotisations, on se délecte déjà des grimaces que Moscovici va devoir nous faire pour essayer d’expliquer pourquoi on doit enfoncer un poignard de plus dans la compétitivité du travail français. Montebourg en frétille déjà.

moscolouchi

Mais ceci ne suffira pas. Bien sûr, On peut tripoter un peu ces paramètres histoire de faire tenir l’usine à gaz quelques années de plus : par exemple et au hasard, on peut aligner tout le monde, fonctionnaires, élus divers et variés et autres privilégiés du rail ou de l’électricité, sur un seul système, celui du régime général, qu’on aura soin de rendre aussi simple et lisible que possible structurellement. On peut aussi tenter, comme le suggère Nicolas Doze dans la chronique qu’il a consacrée au sujet, de bricoler une retraite à points permettant au salarié de partir lorsqu’il jugera avoir acquis suffisamment de points, ces derniers étant convertis en monnaie au moment du départ et en fonction des conditions macro-économiques du moment.

Mais même avec ces ajustements (nécessaires au moins pour des raisons morales de justice et de réelle égalité entre les citoyens), le sort du système de retraites par répartition à la Française est déjà scellé : il s’effondrera (avec plus ou moins de fracas en fonction du nombre de personnes assujetties), et ce parce qu’il est basé sur un mensonge : celui qu’un système collectiviste de gestion des choix individuels peut fonctionner, et ce, malgré le fait pourtant évident qu’il n’existe aucun exemple dans l’Histoire d’un tel système fructueux.

Notez bien sûr qu’ici, on n’a même pas envisagé une ouverture à la concurrence du système de retraite ou d’un retour partiel ou total à la capitalisation (comme ce qui fut fait au Chili par l’abominable droitefachisse et pourtant jamais remis en cause par la gentillegauchesolidaire, comme vous pourrez le lire dans les deux articles ici et de Contrepoints). Ce serait bien trop horrible : des orphelins seraient jetés en pâture à Baal, des veuves seraient violées, les armées de Satan débarqueraient et en moins de 24h, ce serait la fin du monde (et ça nous amènerait pile poil vendredi 21, ce qui est très commode, finalement).

À l’évidence, les discussions qui s’engagent timidement de la part de ce gouvernement gêné aux entournures et se développeront en janvier sous les impulsions mollassonnes du Conseil d’Orientation des Retraites se traduiront essentiellement par des calculs d’apothicaires, des négociations de marchands de tapis sur des modifications de petits paramètres rigolos, ici, là et là. Mais jamais, au grand jamais, il ne sera question des pistes les plus sérieuses de refonte (alignement des régimes, ouverture à la concurrence, capitalisation).

S’il y a bien un mot dont nos socialistes ne sont pas avares, c’est celui de réforme. Quand ce n’est pas du calendrier scolaire, du contenu des enseignements, du code du travail ou de la Sécurité Sociale, c’est de la société de consommation, du mariage ou du code du logement qu’ils vont s’occuper à grands coups joyeux de truelle législative. Ça n’arrête pas, et quand ce n’est pas « réforme », c’est « changement » pour faire plus actuel, plus « maintenant ». Devant cette accumulation de réformes toutes régulièrement menées tambour battant, qui ont toutes, ensuite, été elles-mêmes suivies par d’autres réformes, personne ne semble s’arrêter pour noter que ça ne marche pas, que les gens qui les mènent n’en ont finalement jamais réussi l’ombre d’une, et que chaque équipe revient sur le travail de la précédente sans jamais améliorer significativement le résultat (puisque toutes décident qu’une réforme est indispensable).

La réalité, c’est qu’il n’y a qu’empilements de petits bricolages. Réforme ? Des nèfles ! Utiliser des politiciens pour faire une réforme, c’est un peu comme ajouter une flûte de pan dans n’importe quelle orchestration : on a immédiatement l’impression d’écouter une mauvaise reprise dans un couloir de métro, on sait dès les premières notes que ce sera mauvais et on ne souhaite qu’une chose, s’en éloigner au plus vite.
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  • Réformes?
    Voir ce qu’écrivait à ce sujet l’excellent Grimm en … juin 1764.

  • Ne nous leurrons pas, on va avoir une augmentation des cotisations, jamais un politique n’aura le courage de baisser les pensions ou d’aligner la fiscalité des retraités sur celles des salariés. Le lobby est bien trop puissant et en pleine expansion….

  • En février 2010, j’avais écris cet article sur Agoravox : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/nouvelles-victimes-du-systeme-70105, je ne pensais pas avoir raison si vite.

  • Des diagnostics et les prescriptions sur le système de retraites sont depuis longtemps connus. Rappelons le livre blanc de Michel Rocard pour lequel il a été simplement viré. La France a déjà connu plusieurs petites banqueroutes en matière de retraites par répartition : les réformes de 1993, de 2003 et de 2010 n’ont pas seulement modifié les règles d’acquisition des nouveaux droits ; elles ont aussi effacé une partie des droits sur lesquels comptaient les assurés sociaux conformément aux dispositions en vigueur lors de la naissance de ces droits – l’année où ils versaient leurs cotisations. Nous ne sommes donc pas confrontés à un danger imaginaire : la crise de la dette-retraite a bel et bien commencé ; elle a même largement précédé la crise de la dette publique classique. Si nous voulons prévenir des crises plus graves de la dette publique totale, dette classique et dette-retraite, il est urgent de réformer en profondeur à la fois les finances de l’État et celles de l’État providence. La faillite de notre système actuel de retraites est inéluctable. Pour y remédier, des réformes profondes, remettant en cause l’ensemble des dispositifs et des principes en vigueur, doivent intervenir dans de très brefs délais. Notre système est fondé sur la répartition. Les cotisations des actifs sont immédiatement utilisées en totalité pour le règlement des pensions. La démographie dans un tel système joue un rôle essentiel. Le nombre de retraités pour un actif n’a cessé de décroître : 4,14 en 1960, 2,68 en 1980, 1,40 à l’heure actuelle et un seul dans une vingtaine d’années. C’est dire que la faillite est programmée. Par ailleurs, au pays de l’« égalité », on n’ose pas s’attaquer aux régimes privilégiés par suite des menaces des syndicats et de la rue. L’expérience a été tentée, en décembre 1995, par le gouvernement Juppé qui, comme tous les autres gouvernements, a reculé sur ce sujet.

    La diminution du nombre des actifs par rapport à celui des pensionnés sape les bases du système de retraite par répartition et rend indispensable une réforme en profondeur, introduisant une dose de capitalisation. Appliquée à temps, elle évitera la chute programmée du niveau des pensions, mais l’idéologie de ceux au pouvoir conduire une fois de plus à faire que des roustines Hélas, ce pays est foutu.

  • « On peut aligner tout le monde, fonctionnaires, élus divers et variés et autres privilégiés du rail ou de l’électricité, sur un seul système, celui du régime général »
    ils préféreront nous voir crever que de faire ça ! Alors que ce n’est que justice et morale.

  • Ne chercher pas midi à 14 heure, une seule solution, une ou plusieurs taxes. Taxe écolo fonction du revenu des ménages, taxe de solidarité etc etc… Laissez vagabonder votre imagination, mais évitez toute solution qui ne consistera pas à piquer du pognon dans la poche du clampin de base, les riches étant partis ventre à terre.

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