Université portugaise en France, ne craignons pas la concurrence !

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La tentative de faire fermer une université portugaise en France illustre la volonté de défendre le statu quo de l’université française plutôt que de l’encourager à évoluer pour le bien des étudiants.

La tentative de faire fermer une université portugaise en France illustre la volonté de défendre le statu quo de l’université française plutôt que de l’encourager à évoluer pour le bien des étudiants.

Par Alexis Vintray.

L’ouverture, il y a un mois, de l’antenne française d’une université portugaise suscite des réactions extrêmement virulentes en France, en particulier des universités françaises et du ministère de l’enseignement supérieur. À travers ce conflit, c’est l’interdiction de créer des universités privées qui est en jeu.

L’Université Fernando Pessoa France, la face visible du problème

L’Université Fernando-Pessoa (UFP) France, qui a ouvert à la mi-novembre à La Garde, près de Toulon, dispense à destination d’une trentaine d’étudiants des cours en français en odontologie, pharmacie et orthophonie. Elle délivre des diplômes portugais, valables dans toute l’Union européenne. Université privée créée en 1996 à Porto, elle connait une forte croissance depuis, et a ouvert un hôpital universitaire au Portugal.

Une ouverture qui fait scandale en France, où l’utilisation du terme d’université par des établissements privés reste interdit, et où les études de médecine sont strictement réglementées et contingentées. La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, Geneviève Fioraso, a ainsi déclaré que, sur le fondement de l’article L. 731-14 du code de l’éducation nationale, l’établissement était dans l’illégalité puisqu’il spécifie, entre autres, que « les établissements d’enseignement supérieur privés ne peuvent en aucun cas prendre le titre d’université ». En outre, elle a déclaré dans un même communiqué, que l’université n’avait pas fait les déclarations nécessaires au ministère et n’était donc pas à même de délivrer un enseignement de qualité.

La tentative de tuer la concurrence d’une université française moribonde au lieu de l’aider à évoluer plus rapidement ne surprendra pas en France. Mais, pour les représentants de l’université portugaise, les relents xénophobes ne sont pas loin. L’université a, selon le journal Le Monde, dénoncé une réaction « xénophobe et jacobine ». Selon le recteur, Salvato Trigo, « la majorité des Français continue de voir le Portugal comme le pays de la valise en carton, des maçons et de ces Portugais qui menaient une vie très dure dans les années 1960 et 1970 dans les bidonvilles de Paris. Ce Portugal n’existe plus ».

Le vice-président de l’UFP, Bruno Ravaz, estime que le combat que lui livrent le ministère et les associations étudiantes est « désuet », et entend bien ouvrir de nouvelles sections à la rentrée prochaine, quitte à ne plus s’appeler université s’il le faut mais institut.

L’université n’est pas la seule à dénoncer l’inanité de la réaction du ministère. Ainsi du célèbre neuropsychiatre Boris Cyrulnik, président du conseil scientifique de l’UFP, qui rappelle que « ce genre d’université existe partout », et souligne surtout « l’absurdité du numerus clausus » en vigueur en France. Et Boris Cyrulnik d’ajouter : « Elle fait ce que les autres ne font pas, c’est complémentaire mais ce n’est pas opposé. [..C’est] l’université publique [qui] aurait besoin de faire des réformes ».

À la plainte du ministère s’est ajoutée une plainte d’étudiants dénonçant les frais d’inscription élevés de cette université (jusqu’à 9500€ l’année). Mais de combien est le coût réel à l’université, y compris les subventions ? Et qui les force à s’y inscrire ?

Le problème plus large : le manque de concurrence dans l’université française

La France a, par la Loi Wallon de 1875, modifiée en 1880 [1], autorisé la création d’établissements d’enseignement supérieur privés, mais leur interdit de porter le nom d’université et de délivrer des diplômes intitulés baccalauréat, licence ou doctorat. Dans sa version actuelle, l’article L. 731-14 du code de l’éducation nationale spécifie ainsi :
Les établissements d’enseignement supérieur privés ne peuvent en aucun cas prendre le titre d’universités. Les certificats d’études qu’on y juge à propos de décerner aux élèves ne peuvent porter les titres de baccalauréat, de licence ou de doctorat. Le fait, pour le responsable d’un établissement de donner à celui-ci le titre d’université ou de faire décerner des certificats portant le titre de baccalauréat, de licence ou de doctorat, est puni de 30 000 euros d’amende.

Une interdiction qui n’a pas lieu d’être, à part pour protéger de la concurrence les universités françaises existantes.

À travers le monde de nombreuses universités privées ont été créées, y compris récemment, et ont permis d’apporter à des millions d’étudiants une formation de qualité. Prenons deux exemples récents :

  • L’Université de Buckingham, au Royaume-Uni, créée en 1967, s’est spécialisée comme petit établissement d’excellence, permettant, avec de petits effectifs, de passer en deux ans des diplômes habituellement passés en trois. Comme l’explique le doyen de Buckingham, le professeur Terence Kealey, « nous sommes les seuls à travailler en priorité pour les étudiants. Les autres privilégient d’abord les objectifs du gouvernement »
  • L’Université Francisco Marroquin, au Guatemala, a été fondée par Manuel Ayau en 1971. C’est devenu depuis l’une des meilleures universités d’Amérique centrale. Si elle débuta avec seulement 125 étudiants, elle en compte aujourd’hui plus de 4000.

Voulons-nous vraiment empêcher nos jeunes, alors que l’université française est en complète déliquescence, d’accéder à de bonnes études ? Voulons-nous vraiment empêcher la concurrence de jouer son rôle stimulateur pour accélérer l’évolution de l’enseignement en France ?

  1. La version de 1875 n’interdit pas de prendre le titre d’université, alors que celle de 1880 le fait