Dégradation par Moody’s : Moscovici se trompe

Pierre Moscovici, ministre de l'économie (Photo Charles Hendelus, Creative Commons)

Ce qu’affirme Pierre Moscovici dans son communiqué sur la dégradation de la note de la France par Moody’s est à milles lieues de ce que dit l’agence de notation.

Ce qu’affirme Pierre Moscovici dans son communiqué sur la dégradation de la note de la France par Moody’s est à mille lieues de ce que dit l’agence de notation.

Par Baptiste Créteur.

 

Pierre Moscovici, ministre de l’économie (Photo Charles Hendelus, Creative Commons)

Lorsque les choses vont durablement mal pour un ministre, sortir un petit communiqué lui fait temporairement du bien. Ca lui permet de réaffirmer que ce n’est pas sa faute et qu’il ne peut rien y faire, mais que la situation va quand même s’améliorer grâce à lui. Suite à la dégradation de la note de la France par Moody’s, une belle leçon de communication gouvernementale nous est donnée par monsieur Moscovici.

Le ministre des Finances, Pierre Moscovici, a déclaré lundi soir que la dégradation de la note de la France par Moody’s était une «sanction de la gestion du passé» qui incitait le gouvernement à «mettre en œuvre rapidement» ses réformes.

La dégradation n’est pas une « sanction de la gestion du passé » : elle qualifie les perspectives futures du pays. D’ailleurs, Moody’s est assez explicite sur le sujet. Pour faciliter la compréhension par notre ministre, en voici un extrait :

1.    Les perspectives de croissance économique française à long terme sont affectées négativement par de multiples défis structurels, notamment sa perte progressive et durable de compétitivité et la rigidité de ses marchés du travail et des biens et services.
2.    Les perspectives fiscales sont marquées par l’incertitude résultant de conditions économiques détériorées, aussi bien à court terme à cause d’une demande interne et externe restreinte qu’à long terme à cause des rigidités structurelles mentionnées plus haut.
3.    La résilience française face aux chocs futurs de la zone euro est de moins en moins prévisible au vie des risques croissants sur la croissance économique, les performances fiscales et le coût du financement. L’exposition de la France à l’Europe périphérique via ses échanges commerciaux et son système bancaire est disproportionnée, et les obligations de soutenir les autres membres de la zone euro auxquelles elle est astreinte ont  crû. De plus, contrairement à des pays souverains hors zone euro aux notations aussi bonnes, la France n’a pas accès à une banque centrale nationale pour financer sa dette en cas de disruption du marché.

Ce que sanctionne Moody’s, c’est le bilan de décennies de choix politiques français et d’une incapacité complète à redresser la barre. Heureusement, pour le ministre, «Moody’s met à notre actif les réformes que nous avons engagées : le pacte de compétitivité, notre agenda de réforme, le redressement des comptes publics». Le communiqué de Moody’s est loin d’être aussi explicite : « [L’économie diversifiée de la France et] un engagement fort à mener des réformes structurelles, reflété par de récentes déclarations gouvernementales, pourrait, à moyen terme, assouplir certaines rigidités structurelles et améliorer la dynamique française de l’endettement. »

C’est à se demander pourquoi les ministres prennent encore le temps de sortir des communiqués, puisqu’ils ne semblent pas lire ceux des autres. On le découvre assez vite ; il s’agit de justifier l’inaction :

« Selon lui, pour échapper à une dégradation, «il aurait fallu une inversion de la courbe» de la dette publique de la France, «ce qui était impossible». Le gouvernement socialiste au pouvoir depuis mai mise sur 2014 pour voir un début de reflux de la dette publique, qui devrait atteindre l’an prochain le niveau record de 91,3% du produit intérieur brut (PIB). »

Une toute petite dégradation de rien du tout, qui permet au ministre de rappeler « la qualité de la signature de l’Etat français ». La pratique amène à la perfection, et au vu du nombre de gros chèques signés, la signature de l’Etat français est même d’un excellent millésime. On aurait pu réduire les dépenses, par exemple en supprimant quelques échelons administratifs, en rendant notre système de soins compétitif et en cessant d’investir à tort et à travers. Mais tout cela est « impossible », ni plus ni moins. Impossible, rien de plus Français…

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