Promotion Ubu Roi, dans les coulisses de l’ENA

Olivier Saby a passé 27 mois sur les bancs de l’ENA. Il raconte tout ce qu’il a vécu dans un ouvrage drôle et inquiétant à la fois. Car cette école forme ceux qui dirigent la France…

Olivier Saby a passé 27 mois sur les bancs de l’ENA. Il raconte tout ce qu’il a vécu dans un ouvrage drôle et inquiétant à la fois. Car cette école forme ceux qui dirigent la France…

Par Bogdan Calinescu.
Publié en collaboration avec l’aleps.

Pour bien s’intégrer, l’École offre aux nouveaux élèves trois jours de ski dans les Vosges. Sur la route, le car passe à proximité d’un ravin. Le narrateur (l’élève de l’ENA) se demande : « … et si notre car tombait dans un ravin, quel impact aurait sur le pays la disparition d’une promotion d’énarques ? » Excellente question à laquelle il est pourtant très facile de répondre : notre pays se porterait beaucoup mieux sans aucun doute. Et lorsqu’on lit ces pages avec ce qui décrit ce qu’on fait dans cette école, la réponse est encore plus évidente.

Nous avons affaire à un véritable document. Pour la première fois, un ancien élève de l’ENA témoigne sur ce qui se passe à l’intérieur de cette école. On a déjà connu plusieurs rapports sur l’ENA, des livres très instructifs comme celui de l’ancien député Jean-Michel Fourgous mais jamais de témoignage direct. Et les conclusions sont saisissantes.

L’élève de l’ENA est coulé dans un moule. Celui de l’étatisme et des réglementations. On lui apprend qu’il va diriger le pays et son économie. Qu’il sait plus que tout le monde et que les autres doivent l’écouter et le suivre. Une fois reçu, le but est de finir parmi les premiers. C’est l’assurance d’entrer à l’Inspection des finances ou à la Cour des Comptes. Le must du must. Carrière assurée. L’école accorde à chaque élève un matricule. Qui lui restera pour la vie. Cela commence dès les premières semaines, lorsque l’élève doit faire un stage dans une administration. Notre héros demande un stage à Tel-Aviv et il atterrit à Beyrouth. C’est à l’Ambassade de France qu’il saisit une grande partie du fonctionnement de la bureaucratie française : personne n’est capable de lui donner du travail et chacun s’interroge sur son rôle à l’Ambassade. D’ailleurs, la problématique libanaise n’est pas leur priorité. Ni le déclin de la langue française dans un pays traditionnellement francophile. Il reste, bien entendu, les cocktails…

À l’Ecole, les formations à l’étatisme sont aussi des erreurs de casting. Après seulement 20 jours, seulement 30% des élèves suivent encore les cours. Les autres semblent avoir compris ou l’ennui les a gagnés… Une fois, un expert de France Télévisions assène un cours sur la réduction des coûts au ministère de l’Agriculture, une autre fois, un expert de la grippe aviaire doit leur parler de l’ouverture du capital de Gaz de France.

On ne peut pas raconter toutes les histoires du livre comme un autre stage « Territoires », cette fois-ci en Bretagne. Mais on comprend très bien pourquoi l’auteur écrit que « l’ENA n’est pas une école mais un sas de vaccination contre les travers de l’administration : incohérence des instructions, absence de réflexion pédagogique, autocélébration, frustration, ennui, brimades, infantilisations ».

Anecdotes, humour, l’ouvrage est très agréable à lire malgré l’aridité du sujet. Mais le drame c’est que tout cela est bien vrai et que la France souffre terriblement de cette École.

Olivier Saby, Promotion Ubu Roi, Flammarion, 260 pages, septembre 2012.

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