Rapport Gallois : un électrochoc salutaire ?

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L’investissement en actions est, en France, à son niveau historique le plus bas. Le rapport de Louis Gallois ne dramatise pas assez cette situation.

L’investissement en actions est, en France, à son niveau historique le plus bas. Le rapport de Louis Gallois ne dramatise pas assez cette situation.

Par Pierre de Lauzun.

L’écho donné au rapport Gallois est impressionnant. À partir d’un diagnostic sans concession de l’état critique de notre industrie, il ouvre des voies de solution que certains jugent brutales. Mais pouvait-il en être autrement dans un pays anesthésié aux réalités internationales et où le jeu politique utilise un langage convenu et irréel ? Et au point où nous en sommes, la création d’un « choc de compétitivité » est-elle possible autrement que par une rupture ?

Deux axes retiennent particulièrement l’attention.

Le premier est la faiblesse de notre tissu d’ETI dont le nombre devrait être doublé pour se situer au niveau de nos grands partenaires européens. La proposition à laquelle on ne peut que souscrire, consiste à élaborer un Small Business Act en faveur des PME pour leur permettre de croître et de devenir des ETI tout en facilitant l’accès des unes et des autres aux marchés financiers.

Le second axe découle des bouleversements que Bâle 3 et Solvabilité 2 imposent à notre modèle historique de financement par raréfaction du crédit et retrait massif des assureurs des marchés actions. Ici, la proposition, pertinente, est de renforcer les fonds propres des entreprises pour leur permettre de continuer à investir, ce qui « suppose que l’épargne soit orientée vers des placements longs et à risque, et les placements longs vers l’industrie ».

Sur ces deux axes, étroitement liés d’ailleurs, il semble toutefois que Louis Gallois ne dramatise pas assez une situation dont l’enjeu est rien de moins que notre souveraineté économique.

Le drame se déroule en trois actes.

Acte 1 : La France est particulièrement impactée par Bâle 3 et Solvabilité 2, car contrairement à ses grands partenaires, elle ne dispose pas des alternatives que sont notamment les fonds de pension.

Acte 2 : L’investissement en actions est, en France, à son niveau historique le plus bas : la Bourse de Paris a perdu plus de 2 millions d’actionnaires individuels depuis 2008 ! L’épargne domestique, même si elle est abondante, n’est aucunement orientée vers les besoins des entreprises, c’est-à-dire vers le long terme et les actions. Et les dernières mesures des lois de finances ne font qu’aggraver ce constat. Jusqu’à la seconde guerre mondiale, l’épargne de nos compatriotes a permis à la France de devenir une puissance industrielle en finançant le développement de nos entreprises. Aujourd’hui, nous sommes connus pour notre aversion au risque…

Acte 3 : À défaut d’épargne nationale, nos entreprises devront se tourner vers l’épargne internationale. Le CAC40 est déjà détenu à près de 45% déjà par des non résidents. Pouvons-nous alors accepter de remettre à l’étranger les clés de nos grandes entreprises, souvent leaders mondiaux dans leur domaine d’activité ? Mais l’épargne internationale, c’est aussi une instabilité plus forte car, face à une crise, on sait qu’elle se recentre automatiquement sur sa base géographique d’origine. Pouvons-nous accepter les aléas que cela fait supporter à la stratégie de développement de nos entreprises ? En outre et surtout, la plupart de nos PME et ETI n’auront de toutes les façons jamais accès à cette épargne internationale. Et encore moins sans un écosystème financier de proximité qui soit lui-même en mesure de les « vendre » à l’étranger.

La reconquête que Louis Gallois appelle de ses vœux implique une politique publique ambitieuse orientant clairement l’épargne de nos compatriotes vers le financement de nos entreprises. Le levier de la fiscalité, indispensable, doit être puissamment utilisé si l’on veut inverser une tendance structurelle en apportant une réponse à la hauteur des besoins de financement mais aussi des délais dans lesquels ils se présentent à nous. Il nous faut créer une palette de produits permettant le financement à long terme des entreprises. Le PEA PME, soutenu par le Président de la République, en constitue sans aucun doute un élément. On ne peut ignorer pourtant qu’à lui seul, il est illusoire d’espérer qu’il réponde aux enjeux ; ce ne peut être qu’un cadre qu’il faut rendre beaucoup plus incitatif. La boîte à idées est ouverte : c’est l’objet de la mission confiée par le Premier Ministre à Mme Berger et à M. Lefebvre sur la fiscalité de l’épargne. Deux autres pistes s’imposent : celle de la justice, qui impose de traiter de la même manière les investissements selon leur degré de risque et selon leur horizon, et non pas d’après leur support juridique. Et celui de l’équité, qui rejoint l’intérêt national pour donner une net avantage aux placements longs et parmi ceux-ci aux placements en actions.

L’électrochoc provoqué par le Rapport Gallois crée le débat. C’est une bonne chose. Mais le temps de la discussion nous est de plus en plus compté. Le mode action doit être rapidement enclenché. Dans les deux sens du terme.

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Lire notre dossier consacré au rapport Gallois.