Dette : l’inflation est-elle la solution ?

Face à la dette publique, l’inflation est-elle notre dernière solution ? C’est en tout cas un remède dont on entend souvent parler. Un remède efficace?

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Dette : l’inflation est-elle la solution ?

Publié le 31 octobre 2012
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Face à la dette publique, l’inflation est-elle notre dernière solution ? C’est en tout cas un remède dont on entend souvent parler. Un remède efficace ?

Par Acrithène

Face à la dette publique, l’inflation est-elle notre dernière solution ? C’est en tout cas un remède dont on entend souvent parler. Laissant de côté l’aspect immoral de l’inflation, ce billet propose une petite simulation numérique pour vous convaincre que la destruction de la dette par l’inflation est une illusion passagère.

Le taux d’intérêt et l’inflation

Un contrat de dette peut-être pensé comme un échange entre deux biens. Prêter de l’argent à une personne, c’est échanger de la monnaie présente contre de la monnaie future. La valeur de cette dernière dépend de trois caractéristiques :

  • La date livraison : plus tôt vous l’aurez, plus tôt vous en profiterez ;
  • L’emprunteur : s’il fait faillite d’ici la livraison, vous aurez payé pour rien ;
  • Et l’utilité de la monnaie future, c’est-à-dire son pouvoir d’achat au moment où vous la recevrez.

Dès lors, la différence de valeur entre la monnaie d’aujourd’hui et celle de demain tient à l’écoulement du temps, au risque du non remboursement, et à l’inflation. Pour que le prêteur et l’emprunteur échangent des produits de valeurs semblables, l’emprunteur doit ajouter au montant initialement emprunté, des intérêts qu’on peut ainsi décomposer :

Taux d’intérêt = Coût du temps + Coût du risque + Inflation

Lorsqu’un prêteur et un emprunteur s’accordent, chacun évalue donc ces trois caractéristiques de l’échange. Dans le cas de la dette publique, la relation emprunteur/prêteur est déséquilibrée par le contrôle qu’exerce l’emprunteur, l’État, sur la qualité intrinsèque de la monnaie qu’il doit rembourser, à savoir son pouvoir d’achat. C’est comme si vous commandiez un baril d’essence, et qu’entre la vente et la livraison, le vendeur puisse changer la définition de ce qu’est un baril.

En admettons que ceci ne soit pas une faute morale, vous comprendrez de mon explication, que pour arnaquer le prêteur, il faut que l’inflation soit supérieure à ce que ce dernier avait anticipé au moment de l’émission de la dette.

Aussi, ce n’est pas l’inflation qui détruit la dette, mais l’accélération de l’inflation. Et symétriquement, la réduction de l’inflation en deçà de l’espérance du prêteur renchérit la valeur de sa créance. Le ralentissement de l’inflation fait donc croître la dette.

En conséquence, sauf à s’engager dans une inflation perpétuelle, tout plan de réduction de la dette par l’inflation doit analyser deux phases. Pendant la première, une inflation au-dessus du niveau attendu par les épargnants déjà engagés les spolie, puis dans un second temps, un retour de l’inflation à des niveaux raisonnables surprend le pessimisme des nouveaux prêteurs et renchérit la valeur de leurs créances, faisant croître la dette.

Une simulation

Pour vous illustrer ce phénomène en deux étapes, je vous propose une petite simulation. Voici quelques hypothèses :

  • PIB de 100 en 2012. La croissance réelle est supposée nulle, le PIB nominal croît au rythme de l’inflation.
  • Dette de 90 en 2012. Les remboursements sont uniformément répartis sur les 20 prochaines années (4,5 par an). La dette est « roulée » : chaque année, le remboursement dû et les intérêts de l’année sont réempruntés, et renvoyés à dans 20 ans. L’État n’a pas de déficit primaire.

  • Les investisseurs demandent une rémunération de 1% au titre du temps et du risque (taux d’intérêt réel) auxquels ils ajoutent l’inflation constatée l’année précédant l’émission de la dette.

Suivant ces hypothèses, je propose deux scénarios :

  1. Dans le premier scénario, le gouvernement pousse progressivement l’inflation jusqu’à 16%, et la maintient à ce niveau pendant quelques années, puis la fait progressivement redescendre à son niveau initial, 2%.
  2. Dans le second, le gouvernement maintient l’inflation à 2% et se contente de rouler la dette (en gris).

Dans le scénario d’inflation, on peut distinguer trois phases :

  1. Montée de l’inflation. Les créanciers de l’État ne peuvent que progressivement réagir et subissent la hausse de l’inflation et ne peuvent chaque année que renégocier la part des emprunts arrivant à échéance. La hausse continue de l’inflation pousse le taux réel de leur créance dans des régions négatives. En parallèle, le PIB nominal grimpe rapidement sous l’effet de l’inflation, ce qui fait décroître le rapport Dette/PIB (en rouge). L’accélération de l’inflation détruit la valeur de la dette.
  2. Stabilisation de l’inflation. Les créanciers de l’État continuent à réajuster le taux d’intérêt des emprunts au nouveau niveau de l’inflation au fur-et-à-mesure qu’ils arrivent à échéance, ce qui fait progressivement remonter le taux réel à 1%. Le rapport Dette/PIB se stabilise.
  3. Reflux de l’inflation. Le gouvernement met en place une politique de réduction de l’inflation, pour revenir à une situation normale. Les taux réels s’envolent car l’inflation se retrouve en deçà du niveau jadis attendu par les créanciers de l’État. Les intérêts à payer son très élevés, mais la croissance nominale du PIB se réduit, provoquant le réendettement massif de l’État.

Sur le graphique, la réduction de dette permise par l’épisode d’inflation est représentée par la zone grise. On voit qu’à l’issue du retour à un niveau d’inflation raisonnable et stable, le gain a totalement disparu. En vérité, il est probable que ce gain soit en fait négatif. En effet, j’ai considéré jusqu’ici le Coût du risque  comme une constante. Or l’instabilité de l’inflation fait peser un risque accru sur les prêteurs, ce qui devrait donc se répercuter à la hausse sur les taux d’intérêt réels, et donc au final sur l’endettement public.

Une illustration historique

Les exemples historiques récents décrivant la troisième phase ne manquent pas, notamment du fait des efforts des pays d’Europe de l’Ouest pour stabiliser l’inflation à partir des années 1980. À l’époque, la stagflation (inflation sans croissance) brisait le mythe keynésien selon lequel on peut résoudre le chômage par l’inflation (relation de Phillips), ce qui éliminait le seul attrait de cette dernière, ne lui laissant que des désavantages.

Je montre ici le cas de la dette espagnole. Comme dans ma simulation, la phase de désinflation provoque une forte hausse du taux réel sur la dette publique, impliquant sa hausse soudaine durant les années 1980. Puis le taux s’ajuste progressivement à la baisse de l’inflation. Entre temps, de 1980 à 1997, la dette publique explose sous la pression désinflationniste.

J’avais aussi montré dans un autre billet que la dette actuelle de la France était pour moitié explicable par la dette des Trente Glorieuses et à son roulement, alors même que la dette publique ne représentait que quelques dizaines de milliards d’euros seulement en 1973 (cf.« La dette publique, héritage des Trente Glorieuses »)

 Conclusion

Le recours à l’inflation comme solution de destruction de la dette est à nouveau un arbitrage entre générations. Les générations actuelles qui détruiraient la dette publique à coup d’inflation condamneraient les générations futures à devoir accepter un fort niveau d’inflation, ou à voir la dette publique resurgir en essayant de stabiliser les prix.

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Tableur excel de la simulation : Simulation Dette-Inflation

Sur le web

Voir les commentaires (6)

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  • Très éclairant, merci! Donc seul remède: la baisse des dépenses. Et bien ça n’est pas près d’arriver en France!

  • Pour votre phase 2, vous oubliez un scenario alternatif :

    L’émission de la dette future, remplaçant la dette inflatée, dans une nouvelle devise.

  • Très bien illustré merci.
    Du coup, dans un cadre privé, lors de la souscription par exemple d’un contrat terme de type retraite complémentaire, quid des projections d’inflation capées à 1,75 ou 2%… à 20 ans… pfff… perte prévisible non ?
    Quel placement est le moins exposé à de la perte sur scénario inflationniste ? ( parce que c’est très clair : on y va directement !)

    • 1/ Pour les retraites, les hypothèses d’évaluation sont revues chaque année. Ce ne sont que des hypothèses. Personne n’est devin.
      2/ placement protecteur en pèriode d’inflation : traditionnellement l’or et l’immobilier. Mais attention : 1/ les politiques monétaires peuvent brutalement se retourner et 2/ l’or a bien monté et l’immobilier en France a trop bien résisté jusqu’à présent. Si on croît à une inflation galopante durable alors pas de problème avec ces deux actifs.

  • L’inflation démographique existe depuis la nuit des temps. En quoi une monnaie qui sert à acheter des produits, qui ne sont pas de première nécessité, serait-elle dangereuse dans un cas d’inflation de réajustement.

    C’est comme un arbre, ou chaque année,on peut être partagé entre la coupe de produtivité ou l’élargissement pour que les oiseaux en laissent assez pour avoir encore de la qualité.

    En éconnomie c’est sansdoe impossible de se débarasser des oiseaux donc il ne faut pas tout laisser dispraitre.

  • Merci pour cette explication très claire. Que ce passerait-il si l’état décidait de rembourser de façon anticipée tout le stock de dette accumulée en une seule fois en utilisant la création monétaire (cas hypothétique où ceci serait permis) ? Cette action « one-shot » engendrerait-elle de l’inflation ? (Bien sûr il faudrait ne pas être en déficit primaire pour ne pas avoir affaire appel au marché dans la foulée…)

  • Les commentaires sont fermés.

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