Non, il n’y a pas d’austérité en Grèce

Entre 2008 et 2011, l’État grec a réduit de 13,2 milliards € ses dépenses hors charge de la dette. Mais, si l’on regarde en détail, ce n’est qu’une austérité de façade.

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Non, il n’y a pas d’austérité en Grèce

Publié le 28 septembre 2012
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Entre 2008 et 2011, l’État grec a réduit de 13,2 milliards € ses dépenses hors charge de la dette. Mais, si l’on regarde en détail, ce n’est qu’une austérité de façade.

Par Nikos Tsafos, depuis Athènes, Grèce.

Tous des grecs demain?

L’austérité tue la Grèce. C’est du moins ce que l’on nous dit. Les hommes politiques et les médias ont une histoire toute prête : pour satisfaire les créanciers de la Grèce, le gouvernement réduit la dépense publique à des niveaux tellement bas que même  les services de base délivrés par l’État sont mis en danger. En conséquence, le peuple grec, qui souffre de ces coupes sauvages, se rebelle. C’est l’histoire que l’on lit quotidiennement. Pourtant, presque tout y est faux.

Certes, la Grèce réduit la dépense publique. Mais appeler cela « austérité« , c’est comme considérer que passer de cinq à quatre Big Macs par jour est un « régime ». La réalité est plus complexe.

Commençons par les finances publiques : les rentrées ont baissé en 2009, mais sont restées stables depuis, en raison de trois facteurs :

  • les rentrées dépendant des salaires, des autres revenus et des profits ont baissé, à cause du chômage élevé et de la chute des profits des entreprises ;
  • le gouvernement a compensé en augmentant la TVA, en partie car elle est plus facile à collecter que les impôts directs qui souffrent d’une évasion fiscale importante ;
  • enfin, les financements européens pour les investissements ont augmenté, fournissant au trésor des ressources supplémentaires.

Ces éléments ont permis de maintenir un niveau de prélèvements obligatoires stable mais, l’économie étant en récession, le ratio prélèvements obligatoires sur PIB a cru lui à un plus haut des dix dernières années, à près de 41%. Certes, l’évasion fiscale est là et les prélèvements obligatoires pourraient être plus hauts, mais la part que l’État prend dans l’économie n’a jamais été aussi haute depuis dix ans. Dans le même temps, l’augmentation des impôts indirects a plongé l’économie dans la récession en réduisant fortement le revenu disponible des consommateurs. Les dépôts bancaires ont fondu de 35%, à cause de la fuite des capitaux et de la désépargne. La richesse grecque s’évapore.

La raison peut en être vue en examinant le volet dépenses de l’équation. Entre 2008 et 2011, l’État grec a réduit de 13,2 milliards € ses dépenses hors charge de la dette. Mais, si l’on regarde en détail, ce n’est qu’une baisse de façade : la baisse des investissements représente près de la moitié de cette baisse des dépenses, tandis qu’une bonne partie du reliquat s’explique par la baisse des dépenses militaires. Autrement dit, l’État construit moins d’infrastructures et achète moins d’armes. Par contre, les aides sociales ont augmenté, et les dépenses de personnel de l’administration n’ont baissé que de 7%, surtout grâce aux départs en retraite et non grâce à une quelconque rationalisation de l’emploi public.

Mais ce n’est pas tout. En 2011, la dépense publique (hors charge de la dette) était à 43,1% du PIB, en baisse par rapport au 48,7% de 2009. Mais entre 2000 et 2006 les dépenses publiques n’étaient en moyenne que de 40% du PIB. Autrement dit, l’État grec dépense aujourd’hui trois points de PIB de plus que plus tôt dans cette décennie ! Et si l’on met de côté les variations des dépenses d’investissement, l’État grec dépensait en 2011 5,3% de PIB de plus qu’en 2000-2006 ! Une différence qui représente 11,5 milliards €, soit grosso modo le montant que les créanciers de la Grèce lui demandent d’économiser sur les prochaines années.

Cela amène à se poser trois questions majeures :

  • en quoi la baisse des dépenses d’investissements et de dépense met-elle en danger les services publics de base ?
  • en quoi est-il choquant de vouloir faire revenir l’État à son niveau de dépenses de 2000-2006 ?
  • pourquoi l’État ne pourrait-il pas fournir avec 43% du PIB les services qu’il fournissait avec 40% ?

Ce sont des questions importantes, qui mènent au cœur de la situation grecque. Le gouvernement augmente les taxes afin de gagner du tempos pour réduire les dépenses publiques à leur niveau d’il y a dix ans. Dire que l’État est au pain sec et ne peut donc pas fournir à ses citoyens les services élémentaires est une idiotie. L’argent n’est pas le problème. L’État grec est vivant et même bien vivant. Il mange encore mieux qu’il y a dix ans. Vous parlez d’un régime !


Article original. Traduction : Contrepoints.

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  • La dernière phrase devrait être : Vous parlez d’un régime !

  • « Mais ce n’est pas tout. En 2011, la dépense publique (hors charge de la dette) était à 43,1% du PIB, en baisse par rapport au 48,7% de 2009. Mais entre 2000 et 2006 les dépenses publiques n’étaient en moyenne que de 40% du PIB. Autrement dit, l’Etat grec dépense aujourd’hui trois points de PIB de plus que plus tôt dans cette décennie!  »

    Oui, mais depuis la Grèce est en récession carabinée, donc en théorie les dépenses n’ont pas forcément augmenté (même si en fait, oui).

    Les graphiques, c’est quand même beaucoup mieux que les ratios (machins)/PIB : http://mercatus.org/publication/fiscal-austerity-europe-doesnt-mean-large-spending-cuts

    • Récession n’implique aucunement gel des dépenses. Au contraire, dans l’univers parallèle des Keynésiens, ça justifie même une hausse des dépenses (plan de relance toussa, m’enfin, vous connaissez la musique).
      Et puis ce n’est pas tant le niveau « d’austérité » de l’Etat en tant que tel qui est à observer, c’est l’austérité que s’impose l’Etat par rapport l’austérité que s’imposent les entreprises privées qui veulent se redresser (cf un autre fil).
      Comme toujours, la comparaison est accablant pour l’Etat.

  • « Vous parlez d’un régime ! »

    Ils devraient essayer le régime paleo.:)

    Cependant, il faut aussi parler des dépenses en chiffres absolus. Il n’y a aucune raison pour que les dépenses publiques augmentent à services étatiques égaux et inflation 0.

  • L’austerite est un men songe dans 90% des cas dans les pays sociale democraties. La raison en est simple: Ceux qui pourraient mette en oeuvre cette austerite sont justement ceux qui en patissent le plus: Les fonctionnaires.
    Le problème des dépenses publics est un problème structurel de dépenses de fonctionnement. Si c’était un problème de dépenses ponctuelles, ce serait un problème EGALEMENT ponctuel. Or c’est un problème constant parce que ce sont les frais de fonctionnement courants qui sont problématiques. or ces frais de fonctionnement courants sont simples: Trop de fonctionnaires, trop de subventions pour achter des votes, des retraites déraisonnables pour acheter les vieux. Le problème c’est que l’on a autorise l’Etat a dépenser l’argent du contribuable pour acheter des votes et qu’il est strictement impossible de revenir en arrière sans une guerre civile ou Margaret Thatcher. Comme on sait ce que les français pensent de Tchatcher, on sait donc que la seule solution est la guerre civile dans le cas de la France. C’est triste c’est immonde ça fera des victimes innocentes et une guerre bien carde, mais les gosses d’aujourd’hui pourront bientôt dire merci aux trois générations de gauchistes avant eux.

    Donc il faut déserter la France avant qu’elle ne devienne comme la Grèce parce qu’il n’y a PAS d’échappatoire. Les ténias de la république ne changeront de fusil que lorsque leur hôte sera totalement crève.

    • « il n’y a PAS d’échappatoire. »

      Je ne vois pas non plus, même au fond du gouffre ils continueront à réciter leurs mantras en désignant des boucs émissaires.

  • Mitch,

    comme vous avez raison , …. malheureusement !!

  • c’est ce qui nous attend en France

  • Parfois je ne comprends vraiment pas comment vous pouvez raisonner tout le temps en terme de % de PIB sans tenir compte de quelques variations élémentaires :
    – La croissance du PIB : On entend jamais parler de la croissance du PIB par habitant.
    – La dette publique sur PIB : Qui n’a aucune pertinence en période de récession comme en Grèce.
    – Déficit public sur PIB : Idem, dans les pays comme la France suffit de faire un micro effort pour le faire baisser et c’est encore plus simple en période de croissance. Si vous étiez capable de faire des ratios intelligents qui nous ne permettaient pas d’augmenter nos dépenses publiques en période de croissance tout en réduisant les ratios (+1% de dépenses si +2% PIB = baisse du ratio) on en serait pas la.

    Mais non : vous venez encore polémiquer en expliquant qu’avec 100% de chômeurs en plus (par rapport à l’avant crise) sur un PIB plus faible qu’en 2008 : la part de dépenses publiques sur le PIB a augmenté de 3%: OH MON DIEU !!
    Cessez de réfléchir et de fixer des objectifs sur des indicateurs qui ne valent pas un clou et de comparer des variables qui sont fausses et on avancera.

    (Billet d’humeur)

      • L’auteur n’a aucunement pris en compte la charge de la dette et des intérêts sur les budgets en matière de dépenses, ainsi que l’augmentation du chômage. A côté nombreux fonctionnaires ont eu avec des retraités leurs revenus diminués par deux, l’âge de départ à la retraite passé de 60 à 65 ans et des coupes drastiques dans les dépenses de santé et d’éducation. Et à côté de ça une pléthore de taxes en plus. Franchement cet article est une honte, ce n’est pas comme ça que vous allez faire adhérer au libéralisme. La plupart des libéraux de contrepoints n’ont rien compris au fait qu’une diminution fanatique des dépenses, doit s’accompagner obligatoirement d’une baisse de taxes pour éviter une dépendance inévitable de la population à un service étatiste de plus en plus médiocre. De plus les libéraux sur contrepoints n’ont pas compris qu’au delà « du méchant Etat obèse », (vous pouviez critiquez les socialistes dans leur dénonciation systématique et gratuite des mêmes boucs émissaires), que le système bancaire et monétaire sont profondément antilibéraux et représentent au moins 50 % de nos problèmes avec le système européen compris, lui aussi anti-libéral. La Grèce rien que les charges des intérêts en moins, serait en équilibre budgétaire mais bon les libéraux de contrepoints préfèrent cracher sur la population en disant qu’y a pas d’austérité et qu’il faut continuer à saigner. Les libéraux de contrepoints n’ont rien compris qu’avec 40 % de taxation du pib et presque plus aucune dépenses en retraites, santé, ect… on ne peux ni se soigner, ni avoir une retraite convenable pas à 400 €/mois comme on voit très souvent en Grèce malgré toute une vie de labeur, ce qui serait possible avec un libéralisme à 0 impôts et 0 dépenses, mais bon je ne suis pas dogmatique, j’aime le libéralisme seulement pour les effets positifs de celui-ci, je n’aime pas le libéralisme pour le libéralisme, vous êtes aussi dogmatiques que les socialistes du front de gauche ici pur la majorité. De plus dire qu’il n’y a pas d’austérité en Grèce, prouve que vous êtes aussi déconnectés de la réalité que les enarques de notre parlement, bureaucrates et technocrates de Bruxelles; ce qui fait passer le libéralisme pour un idéal élitiste, ce qui n’est pas le cas. En effet pour la france je suis entièrement d’accord sur le fait qu’en matière de dépenses, notre « rigueur » prête franchement à rire. Mais à un certain point sans baisse d’impôts à côté, non, car le libéralisme est censé délivrer de la dépendance aux dépenses (ou services étatistes), pas de rendre (via le même montant de taxes ou plus de taxes) autant ou encore plus dépendant à des services publics d’encore moins bonnes qualité (baisses de dépenses drastiques comme en Grèce). Cet article montre le trop grand dogmatisme de ce site, que je trouve mauvais pour la progression des idées libérales.

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