La liberté plutôt que la violence

charlie-hebdo-682524-jpg_468670

Si la provocation fournit des munitions aux extrémistes, l’absence de défenseurs de la liberté leur laisse le choix des armes.

Si la provocation fournit des munitions aux extrémistes, l’absence de défenseurs de la liberté leur laisse le choix des armes.

Par Baptiste Créteur.

Le débat grandit sur la liberté d’expression, et les points de vue exprimés sont de plus en plus nauséabonds. Je ne souhaite pas, moi non plus, que quiconque impose son mode de vie à qui que ce soit, et cela suppose que ceux qui veulent jouir de leur liberté aient le loisir de le faire. Pour que les hommes puissent vivre ensemble avec des modes de vie différents, il suffit qu’aucun d’entre eux n’initie le recours à la force physique. Nul besoin pour cela de restreindre la liberté d’expression.

Une caricature ne fait pas progresser la liberté de la presse, mais les débats auxquels elle donne lieu indiquent parfois qu’elle est menacée, et, Monsieur Pierre Beylau, votre article publié dans Le Point en est un bon exemple. La liberté a toujours des limites, fixées par la loi, mais plus encore par quelques principes, dont je regrette qu’ils ne semblent pas partagés par tous. La première d’entre elles est de ne pas initier la violence, mais vous ne semblez pas la condamner aussi vertement que le motif invoqué comme déclencheur.

Si on devait fixer des critères d’intelligence ou de bon goût à la liberté, nul doute que la liberté d’expression s’en trouverait atrophiée ; les exemples foisonnent, aussi bien en politique que dans la presse. Qu’entendez-vous par « blesser inutilement », et qui doit décider de ce que l’on entend par utile ? Celui qui se sent blessé, celui qui le blesse, un Conseil de Sages, vous ?

Vous mettez le doigt sur une notion cruciale, celle de responsabilité. Dire que Charlie Hebdo doit être considéré comme responsable de ce qui pourrait arriver à des Français quelque part dans le monde revient à dire que je suis responsable si on vole ou dégrade un bien matériel que je laisserais sans surveillance, niant ainsi l’évidente responsabilité de celui qui recourt à la violence.

Sans doute ces caricatures ont-elles offensé, choqué, blessé, mais si on doit, comme vous semblez vouloir le dire, limiter la liberté d’expression à ce qui est inoffensif, j’aimerais relire votre article une fois éliminées les opinions négatives que vous émettez à l’encontre des salafistes et de Charlie Hebdo. Vous parlez également de « gens raisonnables dans le monde arabo-musulman » et de « vaillants reporters », comme si tous ne l’étaient pas ; je crains que d’aucuns puissent se sentir froissés.

Plutôt que restreindre la liberté, il suffirait de bannir la violence pour permettre à des individus différents de vivre en harmonie, avec le mode de vie qui leur plaira :

Les droits des hommes ne peuvent être violés que par le recours à la force physique. La force physique est pour un homme le seul moyen d’en priver un autre de sa vie, ou de le réduire en esclavage, ou de le voler, ou de l’empêcher de poursuivre ses propres buts, ou de l’obliger à agir contre son propre jugement rationnel.

La condition préalable d’une société civilisée est l’exclusion de la force physique des relations sociales – instaurant ainsi le principe que si les hommes veulent interagir les uns avec les autres, ils ne peuvent le faire que par la raison : par la discussion, la persuasion et un consentement volontaire et non contraint. » (Ayn Rand, « The Virtue of Selfishness »)

Il est regrettable que vous ne sembliez pas disposés à protéger la liberté, car si la provocation fournit des munitions aux extrémistes, l’absence de défenseurs de la liberté leur laisse le choix des armes.