OGM : sale temps pour les marchands de peur

Les organismes génétiquement modifiées (OGM) ne sont nuisibles ni pour la santé humaine, ni pour l’environnement. C’est la conclusion d’un programme de recherche suisse, dont les résultats ont été publiés mardi.

Les organismes génétiquement modifiés (OGM) ne sont nuisibles ni pour la santé humaine, ni pour l’environnement, selon les conclusions d’un programme de recherche suisse, dont les résultats ont été publiés mardi.

Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse.

By: Stephane Mignon - CC BY 2.0
By: Stephane MignonCC BY 2.0

« Les OGM ne sont nuisibles ni pour l’humain ni pour l’environnement, selon une étude » annonce fièrement la RTS, faisant état de la conclusion du Programme national de recherche « Utilité et risques de la dissémination de plantes génétiquement modifiées » (PNR 59) dont les résultats ont été publiés mardi.

En guise de titre, c’est un vil mensonge, puisqu’il ne s’agit pas d’une étude mais de trente dans le cadre d’un programme étalé sur quatre ans. Pour ceux qui gardent encore un soupçon d’ouverture d’esprit sur la question des OGM, les conclusions sont de la plus grande banalité :

Les nombreux projets de recherche menés sur la biosécurité dans le cadre du PNR 59 ne permettent pas de conclure à la dangerosité des cultures de plantes utilitaires génétiquement modifiées. Leurs résultats corroborent en ce sens ceux d’autres enquêtes importantes effectuées en Suisse et à l’étranger.

La coexistence entre agriculture conventionnelle et agriculture biotechnologique est possible – moyennant un modeste surcroît de dépenses. En échange, les cultures d’OGM peuvent assurer des bénéfices économiques supplémentaires. Un régime légal de coexistence entre cultures conventionnelles et OGM peut être mis en place à l’aide d’un petit nombre d’adaptations à la loi sur le génie génétique.

Et voilà. Les OGM ne sont pas du poison et n’ont même pas à être cantonnés dans des laboratoires. Comment s’en étonner alors que l’importance des cultures d’organismes génétiquement modifiés ne cesse de croître dans le monde ? En 2011, 32% du maïs était OGM ainsi que 83% du coton et 75% du soja.

Oui, les trois-quarts du soja produit sur Terre sont génétiquement modifiés. Aujourd’hui.

De l’Européen au Burkinabé, les adversaires des OGM persistent, envers et contre tout. Voilà pourquoi le programme national de recherche de la Confédération est aussi important : il est le fait d’une entité respectée par tous dans le débat. Pas possible pour les anti-OGM de se défausser, comme à leur habitude, des conclusions n’allant pas dans leur sens au prétexte que l’étude serait biaisée à cause de son commanditaire.

Évidemment, une nouvelle annonçant (une fois encore) l’innocuité des OGM implique d’offrir un billet gratuit à un invité pour venir expliquer sur les plateaux télévisés tout le mal qu’il en pense. La RTS n’a pas dérogé à la règle et nous a donc gratifié de la présence du directeur de l’Union Suisse des Paysans, Jacques Bourgeois, fermement opposé à cette nouvelle technologie mais avec suffisamment de diplomatie pour habiller son opinion d’un pragmatisme de bon aloi :

« Cette étude ne tient pas compte du principal argument, c’est les consommateurs… Les consommateurs ne veulent pas d’OGM dans leur assiette et quelle entreprise serait prête à mettre sur le marché un produit qu’elle sait pertinemment d’avance, qu’il n’y a pas de demande par rapport à ce produit-là. »

Bel argument circulaire : les consommateurs ne risquent pas d’acheter des OGM si on ne leur en propose jamais. Mais en réalité, cette simplification n’est pas tout à fait exacte. La question a aussi été abordée par le programme PNR 59. Les conclusions montrent que le rejet est loin d’être aussi net que ne l’espèreraient les anti-OGM :

Des ventes tests effectuées dans notre pays confirment le fait qu’un consommateur sur cinq achèterait des produits génétiquement modifiés si on lui en offrait la possibilité. En outre, pas moins de 71% de l’ensemble des consommateurs plaident pour la liberté de choix entre végétaux génétiquement modifiés et végétaux de culture traditionnelle.

Clouons le dernier clou du cercueil :

Le nombre de personnes qui achèteraient des produits OGM dépasse même actuellement celui des consommateurs de produits bio.

Que les consommateurs acceptent l’idée d’acheter des OGM, les paysans suisses n’en produiraient pas de toutes façons, n’est-ce pas ? Là encore, ce n’est pas tout à fait vrai : « comme le révèle l’étude PNR 59, plus de 35% des agriculteurs du canton de Zurich interrogés répondent positivement à la question de savoir s’ils accepteraient de cultiver des plantes génétiquement modifiées. »

Dont acte. La recherche – la vraie, celle de gens en quête de vérité et sans présupposés idéologiques – n’a rien contre les OGM, et ce n’est pas faute d’avoir cherché. Le monde entier fonctionne aux OGM, sauf l’Europe et la Suisse, enfermées dans des peurs soigneusement entretenues, mais parfaitement illusoires.

La Suisse a décrété un moratoire contre les OGM en 2005. Alors que celui-ci a été prolongé à 2013, elle a lancé en parallèle le programme PNR 59 précisément pour répondre scientifiquement aux questions sur leur dangerosité et leur impact sur la nature. Depuis mardi, les conclusions sont là. Le dossier à charge contre les OGM est vidé de sa substance.

Il n’y a plus aucune raison objective de prolonger le moratoire.

Qui pense vraiment que les adversaires des OGM se rendront à ces nouveaux arguments ? Pas besoin d’être grand clerc pour deviner que leur combat n’est pas prêt de s’arrêter. Mais alors, qu’il soit désormais clair aux yeux de tous qu’ils n’agissent ni au nom de la science, ni même au nom du principe de précaution.

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