Arrêtons de nous plaindre des délocalisations

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Lutter contre les délocalisations pour rapporter des emplois délocalisés finit toujours par nuire aux plus pauvres : les étrangers ne nous volent pas nos emplois.

Lutter contre les délocalisations pour rapporter des emplois délocalisés finit toujours par nuire aux plus pauvres : les étrangers ne nous volent pas nos emplois.

Par Sheldon Richman, depuis les États-Unis.

Quand, économiquement, les temps sont durs, de l’hostilité se dirige vers les étrangers : « ils prennent nos emplois ! ». Ce n’est donc pas surprenant que la campagne présidentielle comporte des accusations en tous sens au sujet des délocalisations, c’est-à-dire d’emploi de travailleurs étrangers par des entreprises américaines. C’est là un jeu dangereux, qui sème les graines de la guerre commerciale.

Les économistes comprennent l’intérêt de la division du travail. Si vous et votre famille avez à ne vivre que de ce que vous pouviez produire vous-mêmes, vous vivriez dans une misère crasse. Vous ne seriez pas beaucoup plus riches si vous ne pouviez acheter que ce que les habitants de vote ville ou des environs peuvent produire. Plus la zone où vous pouvez faire du commerce croît, plus le travail peut être spécialisé, et donc plus la division du travail est avancée. Combinez à cela l’augmentation de la productivité que davantage de connaissances et d’inventivité rendent possible, et une prospérité impressionnante en résulte.

Adam Smith observait que « la division du travail est limitée par l’étendue du marché ». Si l’étendue du marché est artificiellement restreinte par les politiciens (personne d’autre n’ayant un tel pouvoir), la division du travail et le progrès qui l’accompagnent subissent un coup d’arrêt, et l’on se retrouve plus pauvres que nous n’aurions pu l’être.

C’est pourquoi nous devrions nous inquiéter quand des politiciens tentent de monter le public contre le commerce international des biens et des services. « Mais ils prennent nos emplois ! » Dans le cours des événements, les emplois se meuvent, changent, disparaissent et émergent tout le temps. Cela peut être déconcertant et perturbant, mais nous ne préfèrerions pas l’autre possibilité : un État suffisamment puissant pour étouffer la liberté et le changement. Quand le marché libre a les coudées franches pour œuvrer (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui), le changement est la règle. Les préférences des consommateurs évoluent. Les entrepreneurs essaient de gagner leurs faveurs en leur offrant des biens nouveaux ou améliorés. De nouvelles connaissances apportent des développements technologiques qui abaissent les coûts, ce qui permet de produire avec moins de ressources et moins de travail.

Bien que ça puisse, bien sûr, créer des difficultés à ceux, travailleurs ou entrepreneurs, qui ont leurs intérêts dans les anciens procédés, les bienfaits globaux sont indéniables. À chaque fois que moins de ressources et moins de travail sont nécessaires pour produire un bien, les ressources et le travail anciennement dédiées à produire ce bien peuvent maintenant se reporter vers des choses que nous ne pouvions pas nous permettre hier. C’est ainsi que les sociétés prospèrent.

Qui plus est, dès qu’un bien est mis sur le marché, il plante les graines de nouvelles opportunités pour d’autres personnes. Pensez aux nombreuses firmes lancées pour complémenter l’industrie des ordinateurs personnels, et dont les produits allaient des logiciels à une multitude d’accessoires. Personne ne fabriquait de tapis de souris, de ventilateurs pour ordinateurs portables ou de webcams à une époque encore récente, et encore moins de coques de téléphones mobiles, de sonneries ou d’applications pour smartphones.

Le même processus « détruit » les emplois et les crée. Notre désir de biens et de services est sans limite, et il en va donc de même pour les opportunités de travail (si l’on met à part les obstacles posés par l’État). Même si l’on pouvait acquérir tous les « biens de base » imaginables, nous accordons aussi de la valeur à nos loisirs, ce qui entraine une demande pour des skis, des raquettes de tennis, des cannes à pêche, des lecteurs de livres électroniques, des tablettes, des consoles de jeu, et des choses demandent encore à être imaginées.

Je ne souhaite pas minimiser les difficultés que le changement engendre. Mais les politiques publiques censées atténuer l’effet du changement ouvrent un boulevard à la pauvreté pour les plus pauvres d’entre nous. Les riches ont déjà leurs richesses. Ce sont ceux qui n’en ont pas encore qui ont le plus à perdre d’une stagnation économique.

Heureusement, les difficultés produites par le dynamisme social peuvent être atténuées par la même liberté qui produit ce dynamisme. Parce que notre désir de biens et de services est illimité, il y a toujours quelque chose de nouveau à faire.

C’est une honte pour les Américains, fabuleusement riches selon toutes les normes mondiales et historiques, d’en vouloir aux pauvres de chercher à prospérer. Progressistes comme conservateurs promettent de la compassion et de la charité, mais ils sont les premiers à contester que les plus pauvres du monde « prennent nos emplois ! ».

Ce qui précède nécessite une réserve. L’Amérique n’a pas un marché libre ; l’économie y est alourdie de l’intervention de l’État, en grande partie sous la forme de privilèges pour de grosses compagnies installées, aux dépens de ceux qui aimeraient les concurrencer. Les interventions sous la forme d’impôts et de régulations déforment les forces du marché et facilitent la migration des emplois et d’autres ressources. Plus encore, le néo-féodalisme dans les pays en voie de développement a toutes les chances de réduire les possibilités de choix des travailleurs, fournissant un travail encore moins cher aux multinationales.

Tout ceci ne fait que souligner l’impératif de libérer le marché de notre pays pour montrer l’exemple aux autres à l’étranger. La coopération mondiale bat les guerres commerciales à chaque fois.

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Article paru sur Reason.com sous le titre Stop Complaining About Outsourcing.
Traduction : Benjamin Guyot pour Contrepoints.