Une ère néolibérale ?

Bien que l’usage du terme « néolibéralisme » soit souvent assez vague et fort chargé d’émotion, il renvoie généralement à la notion de réduction de la taille et du rôle de l’État au sein de la société. Est-ce vraiment ce que l’on observe actuellement dans la plupart des pays occidentaux ? Illustration avec le Québec.

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Une ère néolibérale ?

Publié le 28 juillet 2012
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Bien que l’usage du terme « néolibéralisme » soit souvent assez vague et fort chargé d’émotion, il renvoie généralement à la notion de réduction de la taille et du rôle de l’État au sein de la société. Est-ce vraiment ce que l’on observe actuellement dans la plupart des pays occidentaux ? Illustration avec le Québec.

Par Michel Kelly-Gagnon et Yanick Labrie (*), depuis Montréal, Québec.
Publié en collaboration avec l’Institut Économique de Montréal.

Dans son édition de lundi, La Presse rapportait que des milliers de manifestants avaient répondu à l’appel de la CLASSE et envahi les rues de Montréal dimanche, cette fois-ci « déterminés à en finir avec Jean Charest, avec les libéraux, avec le néolibéralisme ». Bien que l’usage de ce terme soit souvent assez vague et fort chargé d’émotion, le « néolibéralisme » renvoie généralement à la notion de réduction de la taille et du rôle de l’État au sein de la société.

À l’approche d’élections provinciales, le moment est donc propice pour examiner ce qu’il est advenu de la taille de l’État sous le règne du Parti libéral du Québec. L’idée ici n’est pas d’appuyer ou de critiquer qui que ce soit, mais simplement de tenter de répondre, de façon factuelle, à la question suivante : l’État québécois a-t-il bel et bien connu, ces neuf dernières années, une importante cure d’amaigrissement, comme certains le prétendent ?

Tout d’abord, en ce qui concerne les dépenses de programmes du gouvernement du Québec, les données sont sans équivoque : elles n’ont pas diminué depuis l’arrivée au pouvoir des libéraux, bien au contraire. En fait, même en tenant compte de l’inflation et de la croissance démographique, les dépenses de programmes par habitant ont augmenté de près de 15% depuis 2003.

Quant à la taille de la fonction publique, force est de constater que le nombre de fonctionnaires qui travaillent pour le gouvernement québécois est toujours aussi élevé qu’en 2003. Monique Jérôme-Forget avait pourtant établi, dans le cadre du plan de « modernisation de l’État », un objectif de réduction de la fonction publique de 20% en 10 ans, en ne remplaçant qu’un départ à la retraite sur deux. Or, selon les chiffres du Secrétariat du Conseil du Trésor, l’effectif de la fonction publique québécoise a au contraire augmenté de 3% dans les huit premières années de pouvoir des libéraux.

Au chapitre de l’endettement public, ceux qui se sentent « en manque d’État et d’étatisme » trouveront réconfort dans le fait que la dette totale du secteur public québécois (c’est-à-dire la dette de l’État provincial québécois ainsi que celle des entités dont il est caution) s’élève actuellement à plus de 250 milliards de dollars, soit une hausse de 39% par rapport à l’année précédant la première élection du gouvernement Charest !

Certes, la plus récente récession, de même que le programme d’infrastructures de 30 milliards de dollars lancé en 2007, ont contribué à gonfler la dette publique. Par ailleurs, notre propos, pour les besoins de cette opinion, n’est pas de débattre si cette dette est trop élevée ou non, mais simplement de noter, encore une fois, que le poids de l’État québécois est loin d’être en baisse.

Plusieurs « carrés rouges » veulent étendre le débat à d’autres enjeux que la simple question de la hausse des droits de scolarité. Mais pour qu’un débat serein sur ces questions ait lieu, il importe de recourir aux faits et de laisser tomber les slogans creux. Les Québécois ne vivent tout simplement pas dans une ère « néolibérale », bien au contraire. En effet, le règne du Parti libéral n’a pas remis en cause la croissance de l’État québécois.

Par ailleurs, il n’est pas clair que les autres partis qui aspirent actuellement au pouvoir auraient nécessairement obtenu des résultats bien différents s’ils avaient été aux commandes pendant cette période. Encore une fois, notre propos n’est pas de critiquer ou de défendre qui que ce soit, mais simplement de partager un certain nombre de faits élémentaires avec nos concitoyens.

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Sur le web.

(*) Michel Kelly-Gagnon est président et directeur général de l’Institut économique de Montréal. Yanick Labrie est économiste à l’IEDM.

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