Montebourg aide PSA. Le constructeur, résigné, s’attend au pire.

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Montebourg a présenté son plan pour sauver PSA. En conséquence, tout indique que les jours du constructeurs sont désormais comptés.

Je n’avais pas prévu de vous parler des concertos montebourgeois aujourd’hui. Un autre billet était prêt, tout calé. Il sera pour plus tard, l’actualité m’obligeant à faire une petite improvisation de dernière minute, car je suis tombé sur les dernières mesures envisagées par le gentleman farmer frisé pour sauvegarder l’industrie automobile en France. Et lorsqu’on tombe, comme souvent, cela fait mal.

Ces mesures sont rapidement résumées dans ce petit article de Challenges qui porte bien son nom puisque c’est, véritablement, un challenge de lire la succession de bêtises sans pleurer de rire. Essayez de lire avec les yeux humides, vous verrez, cela pose des problèmes. Sinon, reportez-vous à l’analyse minutieuse qui en est faite par Vladimir Vodarevski dans nos colonnes.

Dans une désarmante succession de clichés tous plus stupides les uns que les autres, Montebourg a donc posé les bases (comme on pose un bronze) d’un nouveau plan audacieux pour transformer durablement l’industrie automobile française en mouroir industriel sous perfusion subventionnée. Vous pensez que j’exagère ? Au bout du rouleau, je tenterais ici une exagération comique pour camoufler mon désarroi devant les judicieuses trouvailles du ministre affûté comme un vétéran de guerre, au faîte de son art ?

Allons. Pour un tel rythme de parution des billets, croyez-moi, il faut être aidé. Et depuis que Flamby est au pouvoir, je le suis : pas une journée ne se passe sans qu’on assiste à un véritable feu d’artifices de trucs ahurissants. Quand ce n’est pas Fleur qui bafouille sur les interwebs, c’est Najat qui met fin au tapin ! Tous les jours, le cirque Maxime Pipeau se donne à 100% ! Et cette fois-là, c’est PSA qui déclenche le spectacle et à la panique succède donc les propositures (version dégradée de la proposition, qui vient comme ça, pouf, d’un coup, sans réfléchir).

Ainsi, Arnaud a imaginé un nouveau mécanisme pour accroître encore un peu plus le malaise des finances publiques. Nous sommes en période de crise, l’État n’a plus un rond : c’est donc le moment idéal pour le distribuer de façon débile. Peugeot est dans l’impasse, vend mal des voitures à moteurs thermiques ? Pas de panique, Arnaud intervient avec des bonus pour les voitures électriques et hybrides. Ainsi, Toyota récupère la mise.

Pouf pouf. Je la refais.

Peugeot est dans un bateau, qui coule à cause d’un trou dans la coque. Arnaud le voit, et immédiatement outillé de sa chignole magique, perce un second trou en espérant que l’eau repartira par là.

Pouf pouf. Reprenons.

L’État n’a pas d’argent. Peugeot ne vend pas assez de voitures traditionnelles. L’État va donc en distribuer aux constructeurs qui font des voitures hybrides.

Pouf pouf.

L’État, pour des raisons écologiques, veut fermer des tranches nucléaires. Il pousse à l’utilisation de voitures électriques, qui se chargeront la nuit, quand les renouvelables sont au plus bas. Il tabasse les voitures thermiques avec des taxes. PSA fait des voitures thermiques. Montebourg veut aider PSA : il distribue des bonus pour les voitures hybrides. Je…

Je n’y arrive pas.
Je ne comprends pas.
Je ne vois pas la logique qui pousse ce frétillant crétin à échafauder une mesure aussi compactement idiote et mal dirigée.
Les mots me manquent.
Je… – paf – un plomb saute.

montebourg et sa rose

Bref.

Je n’ai même pas évoqué les sommes en jeu, on friserait l’apoplexie. Sachez seulement qu’après des calculs mystérieux de ses cabinétards, le Montebourg parvient à la conclusion inouïe que tout son édifice ne coûtera « que » 125 millions supplémentaires, ce qui permet d’affirmer qu’il nous prend pour des imbéciles avec l’aplomb d’un soudard napoléonien.

marteau rigoloAu passage, on nous annonce benoîtement que le gouvernement veut par ailleurs multiplier les points de recharges des voitures électriques. Arnaud a récemment passé son CAP d’électricien et s’engagera personnellement à tirer des petits câbles ici et là pour aider les déploiements. Évidemment, dans la boîte à idée du nouveau bricoleur, on trouve aussi l’achat, par l’État, de jolies voitures électriques (après appel d’offre qui mettra donc en concurrence PSA avec, notamment, Toyota, dont l’expertise dans le domaine est supérieure). Si cette boîte à outil semble, de loin, n’être remplie que de marteaux colorés, c’est normal.

Bien sûr, cela ne s’arrête pas là. Puisque la chirurgie lourde est tentée, allons jusqu’au bout même si on est intégralement équipé par Playskool. Grâce à l’argent gratuit qui pousse tout seul dans les fonds divers que l’État entretient gratuitement sans prendre l’argent dans aucune poche de personne, circulez, tout va bien, on va pouvoir placer des paquets de petits billets tous neufs dans les poches des sous-traitants (ah bon ?), dans les poches des constructeurs innovants (ah bon ?) et des ouvriers concernés (ah bon ?). Vous verrez : les robinets sont ouverts, il apparaît clair qu’il n’y aura aucun effet de bord, pas de pertes, et des résultats minutieusement benchmarkés. Ça va être torridissime. Ça va rissoler sous les observations fines pour nous assurer que tout ceci se termine bien. Garanti sur facture.

Facture dont, croyez-moi, on se souviendra un moment.

Avant de conclure sur une dernière mesure venue de la planète Kludj (située il y a bien longtemps dans une galaxie très lointaine), remarquons rapidement que Montebourg n’a toujours rien compris au protectionnisme. Il a ainsi déclaré devant l’Assemblée Nationale (qui est restée calme et n’a pas injurié le minustre, comme elle aurait dû — les traditions et le bon sens se perdent –) :

Cet accord de libre échange entre l’Union européenne et la Corée a été naïvement passé l’année dernière et aujourd’hui nous nous retrouvons avec des augmentations sur le marché des diesels des petites cylindrées coréennes de 1.000%.

Il faut bien comprendre que Montebourg ne veut pas que les Français payent des petites cylindrées coréennes à pas cher. Arnaud, qui a plus de 7000€ net d’émoluments en provenance directe de vos poches de contribuables, considère que la préservation du pouvoir d’achat des Français est scandaleuse et que leur lamentable tentative de ne pas payer de petites cylindrées au prix fort devrait être stoppée aussi tôt que possible. Eh oui : un matin, on accepte de payer des voitures moins cher, et à la fin, on se retrouve avec de l’argent en fin de mois, on épargne, et on rembourse ses dettes. C’est le début du n’importe quoi, vous en conviendrez aisément. Il était dès lors indispensable qu’Arnaud mette l’arrêt à ces pratiques séditieuses.

Mais la dernière « idée » d’Arnaud vaut, à elle seule, son pesant de chocolat brut à l’arsenic. Comme je le disais plus haut, elle s’inscrit tellement peu avec les autres « idées » qu’on soupçonne le minustre d’être en prise directe avec un univers parallèle où chaque individu n’est évalué que sur son indice de froufroutance : sur demande gouvernementale, les cinéastes Cédric Klapisch et Luc Besson vont réaliser des « publicités en faveur de l’automobile française », pour mettre en valeur le savoir-faire « made in France ».

Pourquoi Klapisch et Besson ? Pourquoi pas Kassovitz, qui a un humour délicieusement décalé ? Pourquoi pas Francis Veber (après tout, il a réalisé le Dîner de Cons, pourquoi ne pas lui demander de faire un opus « L’Automobile pour les Cons ») ? Pourquoi n’y-a-t-il aucun appel d’offre ? Et surtout en quoi griller quelques millions d’euros supplémentaires pour promouvoir le made-in-France va-t-il aider l’automobile de moins en moins made in France ? Comment imaginer que ceci va se traduire concrètement par autre chose que du champagne, des petits fours et quelques accortes demoiselles de compagnie pour un quarteron de gens bien introduits ?

À lire les prouesses de Montebourg, PSA a probablement déjà commencé à numéroter ses abattis. Une industrie centenaire dans laquelle l’État choisit d’intervenir aussi massivement, de façon aussi désordonnée et brouillonne, en piétinant le bon sens, les principes de bases du marketing et de la division du travail, c’est forcément une industrie qui sent sa dernière heure arriver. Grâce aux vigoureux plans de sauvegarde des mines, de l’acier, du textile ou d’autres secteurs industriels en France, les gouvernements successifs auront consciencieusement saboté ces domaines. L’automobile n’échappera pas à la règle, surtout lorsqu’on lit une telle succession de bricolages dignes d’un enfant de 8 ans tout fier de tester sa nouvelle panoplie de docteur.

Si ce gouvernement devait courir le 400m haies, il se taperait toutes les haies les unes après les autres, ferait une chute à chacune d’elles. Les genoux, le nez, les coudes en sang, le maillot couvert de terre et de fluides corporels douteux, il arriverait dernier, au moins sept minutes après tous les autres coureurs, avec deux dents cassées pour s’écrier, banalement heureux : « Victoire ! »

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