Le magazine Challenges contre l’imposition à 75% ? C’était hier qu’il fallait le dire !

Couverture du magazine Challenges en 2008 avec Pierre Chappaz

En dehors des périodes électorales, le magazine Challenges n’apparaît pas vraiment socialiste. En période électorale, il soutient sans modération le candidat du parti. Au prix de toutes les compromissions?

En dehors des périodes électorales, le magazine Challenges n’apparaît pas vraiment socialiste. En période électorale, il soutient sans modération le candidat du parti. Au prix de toutes les compromissions ?

Par Vladimir Vodarevski.

Couverture du magazine Challenges en 2008

Dans le numéro 309 de l’hebomadaire Challenges du 12 juillet 2012, Vincent Beaufils, directeur de la rédaction, redoute le « syndrome S » pour la France. S comme Schlumberger. « La multinationale reste en France, avec son patron et son DRH. Mais son poumon respire ailleurs et son cœur français s’atrophie. » En cause, le taux marginal d’imposition de 5%. Vincent Beaufils essaie d’imaginer des moyens d’atténuer cette mesure.

Mais que ne l’a-t-il pas dénoncée durant la campagne présidentielle ! Challenges est un magazine de Claude Perdriel, du groupe Le Nouvel Observateur, fidèle soutien du PS. En dehors des périodes électorales, Challenges n’apparaît pas vraiment socialiste. En période électorale, il soutient sans modération le candidat du parti. Au prix de toutes les compromissions ?

Challenges se veut pragmatique, plus social-démocrate que socialiste. Mais, le PS est socialiste. Certes, Mitterrand a mené une politique de rigueur et de développement des marchés financiers. Mais des finances publiques rétablies lui étaient indispensables pour se faire réélire, et le développement des marchés financiers indispensable pour le financement de la dette publique. Jospin est le premier ministre qui a le plus privatisé, parce qu’il avait besoin d’argent, notamment pour les 35h, qu’il a mises en place. Et, contrairement aux socio-démocrates allemands, le PS ne veut ni les remettre en cause, ni assouplir le marché du travail en France. Une des rares décisions de la nouvelle majorité étant justement d’abroger la défiscalisation des heures supplémentaires, en la justifiant par une conception ultra comptable de l’emploi, comme sous Jospin.

La différence entre le PS français et le SPD allemand s’exprime aussi à travers les alliances. Le SPD est capable de s’allier aux libéraux du FDP, comme aux conservateurs de la CDU et de la CSU. Et refuse toute alliance avec l’extrême gauche. Tandis que le PS recherche les alliances avec l’extrême gauche.

Les réactions au plan de restructuration de Peugeot, qui n’a été une surprise pour personne, ont bien montré ce tropisme vers l’argumentation de l’extrême gauche : l’entreprise, pourtant défenseur du « fabriqué en France », a été vouée aux gémonies, sans que personne au PS ne s’interroge sur les conditions auxquelles sont soumises les entreprises en France.

Si Challenges veut faire évoluer le PS, et faire émerger un parti de gauche moins doctrinaire, à l’image du SPD allemand, il faut imposer des conditions. Il faut militer contre toute alliance ou concession à l’extrême gauche, de Mélenchon et autre parti communiste. Il faut affirmer l’efficacité sociale de l’économie de marché. Et critiquer sur ces points le PS même en période électorale.

Vincent Beaufils conclut : « l’économiste de gauche Philippe Aghion a démontré, à l’aide de l’exemple suédois, combien un alignement de la fiscalité du travail sur celle du capital est contreproductif. Ainsi, la Suède, qui sait pourtant ce qu’imposition veut dire, a réduit celle du patrimoine, et a été en 2011 le pays européen qui a connu la plus forte progression de millionnaire. » Si c’est un magazine de gauche qui l’écrit… Mais, encore une fois, c’est en période d’élection qu’il faut dire ce genre de chose, pour créer l’événement, sensibiliser les Français, et faire en sorte que leur culture économique s’améliore.


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