Nicolas Sarkozy n’a pas protégé la pluralité d’expression

Droit d’inventaire : Nicolas Sarkozy n’a pas tenu sa promesse de protéger la droite contre l’arbitraire et les abus de la gauche.

Droit d’inventaire : Nicolas Sarkozy n’a pas tenu sa promesse de protéger la droite contre l’arbitraire et les abus de la gauche.

Par Marc Crapez.

En avril 2007, Nicolas Sarkozy déclarait avoir « engagé un combat pour la maîtrise du débat d’idées », pour les « valeurs », contre « la violence de la gauche ». En 2012, il n’a pas été réélu pour n’avoir pas protégé les Français en général, et les citoyens de droite en particulier, contre cette violence.

Au contraire, cette violence a redoublé. Il faut préciser que le peuple de gauche est hors de cause. Car ce n’est pas une violence de gauche. C’est plutôt une violence due aux intellectuels de gauche et d’extrême-gauche, relayée par une caste médiatico-politique. Il faut ajouter que l’idéal ne serait pas une maîtrise du débat d’idées au profit de la droite, mais un simple rééquilibrage ménageant le pluralisme.

La gauche en général représente une part de vérité. Mais dans le champ des idées, il y a longtemps qu’elle ne progresse plus par la persuasion, mais par la peur qu’elle inspire et l’autocensure obligatoire de ceux qui ne pensent pas pareil. Les intellectuels de gauche dénient à ce qui est autre le droit de s’exprimer. L’existence de l’autre leur pose problème. La droite doit donc réclamer une reconnaissance de sa dignité contre cette domination qui l’opprime.

Protéger la liberté de l’esprit public

Dans sa profession de foi aux électeurs, pour le 2ème tour de la présidentielle, Sarkozy affirmait, s’adressant successivement à la droite, au peuple et aux libéraux : « j’ai maîtrisé l’immigration », « jamais je n’ai cédé à la rue » et « pour toute création d’une norme nouvelle, deux normes anciennes seront supprimées ».

Ce dernier point reflète une mesure de désinflation législative préconisée depuis vingt ans par les libéraux, au même titre que le resserrement des départements ministériels à douze ou le non-enterrement des rapports commandés par les gouvernements. Ce sont des mesures de bon sens et d’intérêt général contre la gabegie de l’État. De même, ne doit-on pas dilapider les deniers publics en dépensant 6,5 millions d’euros pour des cérémonies de vœux.

Concernant la maîtrise de l’immigration, Michèle Tribalat le souligne : « La proportion d’immigrés a progressé au cours des années 2000 à un rythme voisin de celui observé pendant les Trente Glorieuses ». Faute d’avoir tenu tête aux desiderata immigrationnistes des élites, il décida de donner le change par un débat sur l’identité nationale, destiné à tromper la faim de réforme du Français moyen. De la même façon, la pléthore de ministres sous le gouvernement Hollande cache une impuissance programmatique par une gadgetisation médiatique.

Concernant la pression de la rue, Sarkozy abrogea les circulaires de Robien, du 3 janvier 2007, qui déplaisaient aux syndicats de l’Éducation nationale, puis céda devant une grève des chauffeurs de taxi, c’est-à-dire devant la rente de situation d’un corporatisme. Et pour ne pas céder devant d’autres catégories, il n’a avancé qu’à pas comptés, l’œil constamment rivé sur les sondages, sans se défaire d’un premier ministre qui n’est pas exempt d’un côté notable de province. À tel point que, durant sa 2ème campagne, il a (re)promis un État qui ne craindrait plus « ceux qui protestent le plus » et ne reculerait plus devant le diktat des « corps intermédiaires ».

C’est un point capital. Le suffrage universel est le seul garant du peuple. Il place sur un pied d’égalité les citoyens atomisés et désorganisés qui constituent la majorité silencieuse. Il surveille l’intérêt général, protège la liberté de l’esprit public et garantit la pérennité de la Cité contre les revendications immédiates des minorités activistes soutenues par les intellectuels et les lobbys.


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