Mitt Romney a deux fois moins de délégués que les médias mainstream ne le prétendent

Le système des primaires du GOP est hétéroclite et complexe. Plus de la moitié des délégués de la convention nationale restent à désigner et ce n’est pas avant la fin juin que Mit Romney pourra atteindre formellement le seuil des 1144 délégués.

Le système des primaires du GOP est hétéroclite et complexe. Plus de la moitié des délégués de la convention nationale de Tampa, soit 1258, restent à désigner et ce n’est pas avant la fin juin au minimum, que Mitt Romney pourra atteindre formellement le seuil des 1144 délégués.

A la mi-mai les médias mainstream annonçaient que Ron Paul se retirait des primaires du parti républicain. Il n’en était rien : Ron Paul avait simplement annoncé qu’il ne ferait pas campagne dans les États où le vote populaire ne s’était pas encore déroulé, afin de se concentrer sur les états tenant un caucus où les délégués confédérés allaient désigner leurs représentants à Tampa et sur les autres processus de sélection de délégués encore en cours.

Les medias mainstream en France comme aux USA ont à nouveau annoncé cette semaine hâtivement la victoire de Mitt Romney qui selon eux aurait déjà les 1144 délégués nationaux nécessaires à l’investiture, soit la moitié plus une voix des délégués, lors de la convention nationale qui se tiendra fin août à Tampa. Or cette information est fausse, même si elle a de forte chance de se concrétiser en partie, rendant la désignation de Mitt Romney presque certaine.

En réalité seule une fraction de ces 1144 délégués nationaux a été formellement désignée. Actuellement les autres délégués nationaux en question, et leur vote, sont, pour les nombreux états répondant au système du caucus, simplement escomptés par Mitt Romney dans la foulée de l’élection des délégués confédérés portant son étiquette. Les victoires actuelles de Mitt Romney, reposant principalement sur les États où le gagnant prend tous les délégués, lui donnent une confortable avance que son challenger tente de rattraper après coup le temps que les conventions locales soient tenues. Le processus suit encore son cours et 446 délégués nationaux, soit 1/6 du total, seront formellement choisis entre le 2 et le 5 juin. Dans la meilleure des perspectives pour Mitt Romney, il ne pourra atteindre le seuil des 1144 délégués que vers la fin du mois de juin.  Le processus est assez long car une grande quantité de délégués proviennent de leur sélection au niveau des districts, d’autres étant élus par les officiels, venant s’ajouter à ceux directement élus par le vote populaire.

En outre, les délégués confédérés ne votent pas pour un candidat à l’investiture mais pour des représentants nationaux de leur convention locale qui partiront à Tampa.  Ceux-ci pourront voter pour un autre candidat que celui dont ils portaient l’étiquette. La règle au niveau local d’assermentation des délégués n’existe pas au niveau national et aucun délégué national élu avec l’étiquette d’un candidat n’est tenu de voter pour lui en août.

Ces distinguos pourraient sembler de peu d’importance si une discipline impeccable régnait dans cette chaîne de votes. Or ce n’est pas le cas et ce pour des raisons souvent légitimes.

  • Ces délégués libres de leur vote peuvent changer d’opinion en fonction des informations disponibles sur leur candidat et son programme.
  • Les candidats lourdement médiatisés mais sans forte base militante, tels Mitt Romney, ont été dans l’embarras pour trouver la foule de délégués confédérés répartis dans la demi centaine d’états confédérés. Ils recueillent donc des voix mais ne peuvent compter avec certitude sur le soutien efficace de ces délégués même ceux leur étant assermentés.
  • En outre les reports de candidats les uns sur les autres au fur et à mesure des abandons pose la question des reports des délégués déjà élus, ceux de Rick Santorum et Newt Gingrich principalement, et conduit les délégués pressentis à adopter une étiquette provisoire dont il est su qu’elle sera remise en question ensuite car ils n’ont plus de candidat naturel à soutenir. En théorie,  lors du premier vote à Tampa, ils pourraient voter pour leur candidat d’origine même si celui-ci a déjà annoncé son retrait de la primaire. Ils en seront cependant empêché par une règle qui vise à limiter les candidats supposés peu sérieux pour défavoriser les victoires dites à la « Harding » du nom du président du même nom. Cette règle exige un seuil de 5 états pour être présent sur la liste électorale de la convention nationale. Rick Santorum l’a déjà emporté dans 3 états et Newt Gingrich dans un unique état.  Dans la situation actuelle ils ne sont donc pas éligibles. Des conventions sont encore à venir mais il semble improbable que ces ex-candidats qui ont annoncé leur retrait passent le seuil à présent.  Ce qui laisse place à un duel entre Mitt Romney et Ron Paul lors de la convention nationale.

L’élection de Warren G. Harding  illustre ce principe. En 1921, ce candidat est arrivé avec une poignée de délégués alors que la convention du parti républicain était très divisée entre de nombreux autres candidats. Lors des trois premiers votes, sans surprise, il n’est apparu sur aucune majorité. Lors du quatrième vote, Harding a remporté l’investiture in extremis et, par la suite, a connu une victoire historique où il remporta la présidentielle avec 60,3% des voix contre seulement 34,2% pour le parti démocrate.

Une fois l’investiture aux primaires effectuée, un système de grands électeurs, similaire au système de délégués nationaux des primaires, interviendra pour les élections présidentielles proprement dites. Ce système est par exemple à l’origine de la victoire de George W Bush face à Al Gore. Al Gore avait remporté le vote populaire mais obtenu un peu moins de la moitié des grands électeurs, perdant ainsi les élections présidentielles. Ce système de délégués est également à l’origine de la victoire de Ronald Reagan, celui que les média nommaient « l’acteur de série B inéligible » et qui, par le soutien dévoué d’une large part de la population, avait obtenu plus de délégués que ses concurrents.

Ron Paul, qui n’en est pas à sa première élection présidentielle, avait annoncé dès avant la primaire vouloir concentrer ses efforts sur les États répondant à ce système de caucus et, plus largement, au processus de sélection des délégués. En effet, le système du caucus lui semble favorable à son principal atout, humain : une base militante abondante, active et dévouée présente dans de nombreux États. Il avait aussi annoncé le caractère paradoxal et le déroulement batailleur des caucus, afin d’y préparer ses troupes et ne pas laisser les médias se livrer, ce qu’ils ont néanmoins fait, à des lectures par trop hâtives à l’issue des premiers rounds que les supporters de Paul nomment « beauty contest ».

Concrètement Ron Paul multiplie actuellement les succès dans des États confédérés où le vote initial semblait s’être tourné massivement vers Mitt Romney. Ainsi en Louisiane celui-ci avait remporté 49% des voix et Ron Paul 6% mais à l’issue du caucus Ron Paul a emporté près des trois quart des délégués.  Selon Business Insider, un officiel de la campagne de Ron Paul estime que 1000 délégués pourraient être remportés par ce dernier en vue de la convention de Tampa.

A qui iront les 208 délégués remportés par Santorum, Gingrich, Perry et Bachman ? Le Paul Festival qui se tiendra à Tampa et aura pour but de séduire les délégués encore indécis ou soutenant Mitt Romney en offrant une démonstration de l’importance du mouvement soutenant Ron Paul la veille de la convention sera-t-il efficace ? Combien de délégués, convaincus que Mitt Romney a bel et bien remporté l’investiture et désireux de ne pas payer une somme importante pour participer à la convention nationale ne se présenteront pas, principalement chez les délégués alternatifs ?

Une incertitude résiduelle règne donc sur le résultat de cette nomination. Mitt Romney n’a pas encore remporté les primaires républicaines même s’il en est de très loin le favori.

 

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