Rémunération des dirigeants, les actionnaires se réveillent enfin

The Economist rapportait récemment que le PDG d’Aviva, un assureur britannique, allait passer GO sans réclamer son augmentation de salaire. Pourquoi? Les actionnaires, encore eux. Des grandes banques américaines se sauvent à des kilomètres de Wall Street pour tenir leurs assemblées annuelles, afin d’éviter de se faire invectiver par des activistes!

The Economist rapportait récemment que le PDG d’Aviva, un assureur britannique,  allait passer GO sans réclamer son augmentation de salaire. Pourquoi ? Les actionnaires, encore eux. Des grandes banques américaines se sauvent à des kilomètres de Wall Street pour tenir leurs assemblées annuelles, afin d’éviter de se faire invectiver par des activistes !

Par David Descôteaux, depuis Montréal, Québec.

Les actionnaires, surtout les gros, commencent à jouer dur.

Ceux d’Astral Media ont approuvé massivement jeudi dernier la vente de l’entreprise à BCE. Mais pas la prime de 25 millions $ qui devait être accordée au PDG Ian Greenberg. Astral a retiré cette résolution avant l’assemblée, sachant qu’elle aurait été battue au vote. Les actionnaires – notamment les institutionnels comme les caisses de retraite – ont mis leurs culottes. Et ils ont dit « niet ! »

Oui, M. Greenberg va récolter quelque 75 millions $ de la vente d’Astral. Mais c’est quand même lui qui a bâti l’entreprise (avec ses frères), et qui l’a fait croître.

Les hedge fund attaquent !

À l’assemblée annuelle du Canadien Pacifique le 17 mai dernier, les dirigeants de l’entreprise se sont fait montrer la porte, au grand dam du conseil d’administration. Le responsable : un groupe d’investisseurs mené par le fonds de couverture (hedge fund) new-yorkais Pershing Square et son fondateur, Bill Ackman. Ce dernier a orchestré une campagne pour obtenir les procurations nécessaires auprès d’une majorité d’actionnaires, dont le fonds ontarien Teacher’s et l’Office d’investissement du RPC, qui gère les épargnes des Canadiens.

Cette bagarre, qui a défrayé les manchettes pendant quelques jours, montre que les investisseurs institutionnels deviennent plus militants, plus exigeants, notait le Toronto Star il y a quelques jours.

On perçoit cette tendance ailleurs aussi. Le conseil d’administration de Yahoo a récemment subi les foudres d’un autre hedge fund, celui de Daniel Loeb. Après qu’on eut appris que le CV de l’ex-PDG Scott Thompson mentionnait un diplôme que M. Thompson n’a jamais obtenu.

Encore du chemin à faire

L’hebdomadaire The Economist rapportait récemment que le PDG d’Aviva, un assureur britannique, allait passer GO sans réclamer son augmentation de salaire. Pourquoi ? Les actionnaires, encore eux. C’est rendu que des grandes banques américaines se sauvent à des kilomètres de Wall Street pour tenir leurs assemblées annuelles, afin d’éviter de se faire invectiver par des activistes!

Colère passagère ou tendance lourde ? Espérons le deuxième. Il est temps que les actionnaires — les propriétaires de l’entreprise, après tout — se mêlent un peu plus de ce qui les regarde.

Mais le combat n’est pas gagné. Rappelons que lors de la récente assemblée annuelle de SNC-Lavalin, l’ensemble du conseil a été réélu les yeux fermés. Et ce, en pleine controverse de millions de dollars en paiements douteux dont on aurait perdu la trace. Il y a aussi Yellow Media, dont la débâcle a lavé nombre de petits actionnaires, tout en faisant pleuvoir des millions sur ses dirigeants.

Mais au moins, le vent semble tourner.

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