L’économie du bon sens (5) : Croissance plus contre croissance mieux, ou l’erreur keynésienne

Tous sont d'accord pour invoquer la nécessité de la croissance, mais sans être d'accord sur la façon d'y parvenir. Pourquoi?
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L’économie du bon sens (5) : Croissance plus contre croissance mieux, ou l’erreur keynésienne

Publié le 30 mai 2012
- A +

Tous les politiciens sont d’accord pour invoquer la nécessité de la croissance, mais sans être d’accord sur la façon d’y parvenir. Serait-il possible que toutes les façons d’envisager un retour à la croissance ne se valent pas ? « L’économie du bon sens » vous répond, de façon non conventionnelle, comme d’habitude. 

Par Vincent Bénard.
Cet article est la suite de « La croissance, pour quoi faire ? » paru récemment.

La croissance réelle et la croissance comptable

Le problème de la croissance est que ce phénomène, qui consiste, en gros, à faire mieux demain qu’hier avec moins de ressources (voir « la croissance, pourquoi faire ?« ), est souvent confondu avec sa traduction comptable, à savoir la variation du chiffre magique du PIB. Or, ce n’est pas mes lecteurs qui l’oublieront, une comptabilité, cela peut se manipuler. Et nombre de recettes keynésiennes ne semblent avoir pour but que de préserver un CHIFFRE de croissance présentable, sans se préoccuper des fondamentaux de cette croissance, soutenable ou pas. Voyons pourquoi.

La « croissance plus »

Imaginez que vous ayez un banquier incroyablement complaisant, qui vous prête chaque année, à des taux d’intérêts massacrés, l’équivalent de 20% de vos revenus, prêts que vous dépensez en partie en consommation courante : repas fins, voyages, écrans plats, voitures de luxe, etc. Ce banquier, non seulement ne fait aucune difficulté à vous reprêter une tranche de prêt arrivée à échéance, mais rallonge chaque année la sauce, ce qui fait que votre dette approche maintenant 6 années de vos revenus bruts, et que le seul paiement des intérêts représente 15% de ces mêmes revenus.

Même si vos revenus sont modestes, vous pouvez, avec un tel banquier, passer pour bien plus riche que vous ne l’êtes vraiment. Et tous les commerçants qui vivent de votre prodigalité, et de celle de vos voisins, qui fonctionnent selon le même principe, affichent des comptes joufflus et des mines réjouies. Bref, la communauté dans laquelle vous vivez affiche des chiffres de « croissance » acceptables, en partie grâce à cette capacité d’endettement qui parait infinie. C’est la « croissance plus », la croissance par « toujours plus de dette ».

Mais si le chiffre de croissance est bon, le phénomène sous-jacent est-il sain et soutenable ?

La « croissance plus », non durable

Votre banquier, celui qui vous prête ses fonds, à réussi à convaincre de nombreux épargnants, y compris étrangers, que vous étiez un bon débiteur : votre endettement est donc devenu un aspirateur de l’épargne mondiale. Le monde entier vous permet de vivre au-dessus de vos revenus. Génial, non ?

Seul petit problème : puisque votre banquier est complaisant, vous n’avez pas spécialement cherché à développer vos aptitudes à améliorer vos recettes propres. Vos compétences professionnelles ne se sont pas développées autant qu’elles ne l’auraient dû. Pire, les commerçants et entreprises qui vous vendaient leur production n’ont pas eu à se battre autant pour votre portefeuille que si vous aviez dû dépenser de l’argent bien plus durement gagné, et donc leur propre capacité à « proposer mieux demain qu’hier » ne s’est pas développée autant qu’elle aurait dû.

Et à la faveur d’une mauvaise année, vos revenus tombent, forçant votre banquier à vous prêter plus que d’habitude. Naturellement, cela est vrai pour vos voisins, et pour les commerçants dont vous êtes le client. Pire, certains de vos voisins se sont tellement mis dans le rouge que votre banquier, au lieu de leur prêter l’épargne des étrangers qui commencent à se méfier, va voir un imprimeur de sa connaissance et leur prête de l’argent créé ex nihilo, comme un vulgaire faux monnayeur. Malgré quelques contorsions sur les chiffres officiels, vous commencez à trouver que tout coûte plus cher. Juste au moment où vous pouvez dépenser un peu moins. Ballot, non ?

Votre banquier, et ceux qui lui apportaient leur épargne pour vous la prêter, prennent peur, vous concernant. Cela augmente votre taux d’intérêt : le paiement de ces derniers devient insupportable. Vous devez donc d’urgence réduire votre endettement. Il faut vendre les rares actifs que votre sur-endettement a permis de financer. Seulement, voilà, tout le monde a le même problème en même temps, ce que vous pouvez vendre vous permet de rembourser à peine 10% de votre dette. Un audit de votre situation financière fait apparaître que votre « solde patrimonial net » (en clair, vos fonds propres) est négatif, de trois fois vos revenus annuels ! [1]

Bref, vous êtes structurellement en faillite. Vous avez de la chance : votre banquier, au lieu de vous saisir, essaie de tergiverser et de trouver une solution pour sauver la face. Parce que lui aussi risque de tomber si votre faillite est déclarée.

Alors certains disent qu’il devrait continuer à vous prêter encore plus, et que l’imprimeur central n’a qu’à imprimer toujours plus de billets si les épargnants d’outre-monde restent frileux à votre égard. La fuite en avant dans la dette, pour continuer à faire semblant d’être riche, voilà la « solution » de certains.

Le ménage dont nous parlons, c’est la famille américaine ou espagnole qui a hypothéqué sa maison parce qu’elle croyait que sa valeur monterait éternellement. C’est surtout l’État – français, grec, américain… – et tous ceux qui vivent de sa dette : contractants publics, fonctionnaires, retraités, créanciers, et entreprises subventionnées. Cela en fait du monde ! Et tous ces gens ont pu dépenser parce que leur « bienfaiteur » pouvait s’endetter sans compter. Et tous leurs fournisseurs ont pu réduire leur effort pour améliorer leur offre, leur prix, leur productivité.

La « croissance plus », financée par la dette, c’est produire essentiellement à crédit plus de la même chose. Elle est insoutenable à terme. Fort heureusement, il existe une croissance plus vertueuse. Mais elle est plus difficile à mettre en œuvre.

La « croissance mieux » 

La croissance « mieux », que vous pouvez également appeler « croissance Schumpeterienne » pour paraître cultivé dans les dîners en ville, est celle qui répond à la définition donnée en début d’article : faire mieux demain qu’hier, et avec moins. Il existe deux moyens d’y parvenir, complémentaires l’un de l’autre :

  • créer des nouveaux produits et services qui rendent possible aujourd’hui ce qui ne l’était pas hier,
  • abaisser le coût au client final de produits et services existants.

À chaque fois qu’une entreprise abaisse le coût d’un produit que nous consommons, qu’elle le fait évoluer (ex : de l’ordinateur à la tablette) pour en rendre l’usage plus accessible, ou qu’elle invente totalement quelque chose qui n’existait pas, (le micro ordinateur, le tableur…), et qui élargit le champ de ce qui est possible, elle génère de la croissance.

Mieux encore : ceux qui abaissent le coût des services existants « libèrent » la place, dans le portefeuille des ménages, pour les services réellement nouveaux. La croissance par abaissement des coûts est donc indispensable à la croissance par création de nouvelles possibilités. Ces deux processus se renforcent mutuellement.

Cette croissance-là est parfaitement saine, fondée sur des cercles vertueux mais elle suppose que les entreprises puissent investir, en recherche, en développement, en déploiement, pour que ces améliorations puissent atteindre la clientèle.

La croissance « plus » étouffe la croissance « mieux »

Vous me direz : mais alors, la « croissance plus » ne pourrait-elle pas financer la « croissance mieux » ?

C’est ce qu’espèrent les keynésiens qui ont l’oreille des politiciens étatistes. Hélas…

Comme nous l’avons vu, le crédit trop bon marché permet de céder aux sirènes de la facilité, et conduit à privilégier au moins en partie le « plus » sur le « mieux ». En outre, ce crédit bon marché, éventuellement allongé de subventions elles-mêmes financées à crédit, peut aiguiller ceux qui auraient, en d’autre temps, chercher à faire « mieux », vers de mauvais investissements : trop de maisons construites, trop de magasins vides, trop de panneaux solaires, etc. La crise des subprimes aux USA, ou l’incroyable bulle immobilière en train d’éclater en Chine, sont les enfants de ce mal-investissement généralisé, entre autres exemples trop nombreux.

Pire encore : au fur et à mesure que les agents économiques entreprenants se rendent compte qu’une part croissante de leur clientèle risque l’insolvabilité, ou que les États risquent d’augmenter abusivement la masse monétaire, l’investissement productif devient perçu comme trop risqué, et les masses de capitaux ainsi détournées de la production se tournent vers des valeurs « refuges » comme… l’immobilier, ou l’or, ou le « Bund » allemand, risquant de créer autant de « bulles de la peur », qui ne produisent rien, par opposition aux « bulles de l’euphorie », qui, à défaut de bien allouer les ressources, laissent tout de même quelques actifs derrière elles.

Enfin, lorsque le débiteur surendetté est l’État, les agents économiques anticipent des hausses d’impôts, qui réduisent à la fois le capital dont ils pourraient disposer pour financer de la croissance qualitative, et l’envie des entrepreneurs potentiels de s’esquinter quatorze heures par jour en risquant tout ce qu’ils possèdent, pour financer l’incurie de la puissance publique. Ces anticipations alimentent un certain attentisme tant de la part des investisseurs que des consommateurs.

Bref, les excès de croissance « plus » étouffent la croissance « mieux ».

La relance keynésienne, vouée à l’échec

Les politiciens qui prétendent qu’il faut « refuser l’austérité » et « relancer la croissance » en ayant à l’esprit une relance de la consommation achetée à crédit par l’État se trompent lourdement : ils veulent maintenir l’illusion de « croissance plus », synonyme de bons chiffres du PIB, mais ce faisant, ils handicapent la bonne croissance, la « mieux », saine et soutenable. Les deux croissances ont le même effet comptable à court terme : un PIB qui monte, ou, en période de crise, qui ne baisse pas trop. Mais à terme, celle acquise par l’excès de dette mal employée doit être remboursée, et si cet excès est trop important, une récession, jouant le rôle de purge des erreurs passées, est inévitable.

Il n’y a pas d’autre choix : l’assainissement des dettes contractées en excès doit se produire.

Et il ne faut pas croire qu’un défaut sur la dette permette d’éviter cet « assainissement » que d’aucuns appellent « austérité ». Cet apurement peut se faire soit en faisant d’énormes efforts de remboursement, ce qui suppose de couper de nombreuses dépenses excédentaires, soit en faisant partiellement (voire quasi totalement, comme ce sera le cas pour la Grèce) défaut sur ses dettes, ce qui suppose AUSSI de couper de nombreuses dépenses excédentaires, parce que ce jour là, voyez-vous, vous ne pourrez plus compter sur votre banquier pendant quelques années pour boucher vos trous : vous ne pourrez dépenser que ce que vous pourrez faire rentrer.

Cet assainissement, s’il est de plus grande ampleur que la « croissance mieux » qui doit prendre le relais, provoquera inévitablement, dans un premier temps, une baisse du chiffre du PIB. Et plus nous nous entêterons dans la voie de la croissance « plus » à crédit, et plus le réajustement préalable au retour d’une croissance plus durable risque d’être douloureux, d’où l’intérêt de changer de cap économique le plus tôt possible.

Mais c’est le prix à payer pour que le couvercle qui retient les forces de la croissance qualitative puisse enfin être soulevé, et que nous puissions entamer un cycle vertueux de croissance soutenable. Et pour cela, outre des perspectives d’avenir stabilisées, il faut cesser de sur-réglementer l’entreprise et s’abstenir d’en punir fiscalement la réussite. Mais c’est un autre débat.

—-
Note :

[1] Le bilan au 31.12.2010 de l’état français fait apparaître une situation patrimoniale nette négative (fonds propres négatifs) de 750 milliards d’Euros, soit près de 3 fois ses recettes. Sa dette est d’environ 1500 Mds, pour un total de bilan de 750. Il peut espérer 105 milliards de recettes de privatisation des actifs gérés par Bercy.

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Lire également : 

Les articles de la série « L’économie du bon sens » :

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Sur le web

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  • Cet article rappelle des évidences qui devrait être reprises par des grands médias.
    Je ne sais pas par quelle méthode, mais les libéraux devrait entreprendre des actions pour permettre à des gens comme Monsieur Vincent BENARD de prendre part à des émissions comme C’ dans l’air.

    En effet nous sommes obligés d’écouter des crétins comme Bernard MARIS, sans que lui soit opposer des contradicteurs libéraux un peu « pêchus ».

    • C’est justement parce que c’est évident que ça ne fait pas sérieux.

      C’est comme les gens qui se plaignent du prix du logement mais qui ne trouvent rien de choquant dans l’interdiction par les communes de la construction ou de la densification (plans d’urbanisme)…

    • C’est vrai qu’en France on entend que des mauvais ou pseudos économistes qui veulent nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Bernard Maris est un cas. J’ai l’impression que les médias cultivent notre ignorance en invitant ce genre de personnes qui entonnent toujours les mêmes refrains absurdes. Mais où vont-ils les chercher?

  • Excellent article de Vincent!

  • c’est marrant j’ai pensé à la même chose quand j’ai lu cet artcile: pourquoi on ne voit jamais des gens comme Vincent Bénard dans les grands médias? Les idées sont là, il est temps de les faire entendre!

  • « Pourquoi ne voit on pas M. Bénard dans les grands médias »: Merci, public adoré, pour ce plébiscite.

    Si on met à part le tropisme étatiste des médias, il y a d’autres raisons plus basiques pour lesquelles ma présence médiatique reste faible:

    – Provincial indécrotatble, et ne pouvant me rendre disponible pour monter à paris d’un claquement de doigt pour aller sur un plateau, surtout prévenu la veille pour le lendemain, j’ai du répondre négativement à deux invitations plateau ces deux dernières années. Quand vous dites non une fois ou deux pour ce type de raison, vous êtes moins facilement réinvité après. Les gens de la télé ont besoin d’intervenants assez accessibles.

    – Du coup, sachant que je ne peux pas répondre facilement aux sollicitations, j’évite de trop les chercher: je néglige donc mes RP personnelles. Pas le temps, vie bien remplie par ailleurs.

    Donc, je fournis des idées, et j’invite ceux qui le peuvent à se servir pour aller les défendre ==>Division du travail.

    En ce qui concerne la presse écrite, j’avais eu accès au figaro à une époque, semble-t-il révolue, mais là encore, faute d’avoir consacré le temps nécessaire à cultiver mes relations, j’en porte une partie de la responsabilité.

  • Il fut un temps pas si lointain où la Stasi avait des oreilles dans les murs, c’était le communisme.
    Dans les pays occidentaux nous avons en plus des murs dans les oreilles, c’est le socialisme.
    Les plus dangereux terroristes qui terrorisent sans relâche sont les journalistes pravdaliens.
    « Il n’est cru si fermement que ce qu’on sait le moins, ni gens si assurés que ceux qui nous content des fables ». Montaigne

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