Eurozone : rien de réglé

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Les choses se corsent particulièrement depuis que les médias ont rapporté que la banque centrale européenne n’entendait pas lancer de nouvelles opérations de liquidités pour aider certaines banques grecques

Les choses se corsent particulièrement depuis que les médias ont rapporté que la Banque centrale européenne n’entendait pas lancer de nouvelles opérations de liquidités pour aider certaines banques grecques.

Par David Descôteaux, de Montréal, Québec.


Si vous habitez en Grèce ou en Espagne, à quoi ressemble votre liste de choses importantes à faire dans la journée ?

1— Vous vous réveillez.

2— Vous allez retirer de l’argent de votre banque.

3— Vous allez ensuite vous promener en scooter, sans casques, dans des rues étroites. Ou toute autre activité que font les gens dans ce coin de l’Europe.

Mais surtout, n’oubliez pas le point no 2.

C’est, grosso modo, le portrait satirique que brosse le conseiller financier Joshua Brown, sur son blogue The Reformed Broker.

Dans la seule journée de lundi, les Grecs ont retiré près de 900 millions de leurs comptes en banque. En Espagne, le journal El Mundo rapportait que les clients de la quatrième banque au pays, la Bankia, avaient retiré plus d’un milliard d’Euros de leurs comptes en l’espace d’une semaine.

Les choses se corsent particulièrement depuis que les médias ont rapporté que la Banque centrale européenne n’entendait pas lancer de nouvelles opérations de liquidités pour aider certaines banques grecques.

Plusieurs investisseurs craignent aussi l’effet domino, sur d’autres banques européennes, que pourrait entraîner une sortie possible de la Grèce de la Zone Euro.

Dans la brume

Les plus pessimistes, notamment l’ancien économiste en chef de la CIBC Jeff Rubin, craignent qu’un défaut de paiement grec envoie des ondes de choc à travers tout le système financier européen. Ce qui entrainerait de nouveaux sauvetages aux frais des États et des contribuables. Les effets pourraient même se faire sentir en Amérique, et ici même au Canada.

Les optimistes rétorquent que la Grèce et sa dette demeurent trop petites, dans l’ensemble du système financier, pour avoir un impact important. Et que les banques canadiennes sont très peu exposées au « risque grec ».

Le problème, c’est que personne ne peut savoir avec précision ce qui arrivera. En 2012, le système financier est tellement interrelié, il y a tellement de produits dérivés, de swap (des contrats d’échange de taux d’intérêt, de devises, d’assurances, etc.), et le système est tellement opaque, que personne ne peut prévoir avec justesse les répercussions d’une grosse banque qui ferait faillite. Ou d’un pays qui ferait défaut sur le paiement de sa dette.

Kicker la canette…

En fait, nous ne sommes jamais sortis de la crise de 2008. Nous pataugeons encore dedans, même si les gouvernements et les banques centrales ont réussi l’exploit de remettre à plus tard (près de 4 ans !) les problèmes.

Mais rien n’a vraiment changé. La réglementation des banques n’est toujours pas apte à prévenir d’autres gaffes qui devront être payées par les contribuables. En fait, selon la Réserve fédérale américaine, les grandes banques américaines sont encore plus grosses qu’avant, encore plus too big to fail !

La plupart des États sont encore plus endettés qu’ils l’étaient en 2008. Tout comme les individus, du moins au Canada.

On a donné un « coup de pied sur la canette » pour l’envoyer un peu plus loin. Là, comme dirait l’autre, on dirait que la canette s’apprête à revenir nous botter le derrière.

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