Dieu n’est pas keynésien

imgscan contrepoints 148 Hollande Père Noël

L’application des recettes keynésiennes nous a conduit à la faillite et a permis à notre « élite » de se maintenir au pouvoir. Économiquement, elle a piteusement échoué. Politiquement, elle a magnifiquement réussi, grâce a Keynes

L’application des recettes keynésiennes nous a conduit à  la faillite et a permis à notre « élite » de se maintenir au pouvoir. Économiquement, elle a piteusement échoué. Politiquement, elle a magnifiquement réussi, grâce a Keynes.

Par Charles Gave.

Tous les trimestres, dans toutes les grandes démocraties, nous assistons à la publication des résultats du « PNB » local  (produit national brut). Des centaines voire des milliers d’économistes attendent ces publications avec anxiété, tant les résultats risquent d’avoir de l’influence sur leurs carrières selon qu’ils les auront prévu convenablement ou pas (remarquons au passage que si quiconque pouvait prévoir quoi que ce soit, le socialisme fonctionnerait et l’Union soviétique serait le pays le plus développé du monde).

Ces résultats sont immédiatement intégrés dans des modèles « économétriques multi-variables », remplis d’équations mathématiques compliquées, censés encore une fois prédire l’avenir.

Avant même de commenter plus avant, remarquons que les meilleurs de ces modèles ont rarement une erreur d’estimation inférieure à la variation moyenne d’un trimestre sur l’autre du PNB officiel, ce qui fait irrésistiblement penser à la fameuse blague : « Les économistes ont été inventés pour que les astrologues aient l’air sérieux. »

Mais le pire, c’est que tous ces braves gens passent leur temps à essayer de prévoir l’évolution de quelque chose qui en bonne théorie économique ne veut strictement rien dire et que cela entraine des graves erreurs de politique économique.

Je m’explique.

En théorie, le PNB est censé être la somme des valeurs ajoutées créées dans un pays pendant la période sous étude.

Calculer la valeur ajoutée dans le secteur privé est très facile et s’apparente quelque peu  au calcul des bénéfices pour une société industrielle ou commerciale. Si on agrège toutes ces valeurs ajoutées, il est également aisé de calculer ce que l’on pourrait appeler le PNB du secteur privé, que l’Insee en son temps appelait le PNB « marchand ». Ce PNB marchand est établi en fonction de règles comptables simples et compréhensibles qui sont parfaitement compatibles avec la théorie de la valeur subjective des Autrichiens (la seule valable), dans la mesure où toutes les transactions qui sont à l’origine de ces calculs sont volontaires, faites dans un marché concurrentiel et à partir de prix libres.

Ce n’est pas du tout le cas dans le secteur public.

Là, il n’y a pas de prix de marché, la concurrence n’existant pas dans les « services  publics » dont nul ne sait comment calculer la rentabilité. Comment calculer la valeur ajoutée créée par l’arme atomique, la police, la Sécurité Sociale ou l’ANPE ?

Devant cette difficulté conceptuelle une solution toute simple a été trouvée : la valeur ajoutée créée par le secteur non marchand sera égale à la somme des salaires versées par l’État à tous ses employés. Le PNB français va donc monter prochainement de la somme des salaires versés par Monsieur Hollande aux 60.000 nouveaux professeurs qui vont être embauchés, ce qui sera salué avec enthousiasme par les supporters du nouvel élu.

Peut-être ces 60.000 nouveaux professeurs vont-ils créer de la valeur ajoutée, peut-être ne vont-ils rien créer du tout si ce n’est des déficits budgétaires accrus, personne ne peut le dire ni le calculer. Ce qui veut dire en termes clairs que la part « étatique » du PNB est calculé selon les principes de la valeur travail, chers à ce bon vieux Marx.

Le PNB est donc le résultat de l’addition de deux agrégats, l’un calculé selon la théorie de la valeur autrichienne et l’autre selon la théorie de la valeur marxiste dont chacun a pu constater les mérites en URSS, au Cambodge ou dans la Chine  maoïste.

Or ces deux théories sont complètement incompatibles l’une avec l’autre. On additionne donc gravement des pommes et des oranges selon la plus vieille méthode qui date des origines de l’humanité celle dite (en anglais) « GIGO » ou « garbage in, garbage out » (ordures en input=ordures en output), ce qui est tout simplement hilarant.

Prenons l’exemple de la France.

Depuis 1992 (vingt ans), c’est à dire depuis la politique d’abord du franc fort et ensuite de l’euro, en termes nominaux, l’économie « marxiste » a cru de 4% par an et l’économie libérale de 1,5% alors qu’auparavant, les deux économies avaient des taux de croissance similaires. De ce fait, le poids de l’État dans l’économie a considérablement augmenté, et comme nous n’avons jamais présenté un budget en équilibre depuis 1973, la dette a explosé puisque l’État ne se finance pas en réinvestissant des profits, mais en émettant de la dette pour régler ses factures.

Cette hausse structurelle du poids de l’État a entraîné une baisse tout aussi structurelle du taux de croissance de notre pays et bien sûr un sous-emploi et donc un chômage en constante progression. La France a le record mondial du chômage de longue durée. On a les records mondiaux que l’on peut. [1]

Et tout cela s’est fait alors même que la population était persuadée par les media que tous ses malheurs venaient d’un libéralisme débridé.

Parler des excès du libéralisme alors même que le poids de l’État dans l’économie ne cesse d’augmenter constitue en fait la vraie, la seule « exception culturelle Française ». Pour être honnête, pendant ces vingt ou ces trente dernières années, la gauche et la droite ont alterné au pouvoir sans que l’on puisse remarquer la moindre différence.

En dehors de l’erreur de politique monétaire (franc fort, euro, largement supporté par les deux camps) qui explique largement les désastres actuels (merci Monsieur Trichet), remarquons quand même que toutes les élites françaises communient sur les autels de l’Église keynésienne et que c’est sans doute là que se trouve l’explication.

L’application de recettes keynésiennes nous a conduit à  la faillite, comme on pouvait s’y attendre. Mais cela a permis à cette soi-disant élite de rester au pouvoir. Économiquement, elle a piteusement échoué. Politiquement, elle a magnifiquement réussi, grâce a Keynes.

Il faut donc la féliciter et souhaiter bonne chance à son dernier représentant qui vient d’être élu, tout en souhaitant qu’une fois au pouvoir Saul se transforme en Paul de Tarse.

Une petite remarque en terminant.

Quand nous avons été chassé du Paradis, Dieu ne nous a pas dit « consommez, empruntez, la croissance suivra » mais bien « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Ce qui veut dire, si je comprends bien : tu bosses et après tu consommes, si tu as bien bossé. À mon humble avis, Dieu n’est pas keynésien. Comme le disait Reagan : « Les économistes sérieux croient en Dieu, les Keynésiens croient au Père Noël. L’embêtant c’est que le Père Noël n’existe pas. »

Nous sommes le 25 décembre au matin et les Français vont se rendre compte qu’il n’y a rien dans leurs chaussures. Le monde est injuste.

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Sur le web.

  1. Pour plus d’explications voir mon ouvrage L’État est mort vive l’état, chez  François Bourin éditeur.