Nous avons besoin de créer de la richesse, pas du travail

L’État ne veut pas créer de richesse, il veut créer de l’emploi

L’État ne veut pas créer de richesse, il veut créer de l’emploi. Et il le veut parce que son pouvoir se base sur le fait que des millions de personnes croient que leur subsistance dépend du bon vouloir et la capacité de gouverner de l’État, au lieu de croire dans leur propre capacité de créer de la richesse pour vivre sans dépendre de personne.

Par Fernando Parrilla (*)

Un des principaux problèmes que connaît actuellement notre société est que nous sommes gouvernés par des gens dont le principal talent est leur capacité à contenter la majorité. Ce qui ne veut pas dire, loin de là, que leurs politiques favorise ladite majorité, mais que par le moyen de la démagogie, les mensonges et la propagande, ils sont capables de faire croire à des millions de personnes aux intérêts opposés qu’ils sont les bénéficiaires de l’action gouvernementale.

Ce qui fait que les idées qui prédominent dans la société ne sont pas celles qui se sont démontrées utiles à leurs citoyens, mais celles qui permettent aux politiciens d’arriver au pouvoir.

Un exemple d’idée absurde est le mantra sur l’impérieuse nécessité de créer de l’emploi. On confond le désir d’une bonne partie de la population de percevoir une rétribution de forme stable et périodique, leur assurant une vie confortable, avec le but ultime de l’économie nationale. La propagande a tellement bien pris que beaucoup d’entrepreneurs eux-même se vantent qu’un de leurs objectifs principaux est de créer des postes de travail.

Bien entendu, cette curieuse forme de penser ne s’applique qu’à la politique ; si quelqu’un voit son voisin creuser un trou en milieu de son jardin, pour le reboucher ensuite, simplement pour avoir du travail, il pensera immédiatement qu’il est cinglé. Par malheur, le pourcentage de personnes qui arriveraient à cette conclusion diminuerait considérablement en se rendant compte que la municipalité les paie pour réaliser cette fonction, créant ainsi un poste de travail.

Pour arriver à ce que le pourcentage d’enthousiastes de ce genre de politiques soit encore plus élevé, il est coutume de décorer les emplois avec une certaine valeur sociale. Quelqu’un pourrait s’opposer à payer un salaire pour creuser des trous et les reboucher, mais il est beaucoup plus difficile de le faire si l’on a des trottoirs neufs ou que sont créés des secteurs qui seraient supposés apporter des innovations.

Le problème est qu’en temps de crise, comme actuellement, il n’y a pas d’argent public pour payer des travaux où l’on ne crée pas de richesse de forme objective ; soit on emploie le temps dans quelques chose pour laquelle une autre personne est disposée à renoncer à une partie de sa richesse en échange, soit il n’y aura pas moyen de créer un emploi.

À cause de cela, les politiciens optent pour une autre voie pour ne pas renoncer à intervenir dans le processus : inciter l’embauche, que ce soit en éliminant les barrières installées par eux-mêmes sous forme de régulations, en réduisant les impôts sur le travail comme des cotisations sociales ou en concédant des réductions fiscales aux entreprises qui créent des postes de travail.

À simple vue, des mesures qui réduisent des impôts et éliminent des régulations ne semblent pas mauvaises. Mais si l’on analyse avec soin, la réalité est autre.

La réduction de régulation pour diminuer la surprotection des travailleurs de la part de l’État n’a pas d’effets bénéfiques si une majorité sociale ne comprend pas que cette surprotection est injuste et porte préjudice. Surprotection injuste pour les entrepreneurs et les travailleurs qui veulent négocier leurs conditions en dehors du contrôle étatique (et ses satellites syndicaux), et surprotection qui porte préjudice à l’économie en ce qu’elle ne permet pas la flexibilité nécessaire pour avoir une économie dynamique et compétitive.

Si cette compréhension ne se fait pas, les réformes du travail ne sont rien d’autres qu’une tentative du gouvernement de proposer quelques services pour éviter que la vache meure de faim, la laissant aller brouter cinq minutes par jour. C’est mieux que rien, mais la vache finira par mourir.

La même chose se passe avec la réduction d’impôts sur le travail, ou les cotisations à la sécurité sociale de la part de l’entrepreneur. Le système de sécurité social est une escroquerie de type pyramidale. Ce n’est pas moi qui le dit, mais tout le monde. Par conséquent, libérer les entrepreneurs de payer une partie de cette escroquerie sans reconnaître que le système n’est pas tenable et permettre aux actuels cotisants de chercher une alternative sensée (capitalisation), c’est nous condamner à payer via la TVA, ou n’importe quel autre impôt, les pensions actuelles et futures. Une fois de plus, on essaie de maintenir le système opérationnel jusqu’à ce qu’il se bloque, sans apporter une solution réelle.

Pour finir, concéder des réductions fiscales à une entreprise pour le fait de créer des emplois est absurde et injuste. Absurde parce créer un poste de travail seulement pour le créer ne bénéficie qu’à la personne engagée. Injuste parce que l’économie ne s’améliore pas du fait qu’une entreprise crée un poste de travail, l’économie s’améliore si un entrepreneur est capable de construire un modèle de négoce pour lequel il génère plus de richesse qu’il n’en consomme. Ou dit d’une autre manière : une entreprise qui est capable de gagner €10 millions avec 10 travailleurs est beaucoup plus bénéfique pour l’économie qu’une autre qui gagne la même chose avec 10.000 travailleurs. Pourquoi faudrait-il récompenser la seconde et non la première avec une réduction fiscale ?

La triste réponse est l’antithèse au titre de ce commentaire : l’État ne veut pas créer de richesse, il veut créer de l’emploi. Et il le veut parce que son pouvoir se base sur le fait que des millions de personnes croient que leur subsistance dépend du bon vouloir et de la capacité de gouverner de l’État, au lieu de croire dans leur propre capacité de créer de la richesse pour vivre sans dépendre de personne. D’être libres.


(*) Fernando Parrilla est un collaborateur de l’Instituto Juan de Mariana.

Traduit de l’espagnol.