Les artistes ont toujours aimé l’argent

La journaliste du Point, Judith Benhamou-Huet, spécialiste du marché de l’art, livre une véritable enquête sur le rapport à l’argent des artistes dans l’histoire

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Rubens - Chisea Nueva - copie.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les artistes ont toujours aimé l’argent

Publié le 13 mai 2012
- A +

La journaliste du Point, Judith Benhamou-Huet, spécialiste du marché de l’art, livre une véritable enquête sur le rapport à l’argent des artistes dans l’histoire.

Un article de l’Institut des Libertés.

Henri Miller écrivait que « La meilleure façon de tuer un artiste est sûrement de lui donner tout ce dont il a besoin ». C’est effectivement à cause de telles citations que l’on imagine trop souvent les grands artistes du passé comme des êtres moribonds, vivant pour leur art, sans trêve, sans repos , sans sommeil. Certains, auraient ainsi trahi leur caste  en se vendant de façon éhontée au grand capital ; on pense à Jeff Koons, Damien Hirst et Haruki Murakami.

La journaliste du Point, Judith Benhamou-Huet, spécialiste du marché de l’art, livre une véritable enquête sur le rapport à l’argent des artistes dans l’histoire : Les artistes ont toujours aimé l’argent, de Judith Benhamou-Huet (Grasset, 250 p., 14 euros, sorti en librairie le 2 mai). L’auteur y  bouscule avec brio toutes les idées reçues sur les milieux artistiques et l’art.

Dans le désordre, on y croise une galerie de portraits d’artistes qui aimaient l’argent :

– Albrecht Dürer, le célèbre peintre de la Renaissance allemande, fut un champion de l’autopromotion, et ses gravures représentèrent une vraie manne financière.

– Rubens a laissé une abondante correspondance qui amène à penser que sa nature profonde n’était pas si désinvolte que cela. Ainsi en 1606, il écrivait à son protecteur Romain :

J’avoue en toute franchise à votre seigneurie que j’ai cédé à la nécessité, ne pouvant plus tenir mon rang à Rome, avoir une maison et deux domestiques depuis un an, avec les 140 écus que j’ai reçus, en tout et pour tout, de Mantoue depuis mon départ.

Rubens - Chiesa Nuova.

En 1607, il réalise à Rome un tableau destiné au maître-autel de la Chiesa Nuova. Mais la toile, une fois placée, ne rend pas l’effet escompté. Il doit en réaliser une copie dans une technique différente qui jouera plus habilement de la lumière. C’est pourquoi il tente de vendre la version initiale au duc de Mantoue et déploie des trésors de persuasion qui n’ont d’égal que son toupet :

C’est de loin la meilleure toile que j’aie jamais faite et je ne me déciderai pas volontiers à faire, de nouveau, un aussi considérable effort. D’ailleurs, si j’y consentais, il est bien douteux que ses résultats fussent aussi heureux.

– Le Titien était un redoutable opportuniste et savait faire flatter à loisirs, portraits à l’appui.

– Quant à Canaletto, il fut un « stratège de l’export ». Soutenu par un mécène et homme d’affaires britannique, il inonda l’Angleterre de ses spectaculaires vues de Venise. La Venise de Canaletto sera dorénavant celle des ciels immenses, des fêtes somptueuses, du Grand Canal toujours plus grand et des édifices reproduits avec une précision chère aux scientifiques. Il utilise la « chambre optique » ou « camera obscura » pour copier le réel plus rapidement et joue avec grande habileté sur les effets de perspective. Des vues architecturales, des vues inventées, à la rigueur rêvées, mais des paysages, toujours des paysages, rien que des paysages. Canaletto est connu pour cela, et il ne s’aventurera jamais, tout au long de sa carrière, sur des terrains incertains qui pourraient risquer de ne pas produire d’argent.

– René Magritte, le peintre de la pipe se transforma en copiste de ses œuvres à succès.

Preuve en est que les artistes, aussi, sont des hommes comme les autres.

 

 

—-
Sur le web.

Voir les commentaires (4)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (4)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
artistes engagés
5
Sauvegarder cet article

Que de brillants talents qui ne peuvent s’empêcher de s’engager, autrement dit de l’ouvrir, pour asséner des leçons d’humanisme à cette populace qui ne comprend décidément rien.

Un certain nombre de saltimbanques quelque peu ... Poursuivre la lecture

En 1974, l'économiste Richard Easterlin a démontré de manière empirique une relation étrange entre le bien-être et le PIB par habitant : à long terme, il ne semble pas exister de causalité entre la croissance du PIB, ajusté de l'inflation, par habitant et le bonheur.

Entre 1973 et 2004 par exemple, alors que le PIB réel par habitant a doublé aux États-Unis, le bonheur est resté constant (voir graphique ci-dessous). Cependant, lorsque l'on regarde la situation à un instant t, il apparaît tout de même que l'argent fait un peu le bonheur ... Poursuivre la lecture

Par Johan Rivalland.

Le titre de l’ouvrage est bien vu. Car en écoutant la plupart de nos politiques et des économistes qui les environnent, nous pouvons avoir vraiment l’impression que l’argent est devenu magique. Et il est un fait que bercer les Français de ce conte pour enfants est extrêmement dangereux. Il fut un temps pas si lointain où – bien que la France fût déjà bien endettée – injecter quelque 17 milliards d’euros dans des mesures destinées à calmer les révoltes paraissait presque insensé, vu la situation de nos finances. Il ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles