Un nuage d’emploi dans votre relance keynésienne ?

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En France, les quatre secteurs de croissance d’une économie de la connaissance sont totalement ou partiellement nationalisés et mon petit doigt me dit, que cela n’est pas prêt de changer. Et cela n’a rien de rassurant.

En France, les quatre secteurs de croissance d’une économie de la connaissance sont totalement ou partiellement nationalisés et mon petit doigt me dit, que cela n’est pas prêt de changer. Et cela n’a rien de rassurant.

Par Charles Gave.
Article publié en collaboration avec l’Institut des Libertés.

Pour nombre d’hommes politiques, François Hollande en tête, travailler implique de porter des maillots de corps, un casque et de transpirer abondamment en remuant des choses fort lourdes. Or, le travail dans nos pays a complètement changé de nature. D’où les difficultés à comprendre le monde actuel, et à prendre les bonnes décisions.

Comme je l’ai déjà souvent rappelé, nous sommes entrés depuis un moment dans ce qu’Alvin Toffler appelait « l’économie de la connaissance ».

La définition du travail utilisée par nos hommes politiques, qui de toute façon n’ont jamais vu une pelle ou une pioche de leur vie, est complètement obsolète. Où les français vont-il trouver du travail dans cette nouvelle économie ? Ce travail nécessaire à relancer cette fameuse croissance magique dont on fait état urbi et orbi.

Pour la France, quatre secteurs sont envisageables :

  • L’éducation. Jusqu’à plus ample information, l’éducation reste la façon la plus rapide et la plus efficace de transmettre la connaissance. Les zones de croissance les plus fortes aux États-Unis, en Grande-Bretagne, sont situées aux alentours des grandes universités. En Suède, où le chèque éducation est en place, le prix de l’immobilier autour des bons établissement primaires et secondaires s’envole .
  • La qualité de vie et la santé. La demande est ici quasiment infinie. On va certainement assister à la fusion de la biologie et de la médecine.
  • La gestion de l’épargne des particuliers et des systèmes de retraite. Les grands organismes de gestion collective de l’épargne, fonds de pension appartiennent au passé et chaque citoyen devrait pouvoir gérer librement ses actifs et son passif, c’est-à-dire le niveau et la forme que prendra son endettement.
  • La logistique et l’informatique. On songe à la célèbre formule de Rommel : « les amateurs s’occupent de stratégie, les professionnels de logistique ». Le contrôle et la gestion des systèmes d’information vont être des composantes essentielles de la croissance.

Or, en France, aujourd’hui, ces quatre secteurs de croissance, sont totalement ou partiellement nationalisés et mon petit doigt me dit, que cela n’est pas prêt de changer.

  • L’éducation est dans les mains de l’État, et sous contrôle total des syndicats corporatistes.
  • Dans le domaine de la santé, notre sécurité sociale a été nationalisée et chaque nouvelle réforme de notre système de soins l’enfonce de plus en plus dans l’étatisme.
  • Les retraites. Pour des raisons idéologiques, les régimes politiques qui se sont succédés ont refusé d’accorder aux Français la retraite par capitalisation dont bénéficient pourtant des pays comme la Suède. Sous la pression des circonstances, un succédané s’est mis en place sous la forme de l’assurance-vie. Malheureusement, le système fiscal favorise l’achat d’obligations d’État. Cela conduit au tour de passe-passe suivant : les Français sortent d’un système qui  va faire faillite pour des raisons démographiques et y retournent aussitôt en achetant des obligations de ce même système. Comprenne qui pourra.
  • La recherche et le logistique. Là encore une fiscalité aberrante, une absence d’indépendance et de ressources financières des centres de savoir que devraient être les universités et l’existence d’une administration nationalisée et centralisée de la recherche sous la forme du CNRS, toutes les conditions sont réunies pour déboucher sur une stérilité quasi totale.

En France, la nationalisation de fait de ces quatre secteurs rend toute création d’emplois impossible et RIEN ne pourra empêcher la destruction d’emplois dans les autres secteurs.

Quand un pays cesse d’être compétitif, d’habitude, sa balance commerciale se détériore. C’est bien ce qui est en train d’arriver à la France depuis l’arrivée de l’Euro. Sans l’Euro, quelque chose d’aussi stupide que les 35 heures auraient dû être payé « cash » par une solide dévaluation. L’Euro a empêché ces ajustements d’avoir lieu et donc notre déficit extérieur ne cesse de se creuser (d’environ un peu moins de 1% du PNB par an). Et encore et toujours, nous finançons ces déficits en ayant recours à l’emprunt. Aujourd’hui plus de 60% des dettes émises par l’État français sont détenues par des étrangers, qui donc d’abord nous prêtent de l’argent pour que nous puissions payer nos fonctionnaires et ensuite nous re-prêtent de l’argent pour que ces fonctionnaires puissent acheter des biens produits à l’étranger.

L’Euro est l’outil qui permet aux rentiers français d’avoir un niveau de vie supérieur à celui qui devrait être le leur. Cette prime au rentier est payée par les entrepreneurs et les travailleurs du secteur privé. Mais cela veut dire en termes simples que le niveau de vie français d’aujourd’hui n’est pas un niveau de vie gagné, mais bien un niveau de vie emprunté.

C’est ce que les Grecs ont fait pendant les vingt dernières années, et le moins que l’on puisse dire est que le réveil a été dur…

Dés lors, j’ai une question pour Monsieur Hollande : prendrez-vous un nuage d’emplois dans votre relance keynésienne ? Entendons nous, « la croissance », dans l’absolu, je suis pour. La croissance sans création d’emplois et donc de richesses,  je ne l’ai jamais croisée, preuve en est qu’après 40 ans de vie des marchés et du monde économique, il me reste encore beaucoup à apprendre et je m’en réjouis.


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