Hollande président ? Bof. Et après ?

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Finalement, Hollande président, ce ne sera pas différent de Sarkozy : plus de socialisme, plus de dettes, moins de libertés.

Le second tour approche à pas de loups et les sondages, la presse, les journalistes, les politiciens et les Français sont formels : Sarkozy va y laisser sa chemise. Avec une telle unanimité, on se demande même si le vote de dimanche prochain a une quelconque importance. Partant de cette constatation d’évidence, tout le monde doit donc se préparer à cette fameuse occurrence : François Hollande devient Président de la République…

Nous sommes donc le 7 mai. La France est euphorique : toutes les forces vives de la Nation, qui n’en pouvaient plus d’une droite rétrograde et calcifiée, se sont unies dans un élan passionnel et unanime pour bouter la sclérose hors du pays et porter, dans une vague puissante et joyeuse, l’homme providentiel qui a su insuffler un vent nouveau d’espoir, de courage, d’honnêteté, de volontarisme et — il faut bien le dire — de prestance dans une nation maltraitée par des années de conservatisme aux senteurs naphtalines qui rappelaient les heures les plus sombres de notre Histoire…

François Hollande est donc élu Président de la République avec un score ne laissant aucun doute sur sa capacité à mener le troupeau le pays vers de riants pâturages. Sa carrure puissante de quinquagénaire taillé dans du bois brut, son regard d’aigle, ses muscles turgescents de forçat du travail d’État font frémir les femmes de tout le pays et il sait déjà qu’il pourra compter sur le soutien de toutes ces ménagères enamourées. Quant aux hommes, ils savent déjà reconnaître en lui le mâle alpha qui pourra donner une direction claire et combattre tous les ennemis de la Nation, qu’ils soient des méchants marchés financiers, du capitalisme apatride, ou de la mondialisation anonyme et ultra-libérale.

Bien.

Winnie HollandeCeci posé, et l’euphorie retombée, voici donc François dans la place. Que se passe-t-il à présent ? Certes, ses premiers jours sont consacrés à l’établissement d’un gouvernement qui devra attendre sagement le renouvellement de l’Assemblée Nationale, l’actuelle, violemment de droite, ne pouvant pas le soutenir. Pendant le mois qui vient, il s’agira essentiellement de gérer les affaires courantes. Ce qui veut dire que sur les 100 jours qu’on accorde généralement comme état de grâce, il en passera une trentaine à régler les petits papiers du précédent gouvernement. Le changement, c’est pour plus tard.

Pendant ce mois, on peut imaginer quelques événements extérieurs qui semblent assez logique : contrairement à ce qu’on murmure un peu partout, je ne pense pas que les marchés s’en donneront à cœur joie pour dézinguer le CAC. Il est probable que l’élection de Hollande se traduise de façon relativement modeste dans les cours de Bourse. En revanche, l’État français, bien que disposant d’un nouveau chef, et aussi formidable et majestueux soit-il, devra continuer à faire appel à ce fameux marché pour emprunter et payer les dépenses courantes.

Le calendrier des adjudications de l’Agence France Trésor est disponible en ligne et on peut par exemple constater que le 9 mai, le 16 mai et le 22 mai, la France va continuer à utiliser son gros crédit-revolving. Et à ces dates, on pourra mesurer, de façon assez précise, non pas ce que vaut vraiment le petit François, mais la confiance de tous les partenaires de l’État français dans sa capacité à rembourser ses dettes. Et là-dessus, François n’y pourra absolument rien.

Hollande élu, il faudra tout de même trouver les dizaines de milliards d’euros qui manqueront pour boucler le budget courant d’ici à la fin de l’année. Certes, c’est la fotalaméchante droite, un tel déficit, mais il n’en reste pas moins que, petits poings fermés ou pas, gouvernement socialiste ou pas, Hollande ou pas, il faudra bien combler ce nouveau trou-là.

Hollande élu, il faudra tout de même juguler les 3 millions de chômeurs qui s’agglutinent devant les portes d’un Pôle Emploi inefficace et désuet. Certes, ces millions de malheureux sont le résultat évident d’une politique calamiteuse d’une droite décomplexée qui n’a pas suffisamment assommé les riches patrons d’impôts pour les inciter à embaucher massivement. Mais peu importe : ces millions de chômeurs ne vont pas disparaître une fois le président et son gouvernement renouvelé. Ces chômeurs ne vont pas se dissoudre dans le bonheur sucré d’une assemblée nationale renouvelée d’un bloc vers la gauche, youkaïdi, youkaïda.

Soyons bien clairs : contrairement à certains articles, contrairement même à ce que disait Sarkozy, ce fourbe corporatiste qui aura mis la France dans l’ornière, Hollande élu ne constituera pas le début de l’Armaggedon, la fin du monde, le cataclysme socio-politique que certains s’évertuent à décrire avec force détails sur tous les supports, Facebook inclu.

En réalité, devant ces difficultés évidentes, Hollande sera, finalement, exactement comme Sarkozy et devra surtout composer avec des marges de manœuvre extrêmement réduites.

L’État n’a plus un rond. Hollande, comme Sarkozy, devra donc aller en trouver auprès des marchés, ceux-là même qu’il fustigeait mollement dans quelques-uns de ses discours les plus palpitants.

L’Europe est en récession. Hollande, comme Sarkozy, devra composer avec des partenaires européens, Anglais, Allemands, Espagnols, Portugais, Italiens, Grecs, qui ont déjà commencé à sentir le vent des boulets. Pour ces partenaires-là, le mot rigueur est sérieusement plus concret, et notre super-héros chucknorrissien va donc être confronté, tôt ou tard, à cette réalité-là aussi, ne serait-ce que par ricochet (n’oublions pas que les frontières françaises sont étonnamment étanches aux nuages radioactifs, à l’inflation, à la mondialisation et à la récession mondiale).

Bien sûr, Chuck Hollande a tout de même plusieurs armes décisives dans sa panoplie de politicien ninja.

D’abord, c’est un socialiste. Ce qui veut dire que tout ce qu’il fera sera immédiatement frappé du sceau de la moralité et de la gentillesse qui évitent les grèves, les mouvements syndicaux, les broncas parlementaires et les hurlements stridents de la presse. Les mesures d’austérité (qu’il appellera autrement, évidemment) passeront donc comme une lettre à la poste, et certains souriront même : trop super, les burettes de vaseline seront gratuites !

Ensuite, l’habile Machiavel de la gauche a truffé son programme de petites pépites qui permettront d’enrober ses mesures les plus impopulaires dans un bon chocolat de moraline sucrée. Une augmentation d’impôts ? Zouf, on propose un grand référendum ou une discussion parlementaire maousse pour une loi cadre sur l’euthanasie ! Une TVA à 33%, des taxes comme s’il en pleuvait ? Paf, on enrobe ça d’une refonte du mariage incluant les personnes de même sexe ! Une diminution des remboursements de la sécu, une inflation qui devient subitement gênante ? Pas de panique, zip, zoup, on introduit le vote des étrangers dans la machine et l’affaire est réglée !

Et le mieux, c’est que ces changements sociétaux ne coûtent officiellement pas un rond sur le budget ! Tout comme l’abolition de la peine de mort avec Mitterrand, on sait que ces mesures seront utilisées ensuite pour glorifier le quinquennat hollandiste dans une iconographie populaire déjà en cours d’impression.

Mais une fois la poussière des âpres débats sur ces questions fondamentales (qui n’a pas eu, un jour, à euthanasier un enfant adopté par un couple gay qui venait de se marier, hein ?) il n’en restera pas moins vrai que les difficultés économiques des individus lambda, en France, seront exactement les mêmes.

Hollande président ne changera pas des masses de Sarkozy, en définitive. Son style, bien sûr, sera différent : moins de tics, moins de paillettes et d’ostentation pénible, moins d’esbroufe. Mais tout autant de bidouille à la marge et tout aussi peu d’argent pour les mettre en musique. Ce sera, finalement, comme d’habitude en France : plus de socialisme, plus de déficits, plus de dette, plus de malheurs pour les individus, moins de libertés…

Hollande président ? Bof. Et après ?

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