Quand un socialiste a creusé une petite avance sur l’autre

Il ne faisait aucun doute qu’un socialiste gagnerait le premier tour de l’élection française. La raison en est, à part une partielle exception, que tous les dix candidats ont préféré des politiques socialistes.

Il ne faisait aucun doute qu’un socialiste gagnerait le premier tour de l’élection française. La raison en est, à part une partielle exception, que tous les dix candidats ont préféré des politiques socialistes.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni.

Bonnet rouge et rouge bonnet

Il ne faisait aucun doute qu’un socialiste gagnerait le premier tour de l’élection française. La raison en est que, à part une demi exception, que tous les dix candidats ont préféré des politiques socialistes. Sarkozy a fait campagne dans cette élection en promettant de rendre la France « plus forte que les marchés ». François Hollande a promis un taux d’imposition pour les hauts salaires de 75 pour cent et une expansion énorme de la masse salariale de l’État. Marine Le Pen a abandonné la rhétorique anti-profiteurs de son père et a fait campagne sur un programme qui, en matière économique, était bien plus à gauche que celui de Nicolas Sarkozy.

Parmi les sept autres candidats, un seul s’est positionné entre Sarko et Hollande, un autre s’est présenté sous la bannière des Verts et pas moins de quatre ont fait campagne avec des programmes trotskystes ou communistes. Le seul candidat qui aurait pu être considéré centre droit dans un autre pays était le gaulliste Nicolas Dupont-Aignan, qui a fait moins de 2 pour cent des votes exprimés. Et même lui a affrété sa rhétorique d’une bonne dose de protectionnisme et d’anti-américanisme.

On aura droit à une flopée de commentaires dans les journaux à la suite des résultats du premier tour, avec des titres allant du virage toute à gauche, des marchés qui vacillent, de la menace pour le traité FU [Fiscal Union, ou union fiscale, sigle utilisé par D. Hannan parce qu’il évoque l’invective f*** U, NDLR], de la menace sur l’euro. Mais même avec tout ça, je ne m’attends pas à voir beaucoup de changement. « Hollande est à la gauche de la rhétorique de Sarkozy, mais il n’est pas sur sa gauche en ce qui concerne ses résultats », me dit une amie française, l’une des rares libérales véritables de ce pays. Elle, comme beaucoup de Français qui se prononcent pour le libre-marché, s’est réfugiée dans ce que les Français appellent un « vote blanc » – ce qui est en fait, un bulletin de vote nul.

Comme tous tombent d’accord sur le protectionnisme et le dirigisme dans les affaires intérieures, on peut s’attendre normalement à ce que Sarko et Hollande y soient également favorables à Bruxelles. Ne vous laissez pas berner par le simulacre de combat sur le traité FU. Quel qu’en soit le gagnant, la France restera attachée à une UE puissante et prodigue. Les deux hommes veulent un large fonds de sauvetage, une imposition commune au niveau européen et des mesures répressives envers « les marchés ». « Merkozy » pourrait se transformer en « Mellande » ; d’un point de vue britannique, on n’y verra que très peu de différence.

Pour expliquer ce qui vient d’arriver, nous avons besoin d’utiliser deux mots français, qui tous deux ne se traduisent pas très bien en anglais. Le premier c’est « l’insécurité » qui, dans ce contexte politique, signifie une angoisse généralisée à propos de l’immigration, de la criminalité et de la perte des avantages sociaux. Les gens ne sont jamais aussi irritables que quand ils sont rongés de l’intérieur, et l’électorat français a actuellement beaucoup de raison d’être nerveux. Le second est « l’immobilisme », un mot qui signifiait à l’origine l’échec des gouvernements de la IIIe et IVe République à changer quoi que ce soit.

À l’époque, l’immobilisme était censé être un produit du système électoral. Maintenant, il reflète l’humeur de la nation. En ce sens, la plupart des électeurs Français vont « voter blanc ». Très peu vont voter dans l’espoir d’un meilleur lendemain. La consigne de vote générale qui verra jour au deuxième tour sera « Votez pour empêcher X de gagner ! » plutôt que : « Votez pour Y ! ». Les suffrages exprimés seront des votes de prévention, pessimisme et grogne, des votes faits de haussement d’épaules dédaigneux et gaulois pour finir avec l’exhalation finale méprisante : « tout ça m’est bien égal. »


Article original. Traduction de JATW pour Contrepoints.

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