Sarkozy : le libéralisme et les raisons d’un échec

Nicolas Sarkozy à Davos (Crédits : World Economic Forum, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Est-ce parce qu’il n’était pas (ou du moins pas assez) libéral que Nicolas Sarkozy risque de perdre l’élection présidentielle ? Ma réponse va vous surprendre : en une première approche, non.

Est-ce parce qu’il n’était pas (ou du moins pas assez) libéral que Nicolas Sarkozy risque de perdre l’élection présidentielle ? Ma réponse va vous surprendre : en une première approche, non.

Par Serge Federbusch.

Pour une raison difficile à entendre quand, précisément, on est soi-même libéral. Rien ne sert de se voiler la face, une large majorité des électeurs français est aujourd’hui hostile au libéralisme, conditionnée par un véritable endoctrinement éducatif et médiatique vieux de près d’un siècle. Même si Sarkozy est loin d’être une « reine de beauté libérale », la triste réalité est qu’il est le plus proche du libéralisme, parmi les 10 candidats. Quand il tacle Fabius en lui disant qu’il est « drogué à la dépense publique », il le montre bien. Et, même si je comprends certains partisans de François Bayrou, chez qui je compte des amis, je ne pense pas que ce dernier soit davantage un parangon de libéralisme que le président sortant, loin s’en faut. Un article publié dans les colonnes de Contrepoints a déjà fait la recension exhaustive des raisons pour lesquelles l’ancien ministre de l’Éducation est très éloigné, en paroles, en pensée comme en actes, du libéralisme : François Bayrou libéral ?

La réalité est donc triste et prosaïque : Nicolas Sarkozy, politicien opportuniste, suit ce qu’il pense être l’opinion ultra-majoritaire car il veut être élu et réélu. Il prend donc grand soin à ne pas apparaître libéral même s’il l’est un tout petit peu plus que les autres.

Voilà pour l’explication, « en surface ». En profondeur toutefois, on peut effectivement se demander si un Sarkozy plus courageux et sans doute plus en phase avec ses convictions profondes, en promouvant des réformes libérales, aurait eu plus de chances d’être réélu. Et là, la réponse est beaucoup plus nuancée.

Au fond, qu’est-ce qui risque de précipiter son échec ? Sarkozy, au moment où la crise grecque a commencé à éclater, il y a plus d’un an et demi maintenant, a usé de tous ses artifices et pesé de tout son poids politique pour défendre l’euro, monnaie dont la BCE pratique une gestion bien peu libérale, à la fois en œuvrant à sa surévaluation et, désormais, en actionnant dangereusement la planche à billet, se plaçant ainsi sur la pente glissante de la manipulation du prix des actifs et de la spoliation des épargnants.

Sarkozy a donc contribué, par ce biais, à la fois à faire perdurer un déficit de compétitivité qui lamine l’économie française et à prodiguer à la population la morphine de la création monétaire. Les Français souffrent juste ce qu’il faut pour lui en vouloir mais pas assez pour avoir conscience des périls qui les menacent. Dans ces conditions, une des armes principales de la campagne de Sarkozy face à Hollande : dénoncer le danger de la démagogie du candidat socialiste, frappe dans le vide. L’électorat ressent déjà des grandes difficultés et ne voit pas pourquoi elles empireraient avec la mise en œuvre du projet « hollandais ».

En réalité, la solution aux problèmes de la France est à la fois plus libérale et plus démocratique et le Parti des libertés, que l’ai l’honneur de présider, entend la promouvoir dans les prochaines années. Notre projet : « liberté pour la France », la résume :  Parti des Libertés

Il faut d’abord une révolution démocratique pour lutter contre la plus dangereuse des corporations : les élus professionnels, qui sont devenus les principaux fauteurs de conservatisme en France. Limitation à 20 ans de la possibilité de vivre de ses mandats, suppression des institutions parasitaires (sénat, départements, commissions en tout genre…), référendum d’initiative populaire : ces réformes constitutionnelles déverrouilleraient le social-corporatisme à la française.

Elles permettraient de s’attaquer à des rigidités profondément enracinées dans le corps social et économique : professions à statuts et à rentes, régime de la fonction publique, archaïsme de l’Éducation nationale, du système hospitalier, lois malthusiennes et clientélistes sur le logement et le commerce, etc. La liste est longue.

Retrouver cette liberté passe par un éloignement temporaire de l’Europe de Bruxelles si, comme c’est probable, cette dernière persiste à nous imposer une politique de change qui annule instantanément une large partie des effets de son tout récent laxisme monétaire et budgétaire et nous fait donc perdre sur tous les tableaux.

Cet élan réformateur est, soit à l’exact opposé de ce qu’a fait Nicolas Sarkozy depuis 5 ans, soit, le plus souvent, ce qu’il aurait dû faire et qu’il n’a fait qu’en apparence. Si nous prenons l’exemple de la réforme territoriale, elle n’est qu’une réformette qui n’a pas osé s’attaquer aux doublons administratifs et structures inutiles. Si nous prenons celle du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, elle a maintenu en l’état le système des corps et grades qui ankylose et pétrifie l’administration.

Nicolas Sarkozy risque très probablement de perdre, non parce qu’il a fait de mauvaises réformes mais parce qu’il a, d’une certaine manière, fait pire : n’avancer que de quelques pas dans la bonne direction, maintenir l’essentiel des rigidités françaises et espérer que la communication lui permettrait de dissimuler ces insuffisances. Saboter de bonnes idées est parfois aussi grave que d’en promouvoir de mauvaises.

Si demain, comme c’est possible, François Hollande et ses complices détiennent tous les leviers du pouvoir étatique, il faudra que l’opposition à ce régime, qui sera vite décevant puis déliquescent, fasse un grand ménage intellectuel dans ses valeurs et s’appuie sur un libéralisme authentique pour se reconstruire et tenter de sauver ce qui pourra l’être dans notre pays.

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