Étudiants : la valeur ajoutée du diplôme pour la société ne justifie pas la gratuité

Faculté de musique, université de Montréal

Le débat fait rage au Québec sur les droits de scolarité que les étudiants doivent acquitter. Un des arguments avancés par les tenants du paiement de la scolarité par les contribuables est celui de la valeur ajoutée des études pour la société. À tort.

Le débat fait rage au Québec sur les droits de scolarité que les étudiants doivent acquitter. Un des arguments avancés par les tenants du paiement de la scolarité par les contribuables est celui de la valeur ajoutée des études pour la société. À tort.

Par Pierre-Yves Saint-Onge, depuis Montréal, Québec.

Faculté de musique, université de Montréal

Dans le débat actuel, un argument de la position pour la gratuité scolaire est que la société fait un investissement dans l’étudiant, et que celui-ci aura la chance de gagner des centaines de milliers de dollars supplémentaires durant sa carrière, et remboursera cette somme à même les impôts versés sur cette somme additionnelle. Dans bien des cas, c’est vrai. Dans d’autres cas, c’est faux…

Pour utiliser cet argument, il faut penser comme un économiste. Il faut regarder la valeur ajoutée à la société par ce diplôme. Dans beaucoup de cas, cette valeur ajoutée est claire, et pas seulement au niveau économique. Un nouveau médecin, ingénieur, comptable ou scientifique amènera un bénéfice à la société au-delà de l’apport monétaire supplémentaire.

Mais ces étudiants ne sont pas ceux qui se plaignent de frais scolaires à la hausse, car ils pourront aisément rembourser les sommes avancées pour compléter leurs études.

Regardons plutôt ce qui est considéré comme les “sciences molles” : philosophie, littérature, sciences politique, études féminines, anthropologie, sociologie et autres. Ces études comme telles ne mènent pas à une carrière directement, sauf exception. De nouveaux enseignants seront certes nécessaires pour ces matières, mais c’est une infime proportion. Pour les autres, deux choix vont se présenter à eux, rendus sur le marché du travail.

Certains choisiront de travailler dans le privé, dans un travail disponible, pour gagner leur vie. Ce travail ne sera pas relié à leur domaine d’étude. Les nouveaux travailleurs seront mécontents, car ils auront probablement un emploi qu’ils jugeront comme inadéquat au regard de leurs études accomplies, et aussi car il ne sera pas relié à leur domaine d’études. Ceux-là, à leur grand désarroi, n’arriveront pas à contribuer à l’amélioration de la richesse collective, par comparaison à la situation où ils n’auraient pas suivi leurs études supérieures.

Les autres devront aller travailler pour l’État, car ce sera probablement le seul domaine qui leur permettra de gagner un salaire raisonnable, à leur avis, correspondant aux études qu’ils ont accomplies. Le fonctionnariat permet l’embauche d’un grand nombre de travailleurs, et les conventions collectives et les échelles salariales prennent compte du niveau d’éducation de l’employé, quelle que soit la nature de cette formation. Et là réside le problème.

Après avoir versé un montant raisonnable à partir des impôts des contribuables (qui payent près de 90% des frais d’études supérieures), le pauvre contribuable doit maintenant payer le salaire de ce nouveau diplômé, qui sera d’environ 10,000$ supplémentaire par année, si ce n’est plus. Sur une carrière de 35 ans, on compte donc 350,000$ de débours additionnels en dollars actuels. Ce n’est pas un problème en tant que tel si le salarié est d’autant plus productif… mais dans le cas d’un fonctionnaire, le fait qu’il soit bachelier en histoire ne le rendra pas plus efficace pour traiter ses dossiers quotidiens. Donc, en bout de ligne, nous devons débourser pour le privilège de payer encore plus à l’avenir.

L’étudiant fait définitivement un choix intelligent pour lui-même en faisant cette démarche, qui ne lui coûte presque rien. Mais pour la société, c’est une diminution de la richesse collective.


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