Comment les entreprises françaises ont conquis le monde

La France fait partie des pays qui ont le plus profité de la mondialisation. Pourtant les Français ne cessent de récriminer contre cette évolution

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Comment les entreprises françaises ont conquis le monde

Publié le 14 mars 2012
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Contrairement aux idées reçues, les entreprises françaises se placent plutôt bien dans le commerce international. Et l’industrie française est plus puissante en 2012 qu’elle ne l’était en 1980. La France fait partie des pays qui ont le plus profité de la mondialisation. Pourtant les Français ne cessent de récriminer contre cette évolution.

Par Jean-Baptiste Noé

Vision d’un voyage en Pologne : à Varsovie, au cœur de la capitale, en haut d’un immeuble, un immense panneau publicitaire, le seul dans ce quartier, pour la société Michelin. Bibendum souriant et le nom de la marque, en blanc sur fond bleu. Une présence française en terre polonaise. Au Japon, ce sont les boutiques L’Oréal ou LVMH ouvertes dans les rues les plus chics. Dans la péninsule arabique, c’est Vinci qui bâtit des ponts et des parkings, avec du béton Lafarge. En Amérique Latine, des magasins Carrefour, en Espagne, des conducteurs au volant de leur Renault ou de leur Peugeot. Et les avions de marque Airbus, et les satellites lancés par Ariane. Ces semences en Afrique produites par Limagrain. Ces yaourts en Australie fabriqués par Danone. Et sur les mers des bateaux affrétés par Bourbon. Voici quelques uns des joyaux de la couronne. Qui a dit que les entreprises françaises étaient à la traîne ?

En 1977, le chiffre d’affaires des cent premières entreprises françaises était de 398 milliards d’euros. En 2001, il était de 1 309 milliards, soit une augmentation de 3,3 (en euros constants). En 1977, les cent premières entreprises françaises employaient 3 millions de salariés, en 2001, 5,3 millions1. Quelle performance !

Parmi les 100 premières entreprises mondiales, 8 sont françaises, ce qui classe notre pays au quatrième rang. Les États-Unis en ont 42, le Japon 21 et l’Allemagne 11. Parmi les cinquante premières banques mondiales, 7 sont françaises. La France est deuxième, derrière les États-Unis (8 banques). Quel succès !

Les entreprises françaises ne cessent de s’ouvrir au monde. La France est peut-être le pays qui a le plus profité de la mondialisation, et qui s’est le plus enrichi grâce à l’ouverture économique des frontières. Pourtant les Français ne cessent de récriminer contre cette évolution. Quel dommage !

Source : Jacques Marseille, La guerre des deux France, 2004.
Source : Jacques Marseille, La guerre des deux France, 2004.

La France est en quatrième position, ce qui démontre sa belle aptitude à profiter de la mondialisation.

La France dans les échanges mondiaux

En 2009, les dix premiers clients de la France étaient les suivants :

Source : INSEE, Tableau de l’économie française, 2009.

Et les dix premiers fournisseurs :

Source : INSEE, Tableau de l’économie française, 2009.

On constatera, peut-être avec surprise, que la Belgique est un partenaire commercial plus important que la Chine. C’est bien avec l’Europe que la France réalise l’essentiel de ses échanges : en dépit de la mondialisation grandissante, le commerce reste une affaire entre Européens2.

La place dans le commerce mondial

En suivant les études de l’OMC nous pouvons savoir quelle place occupe chaque pays dans le commerce mondial. Le tableau ci-dessous offre un récapitulatif pour les principaux pays. Les données sont celles de 2009.

La France se classe toujours très bien dans ces échanges, et elle doit ses belles réussites à ses entreprises. Prenons le cas de Total, une entreprise honnie car elle a l’outrecuidance de réaliser des bénéfices. Dans les années 1970, c’était une entreprise pétrolière de second rang, à l’esprit familial, mais dépassé, en France, par Elf3, et sans réel poids sur l’échelle mondial. C’est pourtant Total qui rachète le belge Fina à la fin des années 1990, avant de l’intégrer totalement en 1999. Puis vient le rachat d’Elf Aquitaine, ce qui permet à Total de devenir la première entreprise pétrolière européenne, et la cinquième mondiale. Aujourd’hui Total compte plus de 110 000 salariés, pour à peine une centaine dans les années 1950.

La désindustrialisation en question

Des entreprises plus puissantes, mais aussi des entreprises en pleine mutation. Finies les mines de charbon et de potasse, fermées à partir des années 1970. Finies les usines textiles et les usines d’horloge, avec à chaque fois sa cohorte de licenciements et de chômage. La désindustrialisation de la France est un thème récurrent. Faut-il pour autant y souscrire ?

« En 1949, l’industrie représentait 32,6% de notre production totale ; cette proportion est montée jusqu’à 34% au début des années 1970 avant de décliner régulièrement pour atteindre 27,2% en 2010. En 1950, l’industrie produisait 15,5% de la valeur ajoutée française ; ce rapport atteint 20% au cours des années 1970 avant de rebaisser pour revenir à 15,7% en 2010 (soit le niveau de 1950). De ces chiffres on peut conclure que la part de l’industrie dans notre production comme dans la création de richesse de notre économie a baissé depuis les années 19704. »

« De 1949 à la fin des années 1970, l’industrie procurait environ 1 emploi sur 4. Ce chiffre a commencé à décliner au détour des années 1980 pour atteindre 13% en 2009. Entre 1975 et 2009, le nombre d’emplois créés par l’industrie française s’est réduit de 2,3 millions. Comme nous l’avons vu plus haut, cette perte d’emplois n’est pas liée à réduction de la production. Si le nombre d’emplois proposés par l’industrie a baissé c’est essentiellement et avant tout une conséquence du progrès technologique et de l’automatisation des chaînes de production. C’est ce même phénomène qui explique que la valeur ajoutée industrielle progresse plus vite que la production : nos industries sont devenues beaucoup plus efficaces et beaucoup moins intensives en main d’œuvre. »

Ainsi :

« Ajustée de l’inflation, notre production industrielle a augmenté de 548% depuis 1950, de 114% depuis 1970 et de 31% depuis 19905. En termes de valeur ajoutée, notre secteur industriel a produit 593% plus de richesse qu’en 1950, 99% de plus qu’en 1970 et 21% de plus qu’en 1990. Le très léger recul de notre production industrielle et de sa valeur ajoutée au cours de la dernière décennie (de 2% et 1% respectivement) est intégralement imputable aux années 2008 et 2009 – c’est-à-dire à la crise dite des « subprimes ». Si par « désindustrialisation » on entend une disparition des activités industrielles françaises, du point de vue de la production et de la création de richesse, ce phénomène n’existe pas6. »

« Combien d’emplois le simple fait de pouvoir disposer de produits électroménagers moins chers a-t-il créé en France ? Combien de vendeurs, de designers et d’ingénieurs ont-ils trouvé un métier grâce à la hausse de la demande qui en a résulté ? Combien d’emplois les économies que nous avons réalisées en payant notre lave-linge une bouchée de pain ont-elles créé dans d’autres secteurs ? Combien d’emplois les activités d’imports et d’exports génèrent-elles ? Einstein disait qu’un préjugé est plus difficile à briser qu’un atome. En voilà un qui ne déroge pas à la règle . »

Il y a moins d’employés dans l’industrie, mais il n’y a pas de désindustrialisation. En 1946 l’agriculture employait 36% des actifs, et en 2008, 2%. Dira-t-on pour autant qu’il y a une désagricolisation de la France, alors que dans les années 1950 les agriculteurs ne pouvaient pas nourrir toute la population française, et que désormais ils sont largement exportateurs ? La mécanisation agricole, commencée au début du XVIIIe siècle, a permis de libérer des bras qui sont venus s’employer dans l’industrie. L’accroissement de la mécanisation dans les usines a permis, à son tour, de libérer des bras qui sont venus s’employer dans le secteur tertiaire. Et l’industrie française est plus puissante en 2012 qu’elle ne l’était en 1980. Mais oui, les préjugés sont plus difficiles à briser qu’un atome.

—-
Sur le web

Notes :

  1. Jacques Marseille, La guerre des deux France
  2. Voir : Jean-Baptiste Noé, Tableau de l’économie française, Contrepoints, octobre 2011
  3. Jean-Baptiste Noé, Total, une réussite française, Éditions Universitaires Européennes, 2011.
  4. Georges Kaplan, Il n’y a pas de désindustrialisation, Contrepoints, mars 2011.
  5. Source : INSEE.
  6. Georges Kaplan, Il n’y a pas de désindustrialisation, Contrepoints, mars 2011.
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  • Les faits sont exacts mais il y a une façon plus appropriée de les présenter. Je résume :

    -Les entreprises françaises de grande taille ont dû prospérer hors du territoire pour survivre à l’hostilité fiscale.

    Cordialement.

    • Ben voyons. Vous oubliez que la plupart des entreprises citées plus haut (toutes dans le top des plus gros groupes) ont été largement aidées par les gouvernements successifs, les subventions Françaises et Européennes, et que les grands contrats industriels sont fortement soutenus par les gouvernements lors de leurs visites à l’étranger. Vous voudriez nous faire croire qu’il a fallu les forcer pour qu’elles partent à la conquête de nouveaux marchés, les « pauvres » ?… Comme si toute grosse entreprise n’avait pas comme but de s’accroître le plus possible, d’augmenter sa richesse et d’agrandir ses marchés. Soyons sérieux.

  • Merci pour cet article factuel et relativement neutre. ce n’est pas si fréquent sur ce site, selon les blogueurs et la qualité de leur argumentation, qui va de l’info honnête et raisonnablement argumentée à l’idéologie pure en passant par la propagande de mauvaise foi. Cet article se place à mon sens dans la première catégorie et est une source d’information intéressante. que chacun est libre d’analyser sans oeillères. Pour ma part je pense cependant qu’il est faux de dire que « L’accroissement de la mécanisation dans les usines a permis, à son tour, de libérer des bras qui sont venus s’employer dans le secteur tertiaire. » ce ne sont pas les mêmes profils en termes de compétence et les postes ne sont pas comparables (par définition le tertiaire n’a pas besoin de « bras »). Pour l’essentiel la main d’oeuvre non qualifiée (ou spécialisée dans un domaine rendu obsolète par l’automatisation) ne migre pas vers le tertiaire quand les usines suppriment des emplois: une petite partie se reconvertit ou monte en compétence, les autres (la majorité) se retrouvent le plus souvent sans perspective d’emploi si des postes comparables ne sont pas disponibles dans leur secteur.

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