Pour une monnaie forte, une réponse indirecte à Marine Le Pen

La candidate défend une dévaluation compétitive de la monnaie (après un retour au franc) et une monnaie faible pour doper les exportations. En réponse, voici un texte expliquant les erreurs d’un tel raisonnement, basé sur l’exemple du yen japonais.

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Pour une monnaie forte, une réponse indirecte à Marine Le Pen

Publié le 7 mars 2012
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Lundi, dans l’émission « Paroles de candidats », la candidate du Front National Marine Le Pen a répondu à une chef d’entreprise qui s’inquiétait de ses propositions protectionnistes. La candidate défend une dévaluation compétitive de la monnaie (après un retour au franc) et une monnaie faible pour doper les exportations. La semaine dernière, le Mises Institute avait publié, comme mise en garde aux hommes politiques américains, un texte expliquant les erreurs d’un tel raisonnement, basé sur l’exemple du yen japonais. 

Par David Howden (*).

À entendre certains commentateurs, on pourrait croire que le déficit commercial des États-Unis pourrait être miraculeusement éliminé par une dévaluation brutale. Un billet vert trop cher rendrait les importations trop abordables et pousserait les américains à acheter à la concurrence étrangère. Le corollaire étant qu’un dollar cher rendrait alors les exportations américaines moins attractives pour le reste du monde. Au final, cela expliquerait un déficit commercial où les américains importeraient plus qu’ils n’exporteraient chaque année, un phénomène qui semble s’être particulièrement aggravé depuis le début des années 1970.

 

Il semble nécessaire de commenter deux effets liés à la relation classique entre la faiblesse de la monnaie et la santé économique d’un pays. D’abord, peut-on vraiment affirmer qu’avoir des taux de change faibles rend les exportations moins chères ? Ensuite, y a-t-il des effets secondaires néfastes à mener une politique de monnaie faible ? Traitons chacun de ces deux points avec l’exemple du Japon et du yen.

Une monnaie forte est en général considérée comme une arme à double tranchant. Les gens n’apprécient avoir un compte en banque bien rempli que si cet argent a une valeur. Une monnaie forte permet à ses utilisateurs de profiter d’un plus grand nombre de biens matériels importés – les voyages à l’étranger comme les appareils électroniques exotiques deviennent plus accessibles. Le revers de la médaille est que les producteurs de ces biens – les étrangers qui ont une monnaie comparativement plus faible – sont souvent considérés comme étant désavantagés.

Le cas anecdotique du Japon depuis plus de 20 ans remet en question ce raisonnement.

En octobre dernier, le yen a atteint son plus bas niveau historique d’environ 75 yen pour un dollar. Lorsqu’une monnaie est forte, on peut acheter les autres monnaies avec très peu d’unités de celle-ci. Ainsi, plus son taux de change est bas, plus la monnaie est forte. On peut donc dire que le yen s’est renchéri de 55% durant la dernière décennie et de plus de 75% ces 40 dernières années. Pourtant, durant cette période, les exportations japonaises ont remarquablement résisté. Depuis 2000, l’économie japonaise a maintenu en moyenne une balance commerciale excédentaire de +6% du PIB malgré cette monnaie forte.

En comparaison, les États-Unis possèdent un double record. D’abord, le dollar s’est régulièrement déprécié sur le marché des changes depuis 2000. Ensuite, on peut difficilement dire que la balance commerciale américaine se soit améliorée en conséquence. Après avoir dégringolé jusqu’à -6% du PIB en 2008, celle-ci s’est légèrement redressée, mais reste largement négative.

Le taux de change n’est qu’une partie de la totalité des coûts qu’un étranger doit payer pour importer un de nos produits. Le coût du produit en lui-même, dans la monnaie de son lieu de production, compte tout autant. Ludwig von Mises avait dédié un chapitre entier à ce problème il y a exactement un siècle, démontrant comment la dépréciation d’une monnaie ne se traduisait pas nécessairement par une augmentation des exportations.

La façon la plus connue de déprécier la valeur d’une monnaie est d’en augmenter la quantité en circulation, ce qui conduit à deux effets. Le premier est la dépréciation recherchée du taux de change. Mais l’autre, de loin le plus important des deux, est l’augmentation de l’inflation domestique. Qu’est-ce que cela change pour celui qui importe des biens américains que le dollar soit maintenant 5% moins cher si dans le même temps l’inflation domestique a fait augmenter de 5% le prix en dollars auquel il achète ces biens ? L’effet est nul.

De ce point de vue, le Japon représente un cas d’école. Malgré des années de renforcement du yen, le niveau des prix domestiques a peu varié. Plus récemment, une période de déflation les a même fait baisser. Les étrangers doivent, pour leur part, payer des prix plus élevés en raison de l’appréciation du yen. Mais ils les paient sur moins d’unités de monnaie du fait de la déflation. On peut donc dire qu’il n’y a ni préjudice, ni faute.

Mais cela va encore plus loin. Les producteurs japonais ont accès aux marchés d’importation à moindres coûts. Constitué d’un relativement petit nombre d’iles pour l’une des principales économies de la planète, le Japon manque de la plupart des ressources naturelles nécessaires à un géant économique mondial. Un yen fort permet de rendre les ressources étrangères plus accessibles à ses producteurs, tout en maintenant leurs prix de vente. Cela augmente ainsi les profits des producteurs et bénéficie également aux consommateurs. Beaucoup de japonais sont de grands voyageurs qui parcourent le monde en profitant de la stabilité que leur procure le yen. Les consommateurs japonais bénéficient d’un niveau de vie élevé – auquel s’ajoutent de belles photos de vacances – grâce à la position forte qu’ils ont dans le monde. Cette position peut être attribuée au yen.

Une bonne illustration de l’effet net de ces deux forces peut être trouvée dans l’analyse du taux de change réel, obtenu en ajustant le taux de change nominal à la variation des prix au Japon par rapport aux États-Unis. Cela met encore plus en évidence la compétitivité du Japon.

Alors que le cours nominal du yen n’a pas cessé de monter, le cours réel a constamment décliné depuis plus de 15 ans. En réalité, en termes réels, le yen coûte aussi peu qu’en 1986. Seule une analyse superficielle, fondée sur le seul cours nominal, peut arriver à la conclusion que les producteurs japonais subissent un désavantage compétitif.

Les décideurs politiques américains qui craignent qu’aujourd’hui, sans un dollar faible, les entreprises américaines vont échouer dans une économie mondiale, devraient se pencher sur le cas japonais. Une monnaie chère ne signifie pas des biens matériels chers. En fait, c’est bien souvent exactement le contraire. Dés qu’on atténue la création monétaire, les prix cessent de monter ou même baissent sensiblement, comme dans le cas du Japon. Cette baisse des prix signifie qu’il faut moins d’unités de monnaie pour acheter un bien. Même si il devient nécessaire de payer plus pour obtenir un yen, on en utilise de toute façon moins.

Finissons avec un peu de logique et un raisonnement par l’absurde. Les décideurs politiques américains devraient méditer sur la raison pour laquelle ils ne préconisent pas dans ce cas une inflation sans limites. Cela entrainerait pourtant une chute de la valeur du dollar sur le marché des changes. Mais à quel prix ? L’américain moyen s’appauvrirait, et l’acheteur étranger moyen n’y verrait probablement aucun effet : les gains qu’il ferait sur le marché des changes seraient annulés par l’augmentation massive des prix du marché intérieur américain

David Howden est professeur d’économie à la St. Louis University et lauréat du Prix Douglas E. French du Mises Institute.

Traduction : Geoffrey B/Contrepoints. Article original

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  • Cet article néglige totalement le fait que la Banque centrale du Japon pour sauver les banques japonaises a injecté des sommes astronomiques de création monétaire, sans résultat autre que de faire baisser le YEN.
    Et effectivement le YEN bas de facto a aidé le Japon à surmonter la faillite de son système financier, et à maintenir ses exportations malgré l’atonie de son économie intérieure, due aussi au vieillissement suicidaire de sa population.

    • Je ne sais pas ce que cet article néglige, mais je sais en tout cas qu’il ne néglige pas : les faits chiffrés.

  • La baisse de l’euro effraie la Suisse à un point tel qu’elle maintient artificiellement un taux de change plancher autour de 1,20 (certains analystes prévoient même une augmentation de ce taux à 1,30).

  • La dévaluation, que prône nos dirigeants politiques, de M. Sarkozy (via la bce) à Mme Le Pen (via un nouveau franc) ne peut avoir d’effet bénéfique qu’à court terme, le taux de change baissant un peu avant l’augmentation des prix. L’idée de dévaluation est chère à la classe politique parce qu’elle repose sur un mensonge, et son but est de faire baisser les salaires réels pour ne pas avoir à affronter les syndicats sur la question de la rigidité du marché de travail, et la rigidité des prix et salaires à la baisse (on appelle ça maintenant « dévaluation interne » quand on est contre).

  • On n’exporte pas parce qu’on est trop cher.
    Si on est trop cher, c’est la faute à l’euro.
    Alors, c’est simple: dévaluons l’euro.

    Il faut en traîner une sacrée pochetée! Quand l’épicier du coin ne vend pas parce qu’il est trop cher, que fait-il? Il baisse ses prix. Sinon il ferme boutique.

    Dévaluer c’est effectivement baisser TOUS les prix, y compris ceux de ce qui se vend bien et qui n’ont pas besoin de baisser.

    Il faut en traîner une sacrée pochetée. Ce n’est pas le F.N. mais le F.N.N. (prononcer: Feu-Neu-Neu)

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