Faut-il des garderies publiques sur-subventionnées ?

En observant l’exemple canadien, on constate que les garderies publiques à très bas prix n’ont nullement eu l’impact souhaité. Parce qu’au lieu de donner l’argent aux parents, on l’a donné au système.

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Faut-il des garderies publiques sur-subventionnées ?

Publié le 26 février 2012
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En observant l’exemple canadien, on constate que les garderies publiques à très bas prix n’ont nullement eu l’impact souhaité. Parce qu’au lieu de donner l’argent aux parents, on l’a donné au système.

Par David Descôteaux, de Montréal (Québec).

Se pourrait-il qu’on exagère un tantinet les vertus de notre système de garderies à 7 $, qu’aucune autre province n’a jugé bon de copier après 15 ans ?

« Ça profite surtout aux pauvres. » Non. Ce sont majoritairement les familles mieux nanties qui profitent du système, et des places. Pendant que des mères monoparentales poireautent sur des listes d’attente.

« Mais les garderies à 7 $ ont engendré un baby-boom… » Vraiment ? Le taux de natalité a bondi encore plus en Alberta et en Saskatchewan qu’au Québec depuis 10 ans, sans garderies subventionnées [1]. Les gens font-ils des enfants parce que le gouvernement crée un programme de garderies à 7 $, ou parce que l’économie va bien, et qu’ils ont confiance en l’avenir ? D’ailleurs à cet effet, le programme d’assurance parentale a probablement eu plus d’impact que les garderies subventionnées.

« OK, mais ça permet aux femmes d’accéder au marché du travail ! » Le taux d’activité des femmes a progressé partout au Canada depuis 15 ans. Et pourtant, les autres provinces n’ont pas de garderies à 7 $. Mais c’est vrai que le Québec a connu un solide rattrapage depuis 15 ans. Sauf que les provinces maritimes aussi, certaines encore plus que le Québec ! [2] Le lien n’est donc pas aussi clair que certains le prétendent. De toute façon, si on donnait l’argent directement aux mères pour qu’elles placent leur enfant dans une garderie privée, on atteindrait le même but.

« OK, OK. Mais une chose est sûre : les CPE aident les enfants en milieu défavorisé. » Là, j’ai tendance à être d’accord. Voilà un rôle pour les CPE. Aider les enfants défavorisés, pour qu’ils puissent mieux performer à l’école par la suite. Favoriser l’égalité des chances, quoi. Seul pépin : en comparant les résultats scolaires de jeunes Québécois et Canadiens de moins de cinq ans, le professeur de l’UQAM Pierre Lefebvre a conclu que le système de CPE n’a nullement amélioré les scores de développement cognitif des enfants… Ceci dit, il y a fort probablement des avantages à ce que les enfants issus de ces milieux fréquentent les CPE, surtout si l’environnement familial laisse à désirer.

L’argent au système

Comme on fait trop souvent, on confond les buts (louables) d’une politique, et les moyens d’atteindre ces buts. Imaginez : le coût du programme des garderies s’est multiplié entre sept et huit fois depuis ses débuts. Alors que le nombre de places, lui, n’a même pas triplé ! [3] Les garderies à 7 $ coûtent aujourd’hui près de 2,4 milliards $ aux contribuables — sans compter les demandes syndicales actuelles. Pourquoi ? Parce qu’au lieu de donner l’argent aux parents, on l’a donné au système. Ce faisant, on a transformé un programme destiné aux parents en programme d’emplois pour éducatrices et fonctionnaires…

Il aurait fallu donner l’argent aux parents, en fonction de leurs revenus. Ou faire comme dans les pays sociaux-démocrates comme la Norvège ou la Finlande. Où on vous donne une allocation parentale, et vous choisissez de garder votre enfant à la maison ou de le placer en garderie.

L’État tient à imposer des normes de qualité ? Il peut le faire en encadrant et réglementant le marché. Tout en laissant les garderies se concurrencer entre elles pour offrir le meilleur service, et attirer les parents chez elles. On peut toujours garder le concept de CPE en milieu défavorisé, en y consacrant les ressources nécessaires pour donner le plus de chances possible à ces enfants.

Ce serait moins coûteux pour l’État, et plus sensé. C’est pourquoi ça n’arrivera jamais.


Sur le web

Notes :
[note][1] CANSIM, Tableau 102-4505 (taux de natalité).

[2] CANSIM, Tableau 282-0002 (taux activités, femmes).

[3] Sources : ministère des Finances et ministère de la Famille et des Aînés, et en tenant compte des coûts de la décision de 2008 (la partie concernant les éducatrices en milieu familial), décrite ici.
Notons que l’inflation a été d’au plus 35% pendant cette période selon l’IPC, et n’explique donc qu’une part minime de la hausse des coûts.[/note]

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