Un nouveau miracle allemand ?

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La France a perdu son triple A. L’Allemagne non. Est-ce surprenant ?

Les choix courageux, la rigueur budgétaire, les réformes structurelles, font que l’Allemagne résistera mieux que les autres, c’est ce qui lui vaut le maintien de son triple A.

Par Jean-Yves Naudet
Article publié en collaboration avec l’aleps

La France a perdu son triple A. L’Allemagne non. Est-ce surprenant ? Les derniers chiffres montrent que l’économie allemande s’en sort moins mal que les autres, alors que beaucoup critiquent la « rigueur » allemande, qui, selon eux, devrait conduire à un désastre économique. D’autres parlent d’un nouveau « miracle » allemand, terme pratique pour éviter de voir le réel. Si l’Allemagne s’en sort mieux que d’autres, c’est qu’elle pratique une politique plus libérale, moins étatique, moins laxiste et moins keynésienne. Cela n’a rien de miraculeux : elle tient tout simplement compte des enseignements de la science économique.

Encore 3% de croissance en 2011

L’Allemagne a subi, comme tout le monde, le choc de la crise des subprimes. Son PIB a reculé de 5,1% en 2009. Mais la reprise a été rapide et la croissance a été de 3,7% en 2010 et de 3,0% en 2011, en dépit d’un mauvais 4° trimestre. En 2011, le chiffre pour la moyenne de la zone euro est à 1,5%, la France se situant à 1,6%.

Certes, elle n’échappera pas au ralentissement de 2012, car toutes les économies européennes sont liées, et la zone euro sera globalement en récession, mais la croissance devrait y rester légèrement positive.

Autre résultat intéressant : le taux de chômage était de 8,2% en 2009 en Allemagne ; il a diminué à 7,7% en 2010 et à 7,1% en 2011. Il ne fait qu’augmenter dans les autres pays et frôle désormais en France les 10%, tandis qu’il dépasse les 20% dans un pays comme l’Espagne. Et encore, 7,1%, c’est la moyenne de 2011, et le chiffre n’a cessé de reculer outre-Rhin, pour terminer l’année à 6,6% en décembre. Taux le plus bas depuis vingt ans !

Un commerce extérieur florissant

La situation du commerce extérieur reste florissante, avec un excédent commercial de 146,5 milliards d’euros sur les onze premiers mois de 2011, contre un déficit de 64,9 milliards pour la France. Nous attribuons notre déficit à l’euro fort ou au pétrole cher ; comment expliquer alors les excédents allemands, qui sont confrontés au même euro et au même prix du pétrole ? On ne cesse de répéter, avec la campagne électorale en France, que la mondialisation ne nous permet pas de tenir le choc face aux économies à bas salaires, et qu’il faut acheter français, produire français, taxer les produits étrangers, etc. Les Allemands, sans rien faire de tout cela, dégagent un excédent extérieur. De quoi au moins se poser des questions.

Le déficit budgétaire ramené à 1% du PIB

Il y aurait donc un miracle, avec une situation nettement meilleure que dans le reste de la zone euro. On peut d’abord chercher une explication dans la politique budgétaire. Le catéchisme keynésien est simple : plus le déficit budgétaire est élevé, grâce à la hausse des dépenses publiques (les fameuses politiques de relance de la demande), plus la croissance, ainsi stimulée, est forte. On connaît les déficits faramineux de la Grèce, du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie ou de la France : or la croissance dans ces pays a été en 2011 ou négative, ou très faible.

Quel pays a pratiqué une certaine rigueur budgétaire, en comprimant les dépenses publiques et en ramenant son déficit budgétaire à 1% seulement du PIB en 2011, contre 4,3% en 2010 ? Quel pays a-t-il réduit d’un point et demi son endettement en un an ? L’Allemagne. Cela ne mérite-t-il pas au moins une interrogation sur le dogme keynésien ? Moins on relance, plus la croissance est forte. Plus la rigueur budgétaire existe, plus la croissance est forte. Ceux qui affirment que les politiques de rigueur qu’on commence à appliquer dans les pays les plus laxistes vont aggraver la récession, devraient nous dire comment la rigueur budgétaire allemande a au contraire boosté la croissance ! La rigueur dans les dépenses publiques n’est pas l’ennemie de la croissance, au contraire. Et le fait que la France soit championne d’Europe des dépenses publiques ne nous évitera pas la récession, au contraire.

Moins d’impôts sur les sociétés, plus d’investissements

La croissance passe par l’investissement, qui prépare l’avenir. Les achats de biens d’équipement productifs ont progressé de 8,3% en 2011. Quand comprendrons-nous que pour investir, il faut de l’argent et d’abord des profits pour pratiquer l’autofinancement, et donc que la chasse aux profits est contre-productive ? Une étude menée par le cabinet Ernst & Young montre que, pour les grandes entreprises, le taux effectif de l’impôt sur les sociétés était de 36,1% en France, contre 30,6% en Allemagne, en prenant en compte les taxations locales en Allemagne. Si en France on ajoutait l’impôt qui a remplacé la taxe professionnelle, l’écart serait encore plus grand. Stigmatiser et surtaxer les profits est une bien mauvaise idée.

Les réformes du marché du travail

Le recul du chômage allemand a été expliqué depuis longtemps. Ici, pas de traitement statistique ou social du chômage, mais des réformes structurelles, qui remontent à l’époque du chancelier social-démocrate Gerhard Schröder : moins d’allocations chômage pour inciter les chômeurs à retravailler dès que possible Des salaires réels en baisse de 4%, ce qui a permis de maintenir et même d’accroître l’emploi. Un marché du travail plus fluide, avec plus de travail à temps partiel. Et aussi selon les chiffres publiés par COE-Rexecode, 1904 heures de travail par an, pour le personnel à plein temps, contre 1679 en France ! Les 35 heures ont encore frappé chez nous. En douze ans, la durée du travail a diminué de 122 heures en Allemagne et de 236 en France : presque le double. Nous sommes le seul pays à avoir imposé par la loi une réduction généralisée du temps de travail. Le partage du travail est une bien mauvaise recette pour lutter contre le chômage. Travailler plus longtemps aide à réduire le chômage.

Rien de mystérieux, rien de miraculeux

Tout cela, dit-on, se fait au détriment de la population. D’abord, créer plus d’emplois et diminuer le chômage peut difficilement passer pour un recul social. En France, le SMIC ne cesse de progresser, mais à ce tarif-là, les moins qualifiés ne trouvent pas de travail. Est-ce « social » ? On dit aussi que les Allemands consomment moins et se serrent la ceinture pour exporter plus : ils travailleraient pour les autres. Il est vrai que l’État fédéral et les länder réduisent dépenses et déficits. Mais les particuliers, les ménages, et c’est évidemment eux qui comptent, pas les administrations, ont vu leurs dépenses de consommation progresser de 3,7% et leur revenu disponible de 3,3% : on ne peut donc pas dire que les Allemands ne profitent pas de la croissance.

Tout cela n’a rien de miraculeux. Certes, dans une zone monétaire, aux frontières totalement ouvertes, la récession des pays partenaires de l’Allemagne va peser sur sa croissance. Mais les choix courageux, la rigueur budgétaire, les réformes structurelles, font que l’Allemagne résistera mieux que les autres, c’est ce qui lui vaut le maintien de son triple A. Et les résultats de 2010/2011 sont clairs et mesurent l’écart croissant entre une France qui refuse les réformes et une Allemagne qui les réalise. Cependant, le libéralisme de l’Allemagne demeure à bien des égards bien tempéré et timide. Il suffit déjà à faire la différence. Mais on imagine ce que ce serait avec un choix franchement libéral !

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